Grand Carême
Saint Théophane le Confesseur, moine au Mont Sigriane, près de Cyzique (818) ; saint Paul-Aurélien, premier évêque de Saint-Pol-de-Léon en Bretagne (573) ; saint Grégoire le Grand, dit le Dialogue, pape de Rome, auteur de la Liturgie des saints Dons présanctifiés (604) ; saint Syméon le Nouveau Théologien (1021) ; saint Phinès le juste (vers 1500 av. J.-C.) ; saints néo-martyrs de Russie : Alexandre (Derjavine), confesseur (1933), Jean (Plekhanov), Constantin (Sokolov), prêtres, Vladimir (Volkov), moine (1938), Serge (Skvortsov), prêtre (1943).
SAINT THÉOPHANE LE CONFESSEUR
Notre saint Père Théophane naquit à Constantinople en 759, sous le règne de l’empereur iconoclaste Constantin Copronyme (741-775), au sein d’une noble et opulente famille. Élevé par sa mère, il avait été fiancé dès l’âge de douze ans à une riche héritière, nommée Mégalo. Au bout de huit années de fiançailles, quand vint le jour des noces, dès qu’ils se retrouvèrent seuls, le soir venu, Théophane révéla à son épouse qu’il avait toujours désiré embrasser la vie monastique, et il la convainquit de vivre ensemble dans la continence, comme frère et sœur. Ils menèrent ainsi ce glorieux combat de la virginité au sein du mariage pendant deux années, malgré les pressions du père de Mégalo. Finalement, celui-ci obtint de l’empereur Léon IV (775-780) que Théophane fût nommé gouverneur de Cyzique, chargé de surveiller la construction de la forteresse, avec l’espoir que les soucis de cette charge le détourneraient de ses aspirations ascétiques. Mais le résultat fut tout autre, car le pieux magistrat profitait de tous ses moments libres pour visiter les ascètes de la région. L’un d’eux, nommé Grégoire, tempéra son désir de renoncer au monde en lui conseillant de persévérer encore dans son mode de vie. Au cours d’un voyage à Constantinople, il reçut la dignité de spatharios, mais rien ne pouvait le détourner de sa soif de Dieu. Aussi, dès la mort de l’empereur et de son beau-père, il obtint son congé de l’impératrice régente, Irène, et, après avoir libéré ses serviteurs et distribué ses richesses, il conduisit son épouse dans un monastère de l’archipel des Princes. Il ne devait plus la revoir dans cette vie, mais il lui écrivait pour l’encourager à persévérer dans les devoirs de sa profession. Quant à lui, il devint moine au monastère de Polychronion au mont Sigriane, près de Cyzique. De là, il passa une brève période dans une propriété de famille située dans l’île de Calonymos (Propontide). Les candidats à la vie monastique accoururent bientôt, mais Théophane, renonçant à les diriger, confia la direction de la communauté à un moine expérimenté venu d’un autre monastère et alla vivre en ermite à proximité pendant environ six années, en exerçant le travail de copiste. Lorsque l’higoumène du monastère vint à mourir, les frères lui demandèrent unanimement de prendre la succession. Craignant de perdre la grâce de la sainte hésychia, le saint retourna au mont Sigriane, où il acquit une propriété nommée le Grand-Champ (Megas Agros), dans laquelle il fonda un monastère qui devint par la suite un des plus prestigieux centres spirituels de l’époque. Revêtu de l’armure des preux combattants du Seigneur : le jeûne mesuré qui dessèche les ardeurs de la chair, la veille qui rend l’esprit pénétrant au milieu de la nuit et les larmes qui purifient le cœur, il était pour tous une image vivante de la parfaite observance monastique. Une fois de plus des disciples se rassemblèrent autour de lui et il dut assumer leur direction. D’une douceur avenante, il savait s’entretenir d’égal à égal avec les plus simples comme avec les plus lettrés, et il leur enseignait avec autorité, mais sans violence, les saints dogmes et l’art de la maîtrise des passions. Pour compléter son expérience, il entreprit alors un voyage dans les monastères de Bithynie et de l’Hellespont. En plus de ses labeurs spirituels et de ses devoirs de pasteur, il travailla aussi à la rédaction d’une vaste Chronographie, qui reste un des meilleurs documents pour la connaissance de l’histoire byzantine. Devenu vase d’élection de la grâce, il couvrait tous ceux qui se présentaient au monastère de la charité même de Dieu, et lors d’une terrible disette il ordonna à son économe de distribuer toutes les réserves aux indigents. Par la grâce de Dieu celles-ci se remplirent de nouveau.
