Homélie de saint Jean Chrysostome pour le Jeudi Saint
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« Je vois bon nombre de fidèles impatients de participer aux redoutables mystères. Afin donc qu’ils puissent s’asseoir à cette table et profiter en même temps de nos paroles, nous devrons ne vous adresser que peu de mots, et ainsi vous recueillerez un double avantage, car après avoir été préparés par nos discours, vous vous approcherez ensuite de la communion redoutable, avec crainte et tremblement et avec le respect qui convient.

Aujourd’hui, mes frères, notre Seigneur Jésus-Christ a été trahi: c’est, en effet, lors de ce soir qui avançait, que les Juifs le prirent et s’en allèrent. Mais ne soyez pas abattus en entendant que Jésus a été trahi; mais soyez plutôt abattus et pleurez amèrement, non pas pour Jésus qui est trahi, mais pour Judas le traître. En effet, en étant trahi l’Un a sauvé le monde, tandis que l’autre a perdu son âme; Celui qui a été trahi est assis à la droite du Père dans les cieux, tandis que le traître est maintenant dans l’enfer, attendant le châtiment inévitable. Oh ! Pleure et soupire pour lui, lamente-toi sur lui, car notre Maître à pleuré sur lui. À sa vue, est-il dit [dans l’Écriture], Il fut troublé et il dit: l’un de vous me trahira. (Jean, XIII, 21) Oh ! qu’elle est grande la miséricorde du Maître ! Celui qui est trahi s’afflige sur le traître. À sa vue dit [l’Évangéliste],  Il fut troublé et dit : L’un de vous me trahira. Pourquoi fut-Il triste : c’était tout à la fois pour nous montrer son amour et nous apprendre à pleurer toujours, non sur celui qui souffre le mal, mais sur celui qui le fait. Cette dernière chose est pire que la première, ou plutôt la première, c’est-à-dire subir le mal, n’est pas un mal, mais faire le mal, c’est là le mal. En effet, subir le mal procure le royaume des cieux, tandis que faire le mal, c’est s’exposer à la géhenne et au châtiment, car il est écrit : Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux leur appartient. (Matth. V,10.) Voyez comment subir le mal a pour récompense et lot le royaume des cieux !

… Alors s’en alla l’un des douze appelé Judas Iscariote, vers les princes des prêtres et il leur dit: « que voulez-vous me donner et je vous le livrerai ? » (Matth. XXVI, 14, 15.) Il semble d’abord que ces paroles sont claires et que rien n’est sous-entendu. Mais si l’on examine attentivement chacune d’elles, elles offrent un vaste sujet de réflexions et un sens profond. Et d’abord, remarquons le temps. L’Évangéliste ne se contente pas de l’indiquer simplement, car il ne dit pas seulement: « il s’en alla », mais il a ajouté : alors il s’en alla. — Alors ? Pourquoi, je vous le demande, quand ? Que veut-il m’apprendre? Ce n’est point par hasard qu’il a prononcé cet alors, car inspiré par l’Esprit-Saint, il n’a parlé ni au hasard, ni en vain. Que signifie donc cet alors ? Avant ce temps, avant cette heure, une pécheresse s’approcha portant un vase de parfums qu’elle versa sur la tête du Seigneur. Elle montra un grand empressement, une grande foi, une grande obéissance, une grande piété ; elle changea sa première vie, et devint meilleure et plus propre. Mais quand cette femme eut fait pénitence, quand elle eut attiré à elle la bienveillance du Maître, alors son disciple le livra. Et voilà pourquoi il est dit alors: afin que vous n’accusiez pas votre Maître de faiblesse en le voyant livré par son disciple. Car telle était encore sa puissance qu’il attirait à lui les pécheresses, pour s’en faire obéir. Mais quoi, direz-vous, Celui qui attirait les pécheresses ne put attirer son disciple? — Il pouvait sans doute l’attirer, mais il ne voulut pas le rendre bon par la contrainte, ni se l’attacher de force. Alors, s’en allant… Ce mot s’en allant, nous offre encore matière à réflexions. — En effet, il ne fut point appelé par les princes des prêtres, il ne céda ni à la nécessité ni à la violence, mais ce fut de lui-même, de son propre mouvement qu’il fit le mal et prit une détermination qui n’était inspirée que par sa malice.

