Une analyse des spécificités du tomos ukrainien par le pro-recteur de l’Académie ecclésiastique de Kiev

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Nous publions ci-dessous l’analyse des spécificités du tomos accordé à la nouvelle Église orthodoxe autocéphale d’Ukraine (ci après « EOAU »), effectuée par Vladimir Burega, professeur et pro-recteur de l’Académie ecclésiastique de Kiev (Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou).

Commençons par le fait que le tomos signé au Phanar le 5 janvier 2019 perpétue une certaine tradition dans l’établissement de documents semblables. Celle-ci s’est formée au Patriarcat de Constantinople au cours de pratiquement deux siècles déjà. Cela a commencé avec le tomos d’autocéphalie de l’Église orthodoxe de Grèce (c’est-à-dire dans les limites de l’État hellénique), publié en 1850. Ensuite ont suivi les tomos d’octroi d’autocéphalie aux Églises serbe (1879), roumaine (1885), polonaise (1924), albanaise (1937), bulgare (1945) et tchèque et slovaque (1998). En 1990, a également été produit un tomos de reconnaissance et de confirmation du statut autocéphale de l’Église orthodoxe de Géorgie. Par conséquence, le tomos destiné à l’Ukraine n’a pas été créé à partir de zéro. Tant son contenu que sa forme suivent une règle définie. Dans les documents ecclésiastiques d’un tel niveau sont toujours présentes tant des phrases rituelles traditionnelles, que des formulations claires, pratiquement immuables. Ce faisant, presque chacun de ces tomos a ses particularités, reflétant la situation spécifique de chaque Église locale. Essayons de comprendre ce qui dans le tomos ukrainien est typique, et ce qui est pour ainsi dire spécifique.

Dénomination, primat, diptyques

Commençons avec des choses banales. Il est clair que, dans les tomos, la dénomination de l’Église nouvelle créée est toujours indiquée. Moyennant quoi cette dénomination est toujours liée à l’appellation de l’État, sur le territoire duquel elle est créée. Par exemple : « L’Église orthodoxe du Royaume de Grèce », « La sainte Église autocéphale de la Principauté de Serbie », « L’Église orthodoxe du Royaume de Roumanie », « La sainte Église orthodoxe en Pologne », « L’Église orthodoxe autocéphale d’Albanie ». De telles dénominations montrent que le fondement de la création d’une Église autocéphale est toujours le principe territorial. Chaque Église locale est l’Église qui réunit les chrétiens orthodoxes sur un territoire défini. Le tomos du 5 janvier appelle l’Église nouvellement créée la « Très sainte Église d’Ukraine ». Dans les statuts de l’Église nouvellement créée, adoptés à Kiev en décembre, elle est appelée « Église orthodoxe d’Ukraine ». Autant que nous le sachions, au cours de la préparation du tomos, le Patriarcat de Constantinople avait proposé une appellation quelque peu différente : « Église orthodoxe en Ukraine ». Une telle appellation, eût certainement souligné plus encore le caractère territorial de la nouvelle structure ecclésiale. Mais, quoiqu’il en soit, une formulation quelque peu corrigée a été adoptée. Au demeurant, elle s’inscrit aussi entièrement dans la tradition de lier la dénomination des Églises locales aux appellations des États. Dans tous les tomos d’octroi de l’autocéphalie est établi clairement le titre du primat de la nouvelle Église. Il est vrai qu’il y a eu des cas d’introduction d’une forme synodale de direction (par exemple dans l’Église de Grèce). Dans de tels cas, c’est un synode qui se trouvait à la tête de l’Église, comme une sorte de « primatie collective ». Dans le cas de l’EOAU, le titre suivant a été attribué à son primat: « Béatissime métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine ». Ce faisant, il est souligné particulièrement dans le tomos que « n’est permis aucun ajout ou réduction de ce titre sans l’accord de l’Église de Constantinople ». Nous n’avons vu une telle clause dans aucun autre tomos. Son apparition dans le tomos ukrainien du 5 janvier a naturellement pour cause la réaction du patriarche Bartholomée aux tentatives du « Patriarcat de Kiev » de conserver dans le titre de la nouvelle structure la mention du patriarcat. Nous soulignons particulièrement que le tomos du 5 janvier ne propose pas l’utilisation d’un titre du primat « pour les besoins internes » et un autre pour communiquer avec le « monde extérieur » [ce qu’avait proposé « le Patriarcat de Kiev », ndt]… Le titre est fixé assez strictement et sans équivoque dans le tomos. Dans tous les tomos d’autocéphalie, sans exception, il y a l’exigence pour le primat de l’Église de commémorer dans les diptyques le patriarche de Constantinople et tous les autres primats d’Églises locales. Il convient d’expliquer ici que les diptyques sont la liste communément reconnue des chefs d’Églises orthodoxes locales. Chaque primat, lors de chacun des offices, mentionne tous les autres primats dans l’ordre des diptyques. En outre, le primat de chaque Église autocéphale doit, lors de son entrée en fonction, envoyer des lettres les informant de cela, au patriarche de Constantinople et à tous les autres chefs des Églises locales. Des exigences analogues se trouvent dans le tomos du 5 janvier. Ces dispositions absolument standard font naître dans le contexte ukrainien une question délicate. Le chef de l’EOAU, le métropolite Épiphane commémore aujourd’hui, lors de l’office, tous les primats d’Églises orthodoxes locales, à l’exception du patriarche de Moscou Cyrille. Il a déclaré ouvertement qu’il refusait de commémorer le patriarche Cyrille en raison de l’agression militaire russe en Ukraine [cette attitude semble avoir changé depuis lors, voir ici]. Or, le patriarche de Constantinople Bartholomée commémore, parmi les primats, le patriarche de Moscou. Le tomos d’octroi d’autocéphalie contraint le métropolite de Kiev à commémorer tous les primats d’Églises locales sans exception (donc, y compris le patriarche Cyrille). Le refus de commémorer le patriarche de Moscou dans les diptyques entre en conflit avec l’exigence sans équivoque du tomos.