En 787, il fut convoqué au Concile de Nicée, réuni pour la défense du culte des saintes images. Il apparut dans cette assemblée dans un simple et pauvre appareil, mais étonna tous les assistants par sa profonde connaissance de la tradition des saints Pères. Rentré à son monastère, il fut atteint de la très cruelle maladie de la pierre et de coliques néphrétiques, qui l’obligèrent à rester constamment alité. Ces épreuves, acceptées avec patience, se transformaient pour lui en de saintes ascensions vers le Royaume des cieux.
Lorsque l’empereur impie Léon V l’Arménien reprit la persécution contre les saintes images (815), averti de la réputation de confesseur acquise par l’higoumène du Grand-Champ, il convoqua Théophane à Constantinople, sous prétexte de demander ses prières à la veille de sa campagne contre les Bulgares. Les soldats envoyés pour quérir l’homme de Dieu, le saisirent de force, malgré son infirmité, et incendièrent le monastère. Une fois rendu à la capitale, Théophane refusa de voir l’empereur hérétique en face, ce qui déclencha la fureur du tyran qui le fit incarcérer au monastère des Saints Serge-et-Bacchus, où le futur patriarche hérétique, Léon le Grammairien, essaya de le faire céder. Mais le saint réfutait avec éclat tous ses arguments. Il resta, pendant deux ans, enfermé dans un sombre cachot du palais d’Éleuthère ; puis l’empereur, constatant qu’il demeurait inflexible dans sa confession de la vraie foi, ordonna de l’exiler dans l’île de Samothrace. Le saint confesseur ne put survivre qu’une vingtaine de jours aux peines de ce voyage, et il remit son âme au Seigneur le 12 mars 817 (818). Son tombeau devint immédiatement une source de guérisons pour les habitants de Samothrace. En 822, ses disciples vinrent prendre son corps pour le transférer au monastère du Grand-Champ. Saint Théodore Stoudite, dont saint Théophane avait été le parrain de profession monastique et qui lui portait une vive admiration, prononça à cette occasion un discours en son honneur. Il est acclamé parmi les saints confesseurs dans le Synodikon de l’Orthodoxie, lu dans les églises le Premier Dimanche du Grand Carême.
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de saint Théophane, ton 8
Guide de l’orthodoxie, maître de piété et de sainteté, / luminaire de l’univers, ornement des moines inspiré de Dieu, / sage Théophane, pour les saintes images tu as combattu; / toi qui fus comme une lyre vibrant au souffle de l’Esprit, / intercède auprès du Christ notre Dieu pour qu’il sauve nos âmes.
Kondakion de saint Théophane, ton 2
Du ciel ayant reçu la divine révélation, / tu t’empressas de quitter le tumulte d’ici-bas; / en moine, vénérable Père, ayant vécu, / tu reçus le pouvoir des miracles et le don de prophétie, / toi qui te privas de ton épouse et de tes biens.
