Le métropolite de Lovetch Gabriel sur les raisons qui ont incité l’Église orthodoxe de Bulgarie à renoncer à sa participation au Concile panorthodoxe
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Le métropolite de Lovetch Gabriel a expliqué au site internet bulgare « Dobrotolioubie » pourquoi le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie a pris la décision de ne pas participer au saint et grand Concile si celui-ci n’est pas reporté.

Votre Éminence, ces jours-ci, après la décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie, sont reproduites dans les médias les opinions de théologiens tels que Kaline Yanakiev et Diliane Nikoltchev, selon lesquels ladite décision est « radicale » et « incorrecte », parce qu’elle pouvait être prise dès l’an dernier, et non au dernier moment. Qu’en est-il réellement, si les thèmes du Concile ont été choisis en janvier de cette année et qu’a été définie, il y a deux semaines seulement, la place dans la salle des participants et des observateurs et qu’ont été connus d’autres détails liés au Concile ?

– Je ne dirais pas que cela n’est pas correct. Il y a autre chose qui n’est pas correct : que l’on nous invite à un Concile où tout est décidé d’avance. Oui, effectivement, nous n’avions pas pris la décision jusqu’à maintenant, jusqu’au dernier moment, de nous rendre ou non au Concile. Mais maintenant, en tout cas, la vérité est claire. Il est vrai que ce n’est pas maintenant que nous avons pris connaissance de cela, mais pour se décider à cela… Nous ne l’avons pas fait immédiatement. Il y a certaines questions qu’il est nécessaire que ce Concile – il n’en a pas été convoqué si souvent – résolve encore [hormis celles qui sont inclues dans l’ordre du jour]. Par exemple, la question du calendrier. L’Église orthodoxe peut-elle continuer à célébrer selon deux calendriers ? Si cette question n’est pas résolue maintenant au Concile, quand peut-elle l’être alors? Lors de la conférence des Églises autocéphales, en 1948 à Moscou, il a été dit au sujet du calendrier que toute Église orthodoxe autocéphale peut célébrer selon le nouveau ou l’ancien calendrier (étant entendue que la pascalie reste identique), mais que, lors du prochain Concile orthodoxe, lorsqu’il serait convoqué, ce calendrier devrait être unifié. Or, le Concile est convoqué maintenant. Est-ce que cette question peut ne pas être résolue ? Quand le sera-t-elle ? Car c’est anormal qu’il existe deux calendriers. Il y a d’autres questions qui doivent être résolues au Concile. Certes, nous le savions avant, nous n’en avons pas été informés maintenant, au dernier moment. Et puis, il nous avons pris une décision concernant l’un des documents (bien que des remarques puissent être formulées sur d’autres), à savoir « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », qui contient beaucoup de choses qui sont absolument inexactes et non orthodoxes. Nous pouvons nous rendre au Concile, mais selon le règlement du Concile qui a été adopté, aucune correction ne sera acceptée. C’est parce que le règlement est tel que, dès le début, la commission doit décider si ce que nous voulons, peut être proposé au vote du Concile. Or, même si cela peut être proposé, si le Concile ne vote pas unanimement dans ce sens, le texte ne pourra être modifié. Que cela signifie-t-il ? Qu’un certain document est adopté par les commissions, mais toutefois les commissions ne sont pas le Concile, elles ne sont vraiment pas le Concile. Ce n’est pas le Concile qui a voté le règlement, mais les patriarches, et ceux-ci ne sont pas non plus le Concile. Et, en fin de compte, on ne pourra apporter aucune modification, disons, dans ce document, mais également dans n’importe quel autre, parce que dans aucun cas, toutes les Églises ne voteront pas à l’unanimité pour la modification, et il y aura quoi qu’il en soit des votes contre. Nous nous rendons à un Concile pour lequel les décisions sont déjà prises. Pourquoi ne pas prendre cela en considération ? C’est un Concile, un travail sérieux ! À quels intervalles sont convoqués les Conciles ? Il se passe parfois des centaines d’années, voir mille. Le Concile doit résoudre les questions qui sont réellement importantes pour l’orthodoxie. Donc, nous avons pris cette décision maintenant. Nous pouvions la prendre avant, mais ce n’était pas facile. Certains disent même que cela est très courageux de prendre une telle décision… Vous voyez qu’il n’y a pas une autre Église, à l’exception de nous, [qui ait pris une telle décision]. C’est ce qu’a décidé le Synode. Personnellement, lorsque je me suis rendu à la session, je ne savais pas que nous pourrions prendre une telle décision. Ma seule conviction était qu’il fallait demander de reporter le Concile, afin que soient mis au point ces questions et que ce Concile ait véritablement un grand effet. Selon moi, le Concile doit être tel qu’il soit en mesure d’élaborer le règlement de ses sessions, afin que l’on y vote comme partout : lorsqu’est constitué le nouveau parlement bulgare, personne ne donne aux députés un ordre du jour tout prêt, ils créent leurs propres règles. Cela doit être réglé par le Concile. Maintenant cela est réglé par les patriarches. C’est bien, mais les patriarches ne sont pas, malgré tout, le Concile. Le Concile est une représentation bien plus large. Du fait que tout a été décidé à l’avance, nous avons décidé qu’il serait bien de reporter le Concile afin que les questions conflictuelles puissent être réglées. Notre souhait serait que l’on règle de la meilleure façon ce qui concerne l’orthodoxie. Aussi, cela n’a pas d’importance que nous ayons décidé cela au dernier moment. Mais pour ce qui concerne la disposition dans la salle, c’est un problème mineur, vraiment mineur ! Pour ce qui est des dépenses élevées au sujet desquelles nous avons écrit : si le Concile réglait des réponses très sérieuses, nous n’y verrions pas d’inconvénients, mais maintenant nous irions à un tel Concile, où tout est réglé d’avance, et nous donnerions pour cela un demi million de Lev… Pour l’Église orthodoxe de Bulgarie, c’est une grande somme. Nous la donnerions si nous savions que la manifestation le vaut. Vous savez, nous ne savons même pas combien cela coûtera. Personne ne nous informe de la somme finale, mais ce sera plus d’un demi million de Lev – combien cela coûtera encore ? Une chose pareille est-elle possible maintenant ? Que les médias disent ce qu’ils veulent. Oui, nous avons effectivement pris une telle décision.