Constantinople comme instance juridique supérieure

Dans tous les tomos d’octroi d’autocéphalie est contenue l’exigence de s’adresser au patriarche de Constantinople et aux autres Églises locales pour les questions les plus importantes dogmatiques et canoniques. Il est vrai qu’à différentes périodes historiques, cette exigence a été formulée de diverses façons. Dans les tomos du XIXème siècle, elle semble assez douce, presque comme une recommandation non contraignante. Par exemple, dans le tomos d’autocéphalie de l’Église serbe (1879), il est dit que le métropolite de Serbie doit « selon l’usage ancien », s’adresser aux patriarcats orthodoxes et autres Églises autocéphales « pour les questions d’importance ecclésiale générale, qui nécessitent une voix et une appréciation générale ». Ici, le Patriarcat de Constantinople n’est aucunement séparé du nombre des autres Églises locales. Mais, dans les tomos du XXème siècle on peut voir une tout autre rhétorique. Il est déjà dit dans le tomos d’autocéphalie de l’Église orthodoxe de Pologne qu’il échoit au trône patriarcal de Constantinople le devoir « de préoccupation des Églises orthodoxes se trouvant dans la nécessité ». Aussi, dans les questions « dépassant les limites juridictionnelles de chaque Église autocéphale », le métropolite de Varsovie doit s’adresser au trône patriarcal de Constantinople « par l’intermédiaire duquel est maintenue  la communion avec toute l’Église orthodoxe ». Cette exigence est répétée, pratiquement textuellement, dans le tomos d’autocéphalie de l’Église d’Albanie. Et il est dit tout à fait clairement dans le tomos d’autocéphalie de l’Église orthodoxe des Terres  tchèques et de Slovaquie, qu’il est confié au trône de Constantinople « le soin de toutes les saintes Églises de Dieu ». Il est même dit dans ce tomos que l’Église des Terres tchèques et de Slovaquie peut inviter les hiérarques du Patriarcat de Constantinople pour résoudre les cas importants de justice ecclésiastique. Toutes ces expressions ne sont pas que des phrases rituelles. Dès le début des années 1920, s’est formée à Constantinople la doctrine des droits spéciaux du patriarche œcuménique. Comme on le sait, cette doctrine est activement contestée par le Patriarcat de Moscou, ce en quoi réside l’une des sources du conflit profond entre les sièges épiscopaux de Constantinople et de Moscou. On trouve aussi dans le tomos d’autocéphale de l’EOAU des expressions non équivoques sur le statut particulier du trône constantinopolitain. Il y est dit clairement que, pour la résolution des questions importantes à caractère ecclésiastique, dogmatique et canonique, le métropolite de Kiev doit s’adresser au trône de Constantinople pour recevoir de sa part des éclaircissements faisant autorité. Le tomos ne suggère pas de s’adresser, pour de tels éclaircissements, à d’autres Églises autocéphales. En outre, dans le tomos du 5 janvier 2019, est stipulé le droit du patriarche de Constantinople de recevoir l’appel des évêques ukrainiens qui contestent des sentences de justice ecclésiastiques prononcées à leur encontre. Dans de tels cas, le verdict du patriarche de Constantinople sera définitif, non sujet à révision.

L’État et l’Église

Dans les tomos du XIXème siècle a toujours été souligné le rôle particulier de l’État dans la création de la nouvelle Église autocéphale. À cette époque, le Patriarcat de Constantinople avait toujours mis l’accent sur le fait que le souhait de proclamer l’autocéphalie ne provenait pas seulement des hiérarques de l’Église, mais aussi des dirigeants des États concernés. Par exemple, dans le tomos d’autocéphalie de l’Église serbe (1879), il est dit que la demande d’octroi d’un statut ecclésiastique indépendant à Constantinople avait été adressé en premier lieu par le prince serbe Milan Obrenović, et en second lieu par le métropolite de Belgrade Michel. Pour ce qui concerne le tomos d’autocéphalie de l’Église de Grèce (1850), il n’y est pas mentionné de demande à Constantinople de la part des hiérarques de l’Église. Il y est dit que le patriarche de Constantinople a eu connaissance du souhait du peuple grec et de son clergé, « par la lettre des pieux ministres de l’État hellénique gardé de Dieu ». C’est-à-dire que c’est précisément la demande de l’État hellénique qui a posé le fondement du processus d’octroi de l’autocéphalie. Dans les tomos du XIXème siècle, il y avait encore un détail caractéristique. La proclamation des nouvelles Églises autocéphales y était toujours motivée par la création de nouveaux États indépendants. L’apparition des Églises autocéphales de Grèce, Serbie et de Roumanie a suivi rapidement la reconnaissance internationale de l’indépendance de la Grèce, de la Serbie et de la Roumanie. Au XXème siècle, dans les textes des tomos, le rôle de l’État, en règle générale, n’est pas souligné avec une telle vigueur. Dans les tomos d’autocéphalie des Églises de Pologne, de Bulgarie et des Terres tchèques et de Slovaquie, rien n’est dit au sujet de l’État. Dans le tomos d’autocéphalie de l’Église d’Albanie, bien que l’État y soit mentionné, il ne l’est pas en tant qu’initiateur de la création de la nouvelle Église. Il y est dit seulement que le pouvoir gouvernemental avait donné la garantie que les membres de l’Église orthodoxe d’Albanie auraient « la pleine indépendance et la liberté de prospérité ». Il est tout à fait évident que les tomos du XXème siècle ont reflété la nouvelle situation dans les relations Église-État. Les États déclarent actuellement leur caractère laïc et la non-immixtion dans les affaires ecclésiastiques. À cet égard, le tomos ukrainien nous fait clairement revenir au XIXème siècle. La création d’une Église autocéphale, dans le cas présent, est motivée avant tout par l’existence, au cours de presque trois décennies, d’un État ukrainien. Il est souligné particulièrement qu’au cours de tout ce temps, les dirigeants ukrainiens se sont adressés, à plusieurs reprises, au trône de Constantinople en demandant l’octroi de l’autocéphalie. Il est dit particulièrement dans le tomos qu’il n’est pas seulement octroyé au métropolite de Kiev, mais aussi au président ukrainien. On peut dire que le tomos est écrit dans la perspective de la « symphonie » entre les pouvoirs séculier et ecclésiastiques, ce qui ressemble, au début du XXIème siècle, à un anachronisme évident.

