Interview à la BBC du métropolite de Tcherkassy et Kaniev Sophrone (Église orthodoxe d’Ukraine) partisan de l’autocéphalie ukrainienne
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Nous publions ci-dessous in extenso l’interview donnée le 16 novembre à la BBC par le métropolite de Tcherkassy et Kaniev Sophrone, l’un des deux évêques qui, au sein de l’Église canonique d’Ukraine, soutiennent ouvertement l’idée d’autocéphalie. Suite à cette interview, le président Porochenko a remercié le métropolite Sophrone par ces paroles : « Je voudrais vous remercier pour cet entretien très étoffé, très franc, magistral, d’un homme sincère et croyant, qui aime beaucoup l’Ukraine, qui aime beaucoup la région de Tcherkassy, qui y construit des églises et qui prend en considération l’avenir de l’Église ukrainienne, l’avenir de l’Église orthodoxe locale autocéphale ukrainienne. Un grand merci pour vos labeurs ». L’introduction qui suit et les textes entre parenthèses émanent de la rédaction de la BBC.

Le métropolite de Tcherkassy et Kaniev Sophrone (Dmitruk), de l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou ne cache pas depuis longtemps qu’il est partisan de la création d’une Église autocéphale en Ukraine. Le hiérarque, âgé de 78 ans, reconnaît que la majorité de ses confrères de l’Église orthodoxe d’Ukraine ne partagent pas sa position. Cependant, dit-il, si le processus d’octroi du tomos avait été initié par « l’Église canonique », il serait bien plus simple de créer la nouvelle juridiction orthodoxe en Ukraine. Le métropolite Sophrone dit que ses vues ouvertement autocéphalistes ne lui causent aucun problème dans l’Église : on le traite simplement « d’original ». Aujourd’hui, il déclare qu’en dépit de la décision de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe d’Ukraine, il se prépare à participer au concile de réunification, au cours duquel doit être créée l’Église orthodoxe autocéphale, et ensuite, il serait possible qu’il la rejoigne. Les correspondants de la BBC Sviatoslav Khomenko et Vitaly Tchervonenko ont rencontré le métropolite Sophrone à Tcherkassy, centre régional situé à 200 kilomètres de Kiev. Le hiérarque a raconté pourquoi il n’a pas participé à la rencontre à huis clos des « autocéphalistes » au sein de l’Église orthodoxe d’Ukraine avec le président Petro Porochenko, ce dont il a parlé avec les exarques du Patriarcat œcuménique et comment il voit la situation religieuse en Ukraine dans cinq ans.

– BBC : Monseigneur, êtes-vous pour ou contre l’autocéphalie de l’Église d’Ukraine ?

– Métropolite Sophrone : Pour, indubitablement. Je veux qu’en Ukraine l’Église soit plus libre, et j’approche cette question du point de vue de la dignité. L’Albanie, dont le territoire est plus petit que la région de Tcherkassy, a un patriarche et sa petite Église, tandis qu’en Ukraine, un État si grand, l’un des plus grands dans le monde par la quantité de ses paroisses, nous ne pouvons résoudre les questions. Bien que nous n’allions pas à Moscou à genoux afin que le patriarche nous permette d’ouvrir un monastère, d’ordonner un évêque. Nos évêques, lorsqu’ils sont ordonnés, prêtent serment non pas à Moscou, mais à Kiev. En 1992 nous a été accordée une large autonomie, que les Grecs ne reconnaissent pas. Mais personne ne parle de cela. On a commencé à crier au sujet du tomos et de l’Église autocéphale. Mon point de vue est très simple. Pourquoi, lorsqu’ils ont commencé à parler de l’autocéphalie, ne fallait-il pas poser la question à Constantinople de légaliser pour commencer notre autonomie (de l’Église orthodoxe d’Ukraine) ? Mais pour quelque raison cela a avorté, et on a commencé à chercher une autre solution. Je le dis ouvertement : