25/04/2017
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Hilarion de Volokolamsk : « J’espère que le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence »

Hilarion de Volokolamsk : « J’espère que le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence »

« J’espère que Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence, d’humilité et de quiétude». C’est ce qu’a déclaré le métropolite de Volokolamsk Hilarion, président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, dans une interview accordée à l’agence d’information ecclésiastique Romfea.gr.
Dans cette interview, Mgr Hilarion traite le patriarche oecuménique de charismatique et parle d’un homme de force spirituelle intérieure.
En plus, il énumère les raisons pour lesquelles l’Eglise de Russie ne participera pas au Concile panorthodoxe et déclare que « si le Concile est convoqué malgré l’absence d’au moins quatre Églises orthodoxes locales, cela constituera une transgression brutale du règlement du Concile qui stipule que le Concile est convoqué par le patriarche oecuménique avec l’accord de toutes les Eglises ».

Voici l’intégralité de l’interview à Romfea.gr

Monseigneur, l’Eglise orthodoxe de Russie a annoncé son refus de participer au saint et grand Concile de l’Eglise orthodoxe. Est-ce une preuve de la dégradation de ses relations avec le Patriarcat oecuménique ?

Pas du tout ! J’ai assumé le poste du président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou suite à l’élection au trône patriarcal de Moscou de l’ancien Président du département, le métropolite Kirill de Smolensk et de Kaliningrad.
Depuis, sept années ont passé et pendant ce temps assez long j’ai eu l’occasion de suivre de près le développement de la coopération entre l’Eglise orthodoxe de Russie et le Patriarcat de Constantinople dans un esprit constructif.
Je garde encore le souvenir de la première visite du patriarche Kirill à Constantinople peu après son élection au trône patriarcal de Moscou.
Je me souviens de la communication fraternelle et des échanges des deux primats ainsi que de leur forte confiance mutuelle qui s’est très rapidement développée.
Je me souviens aussi de l’amour ardent et honnête avec lequel la délégation de l’Eglise orthodoxe de Russie y avait été accueillie.
C’est la même ambiance qui a régné durant la visite de Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée en Russie.
Autant d’honneurs rendus à la personne de Sa Toute Sainteté le patriarche de Constantinople durant ses visites à Moscou et à Saint-Pétersbourg et ensuite au cours de son pélérinage à Valaam. Je ne sais pas si l’Eglise orthodoxe russe ait jamais accordé de tels honneurs à une autre personne. Et encore aujourd’hui, cette visite historique reste forte dans la mémoire.
Depuis, j’ai eu la chance d’avoir de nombreuses rencontres avec Sa Toute Sainteté le Patriarche Bartholomée.
Chaque fois, j’ai eu la possibilité d’apprécier son prestige personnel dû à ses riches charismes et sa force spirituelle intérieure.
J’ai toujours admiré sa sagesse en tant que hiérarque ainsi que son amabilité et son honnêteté.
Je dois avouer que c’est grâce à ces qualités de Sa Toute Sainteté que nos deux Eglises ont eu une collaboration étroite et constructive au cours de la préparation du Concile panorthodoxe.

Pourquoi alors le Patriarcat de Moscou a-t-il émis des critiques concernant le processus préparatoire du Concile panorthodoxe ?

En tant que participant actif au processus préparatoire, l’Eglise orthodoxe de Russie a maintes fois soumis des propositions pour l’amélioration du mécanisme préparatoire du Concile.
Ainsi en 2013, le Saint Synode de la hiérarchie de l’Eglise Russe a pris position en faveur d’une discussion élargie sur les futures décisions du Concile de sorte que les remarques critiques du saint clergé et du peuple croyant soient prises pleinement en compte durant le processus préparatoire.
En plus, il a invité toutes les Eglises orthodoxes locales à une concertation préalable sur les principes de convocation du Concile panorthodoxe, l’ordre des saintes liturgies, les sessions du Concile et les projets des textes conciliaires fondamentaux.
Dans sa communication avec ses frères primats, Sa Sainteté le patriarche Kirill a discuté de ses propositions pour la modification de la méthodologie du processus préparatoire du Concile.
En plus, il a attiré l’attention sur l’organisation et la tenue insuffisantes des conférences panorthodoxes préconciliaires et des commissions panorthodoxes préparatoires.
Les conférences préconciliaires n’étaient pas faciles. La délégation de l’Eglise orthodoxe de Russie n’a pas toujours réussi à assurer que sa voie se fasse entendre. En même temps, nos propositions de modifications ont souvent été rejetées.
On avançait bien sûr mais peut-être pas à la bonne vitesse, celle qu’on désirait pour la préparation réussie du Concile.
Pourtant, malgré la période préparatoire difficile, nous avons eu jusqu’au dernier minute une collaboration constructive avec nos frères du Patriarcat de Constantinople.

La position de l’Eglise orthodoxe russe paraît ambivalente : d’une part elle a approuvé l’ensemble des textes du Concile et d’autre part elle se range du côté des Eglises qui refusent d’y participer. Quel est votre commentaire ?

L’Eglise orthodoxe russe a largement contribué à la convocation réussie du Concile : le Saint Synode de la hiérarchie a voté en faveur de tous les projets de textes et les a approuvés en principe tandis que le Saint Synode permanent a pris la décision d’envoyer une délégation au Concile.
Pourtant, nous étions inquiets de certaines tendances séparatrices qui ont apparu durant la phase préparatoire au sein de la famille des Eglises orthodoxes locales. Ces tendances pourraient avoir des répercussions négatives sur le Concile même.
L’Eglise orthodoxe de Russie a toujours mis en garde contre ce danger et souligné que toutes les décisions devaient être prises à l’unanimité.
En même temps, le Patriarcat de Moscou a toujours interprété l’unanimité en tant qu’accord de toutes les Eglises orthodoxes locales mutuellement reconnues sans exception.
Le premier signal inquiétant a été émis lorsque la délégation du Patriarcat d’Antioche a refusé de signer la décision de convocation du Concile ainsi que le règlement du Concile. La décision de convocation du Concile et le règlement ont été signés par les représentants de l’Eglise orthodoxe de Russie, Sa Sainteté le patriarche Kirill en tête, lors de la synaxe de Chambésy.
Nous étions conscients que l’absence de signature de la part d’au moins une Eglise rendrait les décisions caduques.
Mais nous avons été assurés que l’Eglise d’Antioche signerait tôt ou tard les décisions et ainsi la convocation du Concile serait possible.
Des semaines et des mois ont passé mais rien n’a changé. L’œuvre du secrétariat panorthodoxe avait un caractère purement technique et les questions soulevées par l’Eglise d’Antioche n’ont finalement pas été résolues.
Ensuite, au cours de ces dernières semaines, les Eglises orthodoxes locales ont commencé l’une après l’autre à annoncer leur refus de participer au Concile.
La première qui a annoncé son refus était l’Eglise de Bulgarie ; celle-ci a été suivie de l’Eglise d’Antioche et finalement de celle de Géorgie.
Aussitôt que l’annonce de l’Eglise orthodoxe de Bulgarie a été connue à Moscou, le Saint Synode a été convoqué afin de délibérer sur la nouvelle situation qui était en train de se former ; effectivement, la convocation du Concile était pour la première fois réellement en danger.
D’ailleurs, nous avons toujours été d’avis que la non participation au Concile d’au moins une Eglise signifierait manque d’unanimité.
Le règlement du Concile panorthodoxe, voté par les primats de toutes les Eglises orthodoxes locales, stipule que le Concile est convoqué par le patriarche oecuménique « avec l’accord de Leurs Béatitudes tous les primats des Églises orthodoxes autocéphales locales reconnues par tous ».
Selon la logique du règlement, l’absence de l’accord d’au moins une Eglise constitue une entrave absolue pour la convocation du concile panorthodoxe.
Avec trois Eglises annonçant leur abstention et celle de Serbie appelant au report du Concile, l’Eglise orthodoxe de Russie s’est rangée à la proposition de reporter le Concile. Cette proposition a été faite aussi par les trois Eglises qui ont annoncé leur abstention.
On ne voit pas d’autre solution pour une situation dont on n’est pas responsables.

La tenue du Concile panorthodoxe est-elle possible sans la présence de certaines Eglises orthodoxes locales ?

Si le Concile est convoqué sous cette forme il ne sera guère permis de le considérer panorthodoxe ni Saint et Grand ; en plus, ses décisions seront caduques.
De notre point de vue, la seule solution réalisable pour remédier à cette situation serait le report du Saint et Grand Concile ainsi que l’intensification de la préparation préconciliaire dans le but atteindre l’unanimité.
J’ai du mal même à imaginer ce qui va se passer si malgré tout le Concile est convoqué sans la présence d’au moins quatre Eglises orthodoxes locales.
Cela constituera une transgression brutale du règlement du Concile qui stipule que le Concile est convoqué par le patriarche oecuménique avec l’accord de toutes les Eglises.
Inévitablement, un tel Concile aura des conséquences séparatrices car, quelle que soit la décision qu’il va prendre, celle-ci ne sera pas acceptée par les Eglises orthodoxes locales qui n’on pas participé au Concile.
J’espère que Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence, d’humilité et de quiétude.
Cette situation n’est pas un problème que pour le Patriarcat de Constantinople ; elle constitue un problème commun pour toute la communauté orthodoxe. Ce problème doit être résolu par l’ensemble des Eglises orthodoxes locales.
J’espère que l’appel des quatre Eglises va être entendu et que le Concile va être reporté afin qu’il y ait des délibérations nécessaires à la résolution des problèmes survenus.
Je suis convaincu que le Concile va être convoqué en temps voulu.
L’Église orthodoxe russe est toujours disposée à participer à la préparation du Concile en étroite collaboration avec toutes les Eglises orthodoxes locales.
En ce moment difficile pour tous, je place mon espoir dans la sagesse du patriarche oecuménique qui n’a qu’à prendre la seule décision correcte et prudente.

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Jovan Nikoloski