Le saint chrême

Pratiquement dans tous les tomos d’octroi de l’autocéphalie, il est mentionné la nécessité pour l’Église nouvellement créée, de recevoir le saint-chrême du patriarche de Constantinople. Cette norme nécessite également une brève explication. Le saint-chrême est une substance spéciale qui est utilisée dans l’accomplissement du sacrement de la chrismation. Dans la tradition orthodoxe, la chrismation est effectuée immédiatement après le baptême. Par la chrismation sont donnés à l’homme les dons du Saint-Esprit, qui lui permettent de participer pleinement à la vie ecclésiale. C’est pourquoi le sacrement de la chrismation a une telle importance pour l’Église. Le saint-chrême est consacré par les chefs des Églises locales. Cependant, ce ne sont pas tous les primats qui ont aujourd’hui le droit de le préparer et de le consacrer. Ce droit est réservé aux seuls patriarches. C’est ainsi que les Églises comme celles de Grèce, d’Albanie, de Pologne ou des Terres tchèques et de Slovaquie reçoivent le saint chrême de Constantinople. Le tomos du 5 janvier dispose que l’EOAU doit recevoir le saint chrême du patriarche de Constantinople. Il est mentionné dans le tomos que cela constitue le symbole de l’unité de l’Église. Il faut dire que les tentatives des patriarches de Constantinople de retenir pour eux le droit de préparer le saint chrême pour les Églises nouvellement créées ont parfois donné lieu à des conflits. Les jeunes Églises ont vu en cela une limitation à leur indépendance et l’aspiration de Constantinople à conserver l’autorité sur celles-ci. C’est pourquoi, par exemple, au début des années 1880, l’Église roumaine s’est trouvée dans un conflit aigu avec Constantinople, afin d’obtenir le droit de préparer indépendamment pour elle-même le saint chrême. Et elle y est parvenue. Dans le tomos d’octroi de l’autocéphalie à l’Église roumaine (1885) est absente la norme de la réception obligatoire du saint chrême de Constantinople. Il n’y a pas non plus une telle norme dans le tomos d’octroi de l’autocéphalie à l’Église de Bulgarie (1945).

La structure interne

En règle générale, les tomos d’octroi de l’autocéphalie ne contiennent pas une description détaillée de la structure interne de l’Église nouvellement créée. Il y est seulement mentionné que le primat doit diriger l’Église avec les évêques qui constituent le synode. À cet égard, le tomos d’autocéphalie de l’Église des Terres tchéques et de Slovaquie (1998) a été une exception. Dans le cas présent, sa structure interne et son système d’administration supérieure y sont inscrits assez en détail. Le tomos d’autocéphalie de l’EOAU prête attention à certains aspects de la structure de la nouvelle Église. Il y est mentionné, par exemple, comment doit être formé le synode de l’EOAU. Dans sa composition doivent entrer, en alternance, tous les évêques qui ont des diocèses dans les limites de l’Ukraine, dans l’ordre d’ancienneté. Il est stipulé expressément que les dispositions des statuts de l’EOAU doivent correspondre en tout au tomos. Cette dernière norme n’est pas non plus inopinée. Un cas récent est connu de différence essentielle entre le tomos d’autocéphalie et les normes des statuts, à savoir celui de l’Église des Terres tchèques et de Slovaquie. Ses statuts, adoptés en 1992, différaient essentiellement des normes prévues par le tomos délivré en 1998. Après avoir reçu le tomos, l’Église des Terres tchèques et de Slovaquie continuait néanmoins à suivre ses anciens statuts. Ce n’est qu’en 2016 que le patriarche de Constantinople a clairement mis en avant l’exigence d’aligner ces statuts sur les dispositions du tomos. Autant que nous le sachions, cette exigence est restée lettre morte. Il est absolument évident qu’aujourd’hui le patriarcat s’efforce d’exclure des conflits semblables avec l’EOAU. C’est la raison pour laquelle est introduite dans le tomos une conformité obligatoire des statuts avec les dispositions du tomos.