Mais nos métropolites ont participé régulièrement à ces réunions préconciliaires, où ont été discutés les thèmes qui seront examinés à ce Concile, de même que le contenu des documents préconciliaires. Pourquoi nos métropolites ne se sont-ils pas prononcés alors contre ces documents, mais seulement maintenant, lorsque les documents sont déjà signés ?

– Parce que celui qui dirigeait les sessions de la commission, lorsque quelqu’un voulait introduire des modifications, disait : « Nous n’avons pas de règlement permettant d’apporter ces modifications, il nous a été dit lors de la synaxe des patriarches que nous ne ferions que des corrections mineures ». Et eux [les métropolites ayant participé aux conférences préconciliaires ]– étant donné que si quelqu’un ne signe pas lors de ces commissions, les décisions échouent – ont signé, mais il y avait un espoir que les choses puissent être revues lors du Concile. Il en ressort qu’en fin de compte ce qui a été accepté en tant que compromis lors de la session des commissions, ne pourra être modifié pendant le Concile. C’est ce qu’ignoraient ces membres des commissions. Ils ont pensé : « Bien, nous signons pour une raison ou une autre, afin d’éviter que la session d’une commission n’échoue, et puis après tout, il y aura le Concile ensuite » – oui, mais il en ressort que ce qui a été adopté en commission ne pourra être en substance modifié. C’est la vérité. Lisez à ce sujet. Qui veut peut le lire. C’est la vérité.

Mais y a-t-il une teinte politique à la réaction du Saint-Synode ? Parce qu’actuellement, on accuse l’Église de servir à nouveau, quelque peu, certains intérêts russes et de soutenir à nouveau l’Église russe ?

