Un message de Mère higoumène Thecla (Canada) : comment vivre en l’absence de la communion et d’offices liturgiques
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Mère Thecla est higoumène d’un couvent situé au Canada, dans la province du Québec, et dont la communauté est formée de 24 moniales. Ce monastère a été conçu, fondé et guidé par le père Éphrem d’Arizona. Dans son message, l’higoumène Thecla explique comment elle a fait face à l’absence de liturgie dans son monastère lorsqu’un prêtre ne peut le desservir. Nous publions ce message, traduit sur le blog Orthodoxologie :

« Entré dans la quatrième semaine de quarantaine, et en vue de la venue des jours saints de Pâques, le stress et la peur qui nous sont imposés, la pression qui se développe en essayant de gouverner le monastère dans de telles circonstances et la profonde tristesse qui remplit mon cœur de la douleur et de la tristesse des gens autour de nous, en raison de leur manque de certaines nécessités de base mais surtout en raison de la privation de la consolation et de la force offertes par la fréquentation de l’Église et de la médecine la plus forte, la sainte communion, m’ont amené à l’isolement et à la prière. J’ai imploré et j’implore continuellement Dieu d’envoyer Son ineffable miséricorde au monde, de guérir les malades pour les fortifier, de réconforter les personnes âgées et celles qui sont frappées par la solitude et vivent des situations difficiles. Je me sentais en quelque sorte coupable parce que nous, au monastère, en ces temps, nous sommes réconfortés par la vie sacramentelle, alors qu’au contraire nos frères en manquent, et je cherchais un moyen de les réconforter. Puis j’ai entendu une voix qui me disait : « Tu te souviens de ce que tu faisais ? Alors, comme si mon esprit s’était ouvert, j’ai vu et, croyez-moi, j’ai revécu (en ressentant) ces moments uniques. Lorsque je suis entré pour la première fois au monastère (en Grèce) en 1975, il y a quarante-cinq ans, c’était à une époque où le saint monastère de Philothéou sur le Mont Athos ne comptait pas beaucoup de moines et où il y avait très peu de prêtres. Il n’y avait donc pas assez de prêtres pour servir le Métochion. Notre monastère était un métochion (dépendance) du monastère de Philothéou, donc pendant de nombreuses années nous n’avions pas de prêtre pour servir nos besoins. Quelqu’un venait, (très rarement), tout au long de l’année, mais jamais lors des grandes fêtes : c’est-à-dire la Nativité du Christ, la Pâque, l’Annonciation, la Pentecôte…, on nous laissait toujours sans prêtre pour ces jours saints. Si une telle situation se produisait dans une paroisse, les paroissiens se plaindraient, crieraient, utiliseraient des mots indécents, peut-être même maudiraient et le seul heureux de tout cela serait le « Tentateur » avec ses anges. Pour nous, ce serait le contraire. Nous jeûnions comme pour préparer la Sainte Communion, nous nous réunissions dans notre chapelle qui était une extension d’un couloir, (¼ de la taille de l’église de notre monastère ici). Nous lisions les offices et à la fin, notre très sainte gerondissa Makrina nous « communiait » en nous donnant de l’eau bénite et du pain bénit. Elle nous conseillait toujours que « si nous étions spirituellement comme il se doit, il serait alors possible de recevoir la Sainte Communion des Saints Anges, comme nous l’avons lu à maintes reprises dans la vie des Saints. » Croyez-moi, à l’époque, nous avons vécu de nombreux moments célestes que nous n’avons jamais revus, même après avoir eu un prêtre permanent et avoir servi les liturgies de quarante jours. Maintenant, je me rends compte qu’en raison de la privation mais aussi du grand zèle et de la patience dont nous faisions preuve, le Seigneur nous bénissait avec la Grâce qui accompagne le martyre. La chapelle était parfumée comme si quelqu’un l’avait aspergée de myrrhon. A nos yeux coulaient de larmes sans fin. Notre cœur bondissait avec la grâce de Dieu. Les jours où nous étions censées « communier », sans même nous en rendre compte, nous parlions doucement parce que nous avions l’impression d’avoir participé à une cérémonie sacrée. En disant la prière, notre bouche avait le goût d’un bonbon très parfumé. Nous ressentions la présence de la sainte communion, même si nous ne l’avions pas reçue, et tout au long de la journée, nous faisions attention à ne pas cracher, ni mâcher de chewing-gum et le jeter. Le sentiment de la présence de la sainte communion était si grand!