Diaspora, exarchats et droit de stavropégie

Il est possible que la disposition la plus douloureuse du tomos devienne l’exigence que l’EOAU renonce à la création de ses structures hors des frontières de l’Ukraine. Dans aucun des tomos précédents n’a été formulée une telle exigence. Dans le tomos du 5 janvier de cette année, il est clairement précisé que la juridiction de l’EOAU est limitée au territoire de l’Ukraine. Le métropolite de Kiev « ne peut instituer des évêques ou fonder des paroisses hors des frontières de l’État ». Toutes les structures ecclésiales, existant hors des frontières de l’Ukraine doivent dès maintenant passer à la juridiction du Patriarcat de Constantinople. Il convient d’expliquer ici que sous « diaspora orthodoxe », il faut comprendre tous les orthodoxes vivant dans les territoires où n’existent pas d’Église orthodoxe (avant tout l’Europe occidentale et l’Amérique). Le Patriarcat de Constantinople considère comme son droit exclusif le soin pastoral des fidèles orthodoxes sur ces territoires. Cependant, les émigrés actuels s’efforcent de garder le lien avec leurs Églises nationales. Ce ne sont pas seulement les Ukrainiens orthodoxes, mais aussi les Roumains, les Serbes, les Bulgares qui se sont trouvés à l’étranger et qui sont extrêmement réticents à s’intégrer dans les structures ecclésiales des autres Églises. Pour cette raison, pratiquement toutes les Églises locales ont aujourd’hui des structures à l’étranger qui s’occupent des émigrés. Mais l’EOAU est ouvertement privée du droit de créer de telles structures. On peut penser qu’il lui faudra maintenant mener des négociations ardues avec le patriarche de Constantinople au sujet de la procédure de nomination des prêtres ukrainiens desservant les communautés ecclésiastiques ukrainiennes à l’étranger. Il est clair que la soumission de telles communautés à des prêtres grecs est irréaliste.

Le dernier point sur lequel il faut prêter attention, est cette courte phrase selon laquelle le Patriarcat de Constantinople garde ses exarchats en Ukraine ainsi que « les stavropégies sacrées ». Bien sûr, il serait important de lire comment cette norme est formulée dans l’original grec. Dans la traduction ukrainienne cela ressemble à la création sur le territoire ukrainien d’un exarchat du Patriarcat de Constantinople [le texte grec en question, auquel la traduction ukrainienne est conforme, stipule : « les droits du trône œcuménique à un exarchat ainsi que les saintes stavropégies restant non diminués (ou intacts) », ndt]. Dans la traduction ukrainienne, cela semble être la création d’un exarchat du Patriarcat de Constantinople sur le territoire de l’Ukraine. Dans une telle lecture, l’exarchat, de toute évidence, est compris comme une structure territoriale particulière soustraite de la juridiction de l’EOAU et soumise directement au patriarche œcuménique. Mais il est possible qu’il soit question ici non pas d’une structure territoriale, mais des exarques du patriarche de Constantinople qui peuvent continuer leur ministère en Ukraine même après l’octroi de l’autocéphalie en Ukraine. Dans tous les cas, cela signifie que sur le territoire de l’Ukraine est maintenue la représentation officielle du Patriarcat de Constantinople avec à sa tête l’exarque (ou les exarques). On appelle « stavropégies » les structures ecclésiastiques (monastères, églises, fraternités) qui sont soustraites à l’autorité d’une hiérarchie ecclésiastique locale et subordonnées directement au patriarche. Il fut un temps où la laure des Grottes de Kiev, le monastère de la Théophanie (« bratsky ») à Kiev, la Fraternité de la Dormition à Lvov et d’autres structures ecclésiales sur le territoire de l’Ukraine actuelle étaient des stavropégies de Constantinople. Ce qui sera transmis à la juridiction de Constantinople n’est pas encore clair. Mais il est absolument évident qu’une certaine quantité de stavropégies seront créées en Ukraine.

Conclusion

Comme nous le voyons, le tomos établit un cadre assez strict pour le développement ultérieur de l’EOAU. Le Patriarcat de Constantinople a fixé un assez grand nombre de limitations, appelées à ne pas permettre des processus non souhaitables pour lui au sein de l’EOAU. Et par l’institution d’exarchats et de stavropégies, le Patriarcat œcuménique crée pour lui-même un mécanisme commode d’influence sur la situation ecclésiale en Ukraine dans le futur. Il n’est pas compliqué de pronostiquer que l’EOAU ne se sentira pas tout à fait à l’aise dans ce cadre. Tentera-t-elle d’une façon ou d’une autre de l’écarter ? Est-ce que le Patriarcat de Constantinople exigera la stricte observation des dispositions du tomos ou fermera-t-il les yeux sur les déviations des règles ? De la réponse à ces questions dépend l’avenir de la nouvelle structure ecclésiale.

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