Bertrand Vergely : « Du coronavirus aux Pères du désert »
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On s’interroge à propos de ce qui se passe aujourd’hui avec l’épidémie mondiale du coronavirus. Face à cet événement, on voit apparaître deux types de réactions.

La première, non religieuse est de type politique. Inspirée par la colère, pour elle, ce qui se passe est la conséquence de ce qui aurait dû être fait en termes de protection sanitaire et qui n’a pas été fait. D’où, lorsque l’épidémie sera endiguée, le projet de régler des comptes en coupant quelques têtes. Déjà, des associations et des particuliers ont porté plainte contre le premier ministre ainsi que contre le ministre de la santé pour non-assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d’autrui.

La seconde réaction, de type moral voire religieux, voit dans ce qui se passe la conséquence d’une faute et d’un péché. L’épidémie qui a lieu aurait pour cause l’excès de mondialisation. Lorsqu’elle prend une forme non pas écologique mais religieuse, cette réaction voit dans l’épidémie une punition divine. Dieu aurait envoyé le coronavirus aux hommes pour les punir de leurs péchés. Cette interprétation avait déjà été mise en avant à propos du Tsunami dans le sud-est asiatique puis du tremblement de terre à Haïti. Elle ressurgit aujourd’hui à travers une mise en relation de la pandémie avec les douze plaies d’Égypte.

Des erreurs ont été faites et nous en payons aujourd’hui les conséquences.  C’est évident. Toutefois, il n’y a pas que les erreurs humaines qui polluent la planète. La colère, la haine, la vengeance, les règlements de compte, les exécutions sommaires au nom de la justice la polluent abondamment. Si demain on règle par la vengeance les erreurs qui ont été faites, on aura réglé la question des erreurs, pas celle de la vengeance. Par ailleurs, il est vrai que l’humanité pèche. Toutefois, on voit mal Dieu faisant souffrir les innocents afin que l’humanité se convertisse. Quand l’humanité pèche, son péché consiste certes à s’écarter de Dieu. Il consiste toutefois aussi à faire souffrir les innocents. Si Dieu faisait souffrir les innocents pour que l’humanité ne pèche plus, il ne réglerait pas le péché de l’humanité. Il l’entretiendrait. D’où la sagesse de cette parole prononcée lors de la confession et disant que Dieu n’est pas venu pour punir l’homme et le condamner mais pour qu’il se convertisse.

Il y a beaucoup de vengeance actuellement qui s’exprime dès lors qu’il s’agit de donner du sens à ce qui se passe. Qu’il soit permis de suggérer une autre interprétation consistant non pas à être contre le mal qui se passe mais pour le bien et le salut qui sont en train de se faire.  Nous avons tendance à voir les choses banalement en oubliant de les voir mystiquement.           

L’homme est une personne mystique et pas simplement matérielle. En tant qu’être matériel, il est relié à la nature et à l’humanité. En tant qu’être mystique il est relié à Dieu, source ineffable de toutes choses. Comme il est une personne mystique, sa relation à Dieu est mystique. Comme sa relation à Dieu est mystique, Dieu est avec l’homme et non en face de lui en l’aimant et non en le jugeant. Ayons à l’esprit que Dieu est avec l’homme et non en face de l’homme, tout change.

Dieu étant avec l’homme, Dieu apparaît comme celui qui d’abord veut sauver l’homme et non l’accabler en le jugeant et en le condamnant. Concrètement, cette volonté de sauver l’homme se manifeste par une règle simple mais extrêmement salutaire : à condition d’écouter et de regarder la réponse à un problème qui est posé se trouve toujours dans le problème lui-même. Quand cette règle est respectée, elle fait découvrir une prière derrière ce qui se passe.

On a pu s’en rendre compte à l’occasion du Sida. Le message était alors clair. Il faut que l’humanité se protège et qu’elle se garde de vivre dans une sexualité débridée. Le message a été entendu puisque la génération qui revendiquait la libération sexuelle totale s’est mise à revendiquer le mariage et la procréation. Certes, on est encore loin, bien loin, du vrai mariage et de la vraie procréation, mariage et procréation étant détournés de leur sens profond par la libération sexuelle qui entend se les approprier. Mais, un tournant a été opéré. Mariage et procréation qui étaient des institutions à détruire, sont réhabilités.