LECTURES DE L’ANCIEN TESTAMENT
Isaïe XXV, 1-9
Seigneur Dieu, je Te glorifierai, je louerai Ton nom, parce que Tu as fait des choses merveilleuses, selon Ton conseil antique, fondé sur la vérité. Qu’il en soit ainsi. Tu as réduit des villes en des monceaux de ruines, des villes fortes, dont les fondations ne devaient point faillir ; la ville des impies ne sera point réédifiée dans l’avenir. C’est pourquoi un peuple pauvre Te bénira, et les villes des hommes Te béniront. Car Tu es le protecteur de toute humble cité, Tu es l’abri du pauvre en son indigence; Tu les sauveras des méchants, Toi, abri de ceux qui ont soif, Toi, rafraîchissement des opprimes. Nous étions défaillants dans Sion, comme des hommes consumés par la soif, à cause des impies auxquels Tu nous as livrés. Et le Seigneur Dieu des armées préparera un festin pour tous les gentils; sur cette montagne ils boiront la joie, en buvant le vin, ils se parfumeront de myrrhe. Sur cette montagne, ils seront livrés à la transmission [de la doctrine]. Donnez toutes ces choses aux gentils ; car sur les gentils repose le conseil de Dieu. La mort, ayant prévalu, dévorera les hommes, et de nouveau le Seigneur séchera les larmes de tous les visages; Il effacera sur toute la terre l’opprobre de son peuple; car la bouche du Seigneur a parlé. Et en ce jour on dira : Voici notre Dieu, en qui nous espérons, Il nous sauvera. Voici le Seigneur, c’est Lui que nous attendions ; et nous avons tressailli d’allégresse, et nous nous réjouirons en Celui qui est notre salut.
Genèse IX, 8-17
Et Dieu parla à Noé et à ses fils, disant : Je rétablis mon alliance avec vous, avec votre postérité, Avec toute âme vivante, oiseaux et bestiaux, et avec toutes les bêtes fauves de la terre qui sont sorties de l’arche avec vous. J’établirai mon alliance en votre faveur ; la chair ne périra pas de nouveau par le déluge, et il n’y aura plus de déluge qui détruise la terre. Et le Seigneur Dieu dit à Noé : Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous et toute âme vivante, pour toutes les races futures : Je place mon arc dans la nue, et il sera le signe de mon alliance avec la terre. Lorsque Je rassemblerai les nuées sur la terre, l’arc paraîtra dans la nue. Et Je me souviendrai de mon alliance avec vous et avec toute âme vivante et toute chair, et il n’y aura plus de déluge qui détruise toute chair. Mon arc sera dans la nue ; et à sa vue je me souviendrai de l’alliance éternelle entre moi et la terre, et toute âme vivante et toute chair qui est sur la terre. Dieu dit à Noé : Tel est le signe de l’alliance que j’ai établie entre moi et toute chair qui est sur la terre.
Proverbes XII, 8-22
On loue la bouche d’un homme intelligent ; les esprits vains sont moqués. Mieux vaut être obscur et utile à soi-même, que se glorifier en manquant de pain. Le juste est compatissant, même pour la vie de ses bestiaux ; les entrailles des impies sont sans pitié. Qui travaille à sa terre se rassasiera de pain ; mais ceux qui poursuivent des vanités sont dépourvus d’intelligence. Celui qui se plaît aux assemblées des buveurs léguera la honte à sa maison. Les désirs des impies sont mauvais ; les racines des hommes pieux sont indestructibles. Par le péché même de ses lèvres, le pécheur tombe en des filets ; le juste y échappe, et celui dont l’œil est bon excite l’indulgence ; celui qui se dispute aux portes irrite les âmes. L’âme de l’homme sera remplie de biens provenant de sa bouche, et ses lèvres recevront leur récompense. Les voies des insensés sont droites à leurs yeux ; le sage écoute les conseils. L’insensé à l’instant même montre sa colère ; l’homme habile renferme en lui-même l’outrage qu’il a reçu. Le juste déclare la pleine vérité ; le témoin des méchants est trompeur. Il en est dont les paroles blessent comme des glaives ; la langue des sages guérit. Des lèvres véridiques n’ont point de détours sans leur témoignage ; le témoin précipité a une langue inique. La fraude est dans le cœur de celui qui machine le mal ; ceux qui veulent la paix seront dans la joie. Rien d’injuste ne plaira au juste ; les impies sont remplis de mal. Les lèvres trompeuses sont en abomination au Seigneur ; Il agrée l’homme de bonne foi.