29/04/2017
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Modifications et ajouts aux textes préconciliaires proposés par la hiérarchie de l’Église orthodoxe de Grèce

Modifications et ajouts aux textes préconciliaires proposés par la hiérarchie de l’Église orthodoxe de Grèce

Dans un long article daté du mois de juin 2016 et intitulé « Peu avant le saint et grand Concile », le métropolite de Nafpaktos Hiérothée (Église orthodoxe de Grèce) a souligné que ledit Concile n’est absolument pas le premier concile qui aura lieu dans l’Église orthodoxe depuis le VIIème concile œcuménique, voire après 1054, comme cela est souvent évoqué dans la presse. Le métropolite mentionne que contrairement à cette « fable », l’Église orthodoxe n’est pas demeurée dans une sorte de « sommeil spirituel ». Et de citer les conciles qui se sont tenus sous St Photius le Grand (879-880), les conciles hésychastes (1341-1368), le concile de 1484 qui a invalidé le concile unioniste de Ferrare-Florence, le concile de 1590, qui se caractérisait comme « Concile œcuménique » et sa suite en 1593, qui a reconnu l’autocéphalie de l’Église de Russie, le concile de 1756 au sujet du mode de réception des convertis à l’orthodoxie, la décision synodale des patriarches orientaux de 1848 au sujet du Filioque et de la primauté romaine, et le concile de 1872 au sujet du phylétisme. Le métropolite Hiérothée cite encore des décisions patriarcales importantes au cours des siècles. Après cette mise au point et un long développement sur les confessions hétérodoxes, ainsi que sur le lien entre l’Église, la foi orthodoxe et l’eucharistie, le métropolite a donné des précisions sur les modifications et ajouts proposés par la récente Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce. Nous reproduisons ci-après ce passage du texte du métropolite Hiérothée :

« Comme j’en avais le devoir, j’ai étudié les textes préparés par les représentants de toutes les Églises et qui avaient été signés par tous les primats. Lors de l’étude des textes par le Saint-Synode et la hiérarchie de l’Église de Grèce, il a été décidé que différents changements seraient apportés, à savoir des corrections et des ajouts, dans la perspective d’amélioration des textes. Ceci s’est passé dans un esprit d’unanimité, d’unité pour ce qui concerne la plupart d’entre eux. Pour certains autres textes, il y a eu toutefois proposition de vote à main levée, en l’absence d’unanimité. C’est ainsi qu’il a été atteint un résultat satisfaisant pour tous les hiérarques, mais également pour ceux qui, absents, ont été informés de la décision. Je vais présenter maintenant les points principaux de ladite décision. Le point fondamental est que dans le texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », il était énoncé dans différents paragraphes que l’Église orthodoxe « reconnaît l’existence historique des autres Églises et confessions chrétiennes ». Cela a été remplacé par la phrase : « reconnaît l’existence historique des autres confessions et communautés chrétiennes ». Un autre point important est ce qui concerne l’unité de l’Église. Tandis que dans le texte, il était indiqué que l’unité de l’Église « ne pouvait être perturbée », il était néanmoins question dans la suite d’une tentative de rétablir l’unité entre les chrétiens, ce qui semblait ainsi valider la théorie des branches. Dans ces textes, plusieurs corrections ont été faites, selon lesquelles l’Église orthodoxe croit que « son unité ne peut être perturbée » et participe « au mouvement du rétablissement de l’unité du reste des chrétiens» ou « de l’unité perdue du reste des chrétiens », de même qu’elle œuvre afin que vienne ce jour auquel « le Seigneur accomplira l’espoir de l’Église orthodoxe pour le rassemblement en elle de tous ceux qui sont dispersés, et il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ». Un autre point important est encore le passage où il est question de la perspective « des dialogues théologiques de l’Église orthodoxe avec les autres confessions et communautés chrétiennes », lesdits dialogues étant « déterminés toujours sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiale qui a déjà été formée, en conformité avec les saints canons des conciles œcuméniques et des conciles locaux reconnus par les premiers, tels que les 46ème, 47ème et 50ème canons des saints Apôtres, les 8ème et 9ème du Ier concile œcuménique, le 7ème du IIème concile œcuménique, le 95ème du concile quinisexte et les 7ème et 8ème de Laodicée » [ces canons concernent l’interdiction de la prière commune avec les hétérodoxes ou encore le mode de réception de ces derniers dans l’Église, ndt]. Il a été également ajouté une clarification nécessaire : « Il est explicité que lorsque l’on applique la réception des hétérodoxes (dans l’Église orthodoxe) par une confession de foi et la sainte chrismation, cela ne signifie pas que l’Église orthodoxe reconnaît la validité de leur baptême ou de leurs autres sacrements ». Dans le paragraphe où il est question de la condamnation de toute rupture de l’unité de l’Église par des personnes ou des groupes et de la préservation de la foi orthodoxe authentique qui est assurée par le système conciliaire, ont été ajoutés le 6ème canon du IIème concile œcuménique et les 14ème et 15ème du concile Prime-second [ces canons précisent dans quelles conditions on peut se séparer de son évêque, ndt]. Dans un autre paragraphe où il était question de la nécessité du dialogue théologique interchrétien, sans manifestations provocantes d’antagonisme confessionnel, il a été ajouté, entre parenthèse, l’uniatisme, ce qui signifie que l’Église orthodoxe n’accepte pas ce mode hypocrite d’unité des Églises, ce que réalise dans la pratique l’uniatisme. Il y a une correction importante dans le paragraphe dans lequel les Églises orthodoxes locales « sont appelées à la compréhension et la collaboration inter-religieuses », par l’ajout de la phrase « pour la coexistence pacifique et la cohabitation sociale des peuples, sans que cela occasionne un syncrétisme religieux quel qu’il soit ». Il a été longuement question de la participation de l’Église orthodoxe dans le Conseil œcuménique des Églises (COE). La proposition du Saint-Synode permanent était de biffer les paragraphes concernés. Après un intense débat a eu lieu un vote à main levée, d’où il est ressorti que 13 évêques proposaient que ces paragraphes soient biffés, 62 évêques souhaitaient qu’ils soient maintenus, tandis que 2 étaient d’opinion différente. Ainsi, la majorité des hiérarques souhaitaient que demeurent ces paragraphes dans le texte, et l’Église de Grèce participe aux travaux du COE conformément aux conditions préalables nécessaires. Lors de la discussion et au cours du vote, j’ai soutenu qu’il faudrait que nous restions au COE en tant qu’observateurs, mais ce fut la seule proposition dans ce sens. Malgré cela, la phrase selon laquelle les Églises orthodoxes, dans le COE, « contribuent par tous les moyens dont elles disposent au témoignage de la vérité et à la promotion de l’unité des chrétiens » a été corrigée par la phrase « contribuent par tous les moyens dont elles disposent pour la promotion de la coexistence pacifique et de la collaboration au sujet des défis et problèmes majeurs socio-politiques ». Cela signifie que la raison de la participation de notre Église au COE est seulement les raisons sociales et non la promotion de l’unité des chrétiens. Dans le texte portant le titre « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », il est question de la personne humaine et la communion des personnes. Parallèlement, cependant, il est constamment question de l’homme. Aussi, pour des raisons théologiques et l’unification du texte, la phrase « la valeur de la personne humaine » a été remplacée par « la valeur de l’homme ». Dans le texte « L’autonomie et la manière de la proclamer » a été ajouté un paragraphe : « Les diocèses ecclésiastiques pour lesquels a été accordé un tomos ou un acte patriarcal ne peuvent pas demander l’autonomie, conservant sans changement leur statut ecclésial ». Dans un autre paragraphe du même texte, dans lequel il est question de l’octroi de l’autonomie à un diocèse par l’Église mère, a été ajouté le mot « à l’unanimité ». C’étaient là les propositions de base d’amélioration des textes par la hiérarchie de l’Église de Grèce.