– Pourquoi mentent-ils ? Dans quel but ? Pourquoi personne ne dit : l’Église russe, lors du Concile de ses évêques qui a eu lieu au début de février, a accepté tous les documents, sans remarques. Je pense que seuls quatre évêques étaient contre. L’Église bulgare, le 22 avril, n’a pas accepté l’un des documents, le plus contesté. Qui avons-nous alors entendu ? L’Église russe ? Si cela avait été le cas, nous aurions fait la même chose [qu’eux] ! Nous avons agi selon notre conscience. Peut-on ignorer cela ? C’est écrit [dans les médias] de façon incorrecte, ils veulent intentionnellement… Et le site « Dveri.bg » a écrit « politique russe ». Et pourquoi n’a-t-il pas écrit que ce que nous avons décidé alors, était en fait contre, n’était pas à l’unisson, n’était pas en accord avec la décision russe ? Comment l’avons-nous décidé alors ? C’est très important ! Nous sommes opposés à un document qui, en fait, peut être très important pour le Concile. Nous pouvons dire que nous sommes maintenant plus proches de la position grecque, parce que l’Église de Grèce n’accepte pas ce document. Mais l’Église russe l’accepte, jusqu’à maintenant, elle n’a pas dit qu’elle ne l’acceptait pas. Nous sommes aussi avec la Sainte Montagne de l’Athos, qui est également opposée à ce document. L’Église de Géorgie est contre ce document. Mais les autres l’ont accepté. Nous sommes alors avec quelle Église ?

Mais il y a bien la lettre du patriarche russe au patriarche œcuménique ?

– La publication de cette lettre [sur le site bulgare, précisément de telle façon qu’elle laisse entendre l’influence russe sur notre décision, a été faite à dessein. La lettre concerne seulement l’emplacement des délégations [dans la salle du Concile], mais notre position a des fondements plus sérieux. Pour ce qui concerne l’emplacement des délégations, le jour suivant déjà, le Patriarcat œcuménique nous a téléphoné que tout avait été fait comme il le fallait. Si cela était la raison, nous nous serions rendus au Concile, du fait que cela avait été rectifié le lendemain déjà. Nous avons pris notre décision le 1er juin, et on nous a téléphoné le lendemain, le secrétaire en chef a parlé au téléphone au vu de tous avec le secrétaire du Patriarche œcuménique et on nous a dit que la disposition des délégations avait déjà été régularisée selon ce que souhaitaient l’Église russe et les autres Églises. Si cela avait été la raison, nous serions venus au Concile. Cela est pour nous une cause mineure, secondaire, les raisons principales sont les deux premières : à savoir qu’il y a beaucoup de thèmes importants qui sont exclus de l’examen du Concile, et que nous irions à un Concile, où tout est décidé à l’avance, où n’avons rien à décider sur place, du fait que l’on ne peut apporter de modifications. Étant donné que les changements par consensus (à l’unanimité) ne sont pas acceptés. Jugez-vous mêmes : si l’on votait au parlement sur la base du consensus, qu’accepteraient-ils ? Rien. On trouve toujours quelqu’un qui sera contre, cela bloquerait le travail du parlement. C’est la vérité. Pourquoi mentent-ils [les médias bulgares] ? Qu’ils réfléchissent et comprennent qu’il s’agit là de la vérité.

– Que perdra et que gagnera notre Église par sa non-participation au Concile ?

– Je ne peux pas vous le dire. Si nous gagnons, nous gagnerons pour toute l’orthodoxie. Si le Concile est reporté, nous gagnerons, parce que le Concile sera mieux préparé : de telle façon que certains thèmes importants soient portés à l’ordre du jour et que le règlement soit modifié, que les questions puissent être résolues également au cours du Concile, et non pas seulement en commission. Et si l’on ne peut rien changer pendant le Concile, de quel Concile s’agit-il alors ? Et il y a autre chose : il faut que tous les évêques puissent voter, il ne faut pas que chaque Église seulement dispose d’une voix, il faut faire ce qui était fait à tous les Conciles. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu un tel Concile où chaque Église locale n’aurait qu’une voix. Tous ceux qui participent doivent avoir la possibilité d’exprimer leur opinion quand ils le veulent, c’est également ce qui existe dans les canons des conciles. C’est cela que nous voulons, rien d’autre. Quant à ce que nous perdons, je n’en sais rien. Mais je sais ce que nous gagnons.

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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