Dans ce qui arrive aujourd’hui à la planète, une nouvelle prière est adressée. Cette prière nous demande à nouveau de nous protéger, mais autrement, intérieurement et non plus sexuellement.

Quand on lit les pères du désert que recommandent-ils en permanence ? « Rentre dans ta cellule ». Pour comprendre cette parole, il importe de prendre la cellule au sens large. Si celle-ci désigne la prison à travers la cellule du prisonnier, elle désigne également l’élément fondamental de la vie à travers la cellule vivante. Entre la prison et la vie, la cellule du moine est ce lieu du retrait, cette kénose, cette mise entre-parenthèse, qui permet de se libérer de la prison afin d’aller vers la vie. Ainsi, quand les pères du désert recommandaient au moine de revenir dans sa cellule le message était le suivant : « Si tu veux te libérer de toute prison, va dans la vie et, pour cela, va dans ta cellule ».

Il nous est demandé aujourd’hui de nous confiner. Il s’agit là d’une demande mystique. le contact extérieur étant source de fièvre, l’humanité doit aller dans la vie et pour cela il faut qu’elle se garde de tout contact extérieur d’être humain à être humain,

Au XVIIe siècle, Pascal, grand lecteur des pères du désert comme Arnaud, le traducteur de leurs sentences, en a conscience. « Tout le malheur de l’homme vient de ce que celui-ci n’est pas capable de rester vingt-quatre heures seul avec lui-même dans sa chambre », écrit-il. Les messieurs de Port Royal pensaient à recréer le désert d’Égypte dans lequel saint Antoine s’est retiré pour y inventer le monachisme chrétien.

L’humanité est promise à un grand avenir. Contrairement à ce que pensent les prophètes de l’effondrement, son aventure est loin d’être terminée. Pour cela, une prière lui est adressée. Il faut qu’elle aille dans ses forces les plus profondes en rentrant dans le noyau de la vie à savoir sa cellule. À cet égard, un événement stupéfiant est en train de se produire. Alors que l’humanité est très désobéissante, globalement celle-ci est en train de devenir obéissante. On se demande depuis des décennies quand l’homme va comprendre et rentrer en lui-même. Constatons-le : cette demande est en train de se réaliser. On pensait l’humanité incapable d’obéissance. Contrainte de rentrer dans ses confins, elle le devient. Il y a deux hommes en nous, l’homme extérieur qui se corrompt et l’homme intérieur qui se fortifie, rappelle saint Paul. L’humanité qui l’ignore est en train de découvrir cette vérité.    

La destinée de l’homme aux yeux de Dieu est extrêmement élevée, puisqu’il est appelé à connaître ce couronnement de la vie qu’est le royaume de tous les royaumes. Encore convient-il pour cela qu’il s‘en donne les moyens en laissant vivre en lui la plénitude divino-humaine, c’est-à-dire le Christ. Aujourd’hui la vie frappe à la porte du cœur humain pour rentrer dans le noyau de celui-ci afin de devenir cellule de vie. Alors que l’humanité rêve du nouvel homme en pensant le trouver à travers la fabrication d’une réplique de lui-même sous la forme d’un robot, il lui est proposé de devenir l’image de Dieu et non le modèle d’un robot. Elle rêvait d’une mondialisation idéale grâce au robot dépourvu de toute intériorité. Voilà qu’elle bascule dans une mondialisation réelle à travers un homme dé-robotisé.

De tout éternité Dieu inspire l’homme afin qu’il devienne un homme intérieur. À l’évidence, avec l’humanité invitée à rentrer chez elle, actuellement un pas vers cet homme est en train de se faire. L’homme qui est appelé à être couronné ne doit ni être l’ennemi de la couronne ni avoir la couronne comme ennemie. En luttant contre le coronavirus, dans les profondeurs, l’humanité est en train de marcher vers la couronne comme amie en se délivrant de la couronne comme ennemie.  Lorsque la vie reprendra son cours, tout ne va pas être idéal du jour au lendemain. En profondeur, toutefois, le message qui est en train d’être lancé ne va pas s’arrêter de sitôt.

Bertrand Vergely

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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