Alors s’en allant, un des douze…. qu’est-ce, un des douze?… Dans ces mots est exprimée une grande condamnation contre lui. Il y avait soixante-dix autres disciples de Jésus, mais ils n’avaient qu’un rang secondaire, ils ne jouissaient pas d’un honneur aussi grand, ni d’une confiance aussi étendue, ils n’ont pas participé aux mystère ineffables du Maître aussi intimement que les douze. Ceux-ci étaient éprouvés par-dessus tout, ils formaient le cortège royal, la garde rapprochée du Maître. C’est d’eux que se sépara Judas. Afin donc que vous sachiez que ce ne fut pas seulement un simple disciple qui le trahit, mais l’un de ceux qui étaient le plus éprouvé, on l’appelle : l’un des douze. Et celui qui a écrit ces choses, saint Matthieu, n’en a point honte. Pourquoi n’a-t-il pas honte? — Il faut que vous sachiez que les apôtres disent toujours toute la vérité et qu’ils ne dissimulent rien, pas même ce qui semble ignominieux. Ce qui semble ignominieux en effet, montre la bonté du Seigneur qui a daigné combler de si grands biens et supporter jusqu’à la dernière heure, un traître, un larron et un voleur. Il l’avertissait, il l’exhortait, il le comblait d’égards. S’il fut insensible à tout cela, la faute n’en est pas au Seigneur, ce dont témoigne la femme pécheresse qui rentra en elle-même et fut sauvée. Ne désespérez donc point en voyant cette femme, mais aussi, ne soyez pas présomptueux en voyant Judas: tous deux, la présomption et le désespoir, sont funestes. La présomption renverse celui qui est debout, le désespoir empêche celui qui est tombé de se relever. C’est pourquoi saint Paul faisait entendre cet avertissement : « Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber » (I Cor. X, 12.) Vous avez les deux exemples : comment le disciple qui semblait être debout est tombé et comment la pécheresse s’est relevée. Notre esprit est glissant, notre volonté est versatile, c’est pourquoi nous avons besoin de nous garder et de nous protéger de toutes parts. Alors l’un des douze s’en alla ; Judas Iscariote. Vous avez vu de quel chœur [des Apôtres] il est tombé, quelle doctrine il a méprisée, combien sont mauvaises la paresse et la négligence. Judas, qui était appelé Iscariote… Pourquoi me rappelles-tu la ville [dont il était originaire]? Plût à Dieu que je ne connusse pas même son nom ! Judas, qui était appelé Iscariote… Pourquoi nommer sa cité ? C’est parce qu’il y avait parmi les disciples un autre Judas, surnommé le zélote, et dans la crainte que la similitude des noms n’amenât à la confusion, l’Évangéliste les à distingués en appelant l’un le zélé, à cause de sa vertu; mais il n’a pas appelé l’autre d’après sa malice ; c’est pourquoi il n’a pas dit : Judas le traître. Et cependant rien de plus naturel qu’après avoir désigné l’un par sa vertu, de désigner l’autre par sa malice en disant: Judas le traître. Mais il fallait vous apprendre à vous-mêmes de garder votre langue de condamner et voilà pourquoi le traître a été épargné. S’en allant vers les grands prêtres, Judas Iscariote leur dit : Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai ? O parole scélérate ! Comment est-elle sortie de sa bouche ? Comment a-t-elle fait mouvoir sa langue? Comment n’a-t-elle pas engourdi le corps tout entier? Comment l’esprit ne s’est-il pas retiré?

« Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai ? » Sont-ce là, dis-moi, les enseignements du Christ? Ne voulait-il pas au contraire étouffer dans sa racine cette avarice qui te rongeait quand il disait : « Ne possédez ni or, ni argent, ni pièce de monnaie dans vos ceintures? » (Matth. X, 9.) N’est-ce pas là ce qu’il répétait à chaque instant, ajoutant encore : « Si quelqu’un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche ». (Matth. V, 39.) Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai?  folie ! quel motif, je te le demande, quelle accusation petite ou grande as-tu à faire valoir pour livrer ton Maître? Est-ce parce qu’il t’a donné pouvoir contre les démons? Est-ce parce qu’il t’a fait chasser les maladies ou guérir la lèpre, ressusciter les morts, triompher de la tyrannie de la mort? Voilà comment tu témoignes ta reconnaissance pour tant de bienfaits! Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai? Ô folie ! Encore une fois. Ou plutôt, ô avarice ! car c’est elle qui a produit tous ces maux, qui t’a poussé à livrer ton maître. Telles sont en effet les conséquences de ce mal funeste : plus que le démon il rend insensées les âmes qu’il envahit, il engendre l’ignorance la plus complète ; on ne connaît plus rien, ni soi-même, ni le prochain, ni les lois de la nature; on ne se possède plus, on devient fou…

Tous les jours le Christ l’avertissait, lui montrant soit par ses œuvres, soit par ses paroles qu’il ne pouvait lui cacher son dessein de le trahir. Il ne le reprenait pas publiquement, en présence de tous, dans la crainte de le rendre plus impudent, mais il ne se taisait pas de telle façon que, pensant n’être pas découvert, procéderait à la trahison sans crainte. Il disait donc souvent : l’un de vous me livrera, mais sans indiquer ouvertement de qui il s’agissait. Il parlait souvent du ciel et de l’enfer et il manifestait ainsi sa puissance par la manière dont les pécheurs étaient punis et les justes récompensés. Mais Judas fut sourd à ces avertissements et Dieu ne l’attira point par force. Comme il nous a laissé le choix des bonnes et des mauvaises actions, il veut que nous soyons bons librement. Si nous nous y refusons, il ne nous force pas, il ne nous fait pas violence, car être bon par la contrainte, ce n’est plus être bon…

Il se livra à eux, comme s’il eût dit: J’ai fait tout ce qui dépendait de moi, j’ai manifesté ma puissance, j’ai montré que vous tentiez une chose impossible. Je voulais réprimer votre malice, mais puisque vous n’avez pas voulu m’entendre et que vous persévérez dans votre folie, je me livre moi-même.