… Peu importe ce que j’écris, il n’est pas possible de décrire le sentiment de grâce du Christ que nous avons vécu à l’époque des privations, car il n’y a pas de mots pour l’exprimer. Quelques années plus tard, au saint monastère de Philothéou, le nombre de prêtres a augmenté et nous n’avions plus de problème pour avoir besoin d’un prêtre ; tout a trouvé sa place dans notre monastère. Après 19 ans, lorsque l’obéissance nous a amenés, sœur Ephraimia et moi, ici au Canada, nous avons de nouveau rencontré le même problème : le manque de prêtres. Pendant 7 ans, notre monastère n’a pas eu de prêtre. Mais alors, ce n’était pas si grave, car les prêtres ici avaient reçu l’ordre de l’archevêque de venir pendant la semaine et d’y servir la divine liturgie, afin que nous puissions communier. Cependant, les samedis, dimanches et jours de fête, nous n’avions pas de prêtre. Les prêtres devaient officier dans leurs propres paroisses et communautés. Ainsi, nous lisions les offices, nous décorions nous-mêmes les icônes, la croix pour l’élévation de la sainte Croix et pour le dimanche de la vénération de la Croix pendant le Grand Carême ; nous sortions la croix du Seigneur le Jeudi Saint ; et nous essayions de remonter le moral des jeunes novices, qui n’avaient aucune expérience de ces choses. Ces expériences, ainsi que bien d’autres, sont maintenant une richesse qui existe en nous et, chaque fois que c’est nécessaire, nous ouvrons la « boîte aux trésors » des expériences et nous choisissons ce qui est nécessaire en fonction des circonstances. Puis soudain, comme si mon esprit [νοῦς/ Noûs] s’ouvrait et je revivais très intensément tout cet état spirituel, comme s’il était une réponse à ma prière ; le message étant que quiconque se prépare avec humilité, sans gronder ni protester, mais avec beaucoup de prière et foi en la providence de Dieu, et reçoit de l’eau bénite et du pain bénit en remplacement de la sainte communion et contemple que théoriquement « Dieu ne m’a pas permis de recevoir la sainte communion, comme étant « indigne et non préparé », alors cette personne sera comblée par la Grâce de Dieu, comme de l’endurance du martyre, dont dirait saint Luc le Chirurgien : « J’ai beaucoup aimé la grâce du martyre, qui purifie si merveilleusement l’âme. » Le Tentateur voulait fermer les églises ; transformons nos maisons en églises. Il a fermé 11 églises ; ouvrons-en 11 000. Que chaque maison devienne une église ; que la prière s’élève comme un flambeau de feu vers le Ciel ; que l’encens embaume tous les quartiers ; que le cierge et la lampade soient toujours allumées. Assistons aux offices par correspondance électronique, en priant ensemble, et non en nous allongeant, en mangeant ou en fumant. Si nous faisons cela, au lieu de fermer les églises, elles se développeront et se répandront et des villes entières deviendront des églises. Alors Dieu donnera sa bénédiction, et voyant notre repentance et notre foi, Il rejettera ce fléau maléfique et nous donnera la liberté, ainsi qu’à nos églises, de vivre de nombreuses années à œuvrer pour Lui. Je vous souhaite une Semaine Sainte bénie, une ascension spirituelle, un double bien-être de l’esprit et de l’âme, de la patience et une confiance inébranlable dans la Providence de Dieu, afin que la lumière de la Résurrection brille dans nos cœurs et nous remplisse des dons du très Saint Esprit. Amen! »

Source 

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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