Je voudrais exprimer deux pensées. D’abord, dans ces ajouts et ces changements ressort une ecclésiologie traditionnelle, dans le cadre des possibilités dont disposait la hiérarchie de notre Église pour accomplir cette tâche. Ces décisions étaient unanimes et nul ne peut affirmer que dans la hiérarchie les hiérarques « conservateurs » l’ont emporté sur « les progressistes » ! Il y avait naturellement des propositions visant à retirer le texte « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » afin qu’il soit retravaillé, mais cela n’a pas été accepté par la hiérarchie. Deuxièmement, ces décisions sont contraignantes pour notre Église, car elles ont été acceptées essentiellement à l’unanimité. Cela signifie que notre délégation au saint et grand Concile doit les soutenir pour qu’elles entrent dans le texte et elle n’a pas la possibilité de se rétracter.

Conclusion : après ce qui est mentionné plus haut, j’arrive à la conclusion que le saint et grand Concile, avec toutes les Églises qui s’y présentent, devrait absolument mentionner expressément dans son message les conciles œcuméniques et les grands conciles, et faire que cesse la « fable » à la fois contraire à la vérité historique, a-théologique et anti-ecclésiale, selon laquelle ce concile serait convoqué après 1200 ans, ou qu’il s’agirait du premier concile après le schisme. Avec beaucoup de respect, je supplie les primats des Églises orthodoxe qui, finalement, participeront, particulièrement Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Mgr Bartholomée, qui s’est donné du mal pour que les choses en arrivent jusque là, de mentionner expressément que ce Concile est la suite des conciles de Photius le Grand, de saint Grégoire Palamas, saint Marc d’Éphèse, des grands patriarches d’Orient, de leurs prédécesseurs, dont certains ont été martyrisés pour la gloire de Dieu et de l’Église. Autrement, il y aura encore une raison pour que ce concile soit dédaigné dans la conscience du plérôme de l’Église comme un concile anti-Photien, anti-Palamite, anti-Marc (d’Éphèse), antiphilocalique ! Je ressens que pendant les sessions du saint et grand Concile il y aura des pères conciliaires qui ressentiront la voix des prophètes, des apôtres et des Pères, le sang des martyrs pour la foi, les larmes et les luttes des ascètes, les sueurs des missionnaires, la prière des « pauvres du Christ », l’attente du peuple pieux. Ceux qui ne ressentiront ni ne comprendront cela seront des malheureux ».

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Jovan Nikoloski