Alors s’approchèrent les disciples. — Alors: Quand ? Tandis que ces choses se préparaient, qu’on réglait les conditions de la trahison, que Judas se perdait, les disciples de Jésus s’approchèrent de lui en disant : Où voulez-vous que nous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque ? (Matth. XXVI,17 et 14.) Avez-vous remarqué le disciple ? Voyez-vous les autres disciples ? Celui-là livre le Seigneur, ceux-ci s’occupent de la pâque. Le premier fait un marché, les autres se disposent à servir. Tous avaient vu briller les mêmes miracles, reçu le même enseignement et la même puissance. D’où vient cette différence ? — De leur volonté. Telle est partout la cause de tout bien et de tout mal. Où voulez-vous que nous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque? C’était le soir, à pareil jour,  et parce que le Seigneur n’avait pas de maison, ils lui disent: Où voulez-vous que nous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque ? Nous n’avons pas d’abri fixe, ni hôtellerie, ni habitation, ni maison. Quelle leçon pour ceux qui construisent des maisons splendides, de vastes portiques, de larges cours ! Le Christ n’eut pas où reposer sa tête (Matth. VIII, 20). C’est pourquoi ses disciples lui demandent : Où voulez-vous que nous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque? Quelle pâque? Ce n’était point encore la nôtre, mais celle des Juifs qui ne devait durer qu’un temps. Celle-ci fut préparée par les disciples, Jésus-Christ lui-même fit les préparatifs de la nôtre. Il ne se contenta pas de la préparer, il fut lui-même notre pâque. Où voulez-vous que nous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque ? C’était la pâque des Juifs, cette pâque qui avait été instituée en Egypte. — Pourquoi le Christ la mangea-t-il? Pour accomplir toutes les prescriptions de la loi. .. Afin donc qu’on ne l’accusât pas d’avoir aboli la loi, faute de pouvoir l’accomplir parce qu’elle était pénible, difficile et intolérable, il commença par en observer tous les points, puis il la détruisit. Il fit donc la pâque, parce que la pâque était une prescription de la loi. Pourquoi la loi ordonnait-elle de manger la pâque? Les Juifs étaient ingrats et aussitôt qu’ils avaient été comblés de bienfaits ils oubliaient la loi divine. Ainsi, ils étaient à peine sortis d’Égypte, ils venaient de voir la mer se séparer devant eux et se réunir ensuite, sans compter une foule d’autres miracles, et ils disaient déjà : « Faisons-nous des dieux qui nous précèdent » (Exod. XXXII, 1). Que dites-vous ? Les miracles sont encore dans vos mains et voilà que vous oubliez votre bienfaiteur? Parce qu’ils étaient insensés et ingrats à ce point, Dieu établit les fêtes, comme des monuments destinés à rappeler ses dons et alors il ordonna d’immoler la pâque, afin, dit-il aux Juifs, que si vos fils vous demandent ce que signifie cette pâque, vous leur disiez : Autrefois nos pères en Égypte ont marqué leurs portes du sang d’un agneau, afin qu’en le voyant l’ange exterminateur passât sans oser les frapper ni leur infliger de plaie (Exod. XII, 27). Et dès lors cette fête fut un témoignage perpétuel de leur salut. Elle n’avait pas seulement l’avantage de rappeler le souvenir des bienfaits passés, elle en offrait un autre bien plus grand qui était de figurer l’avenir. Cet agneau en effet était la figure d’un autre agneau spirituel qu’il montrait d’avance. D’abord ce n’était que l’ombre, puis vint la réalité. Mais quand le Soleil de justice eût apparu, l’ombre cessa, comme le soleil à son aurore chasse les ténèbres. C’est pourquoi sur la même table sont célébrées les deux pâques, celle de la figure et celle de la vérité. De même que les peintres sur une même toile commencent par esquisser les figures et par marquer les ombres avant d’appliquer les couleurs qui donnent la vérité et la vie, ainsi fit le Christ. Sur la même table il représenta la pâque figurative et il célébra la nouvelle : Où voulez-vous que nous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque. Jusque-là c’était la pâque des Juifs, mais voici le Soleil, que la lampe s’éteigne ! Voici la vérité, que les ombres disparaissent ! »

Source : texte grec originale et en traduction russe.

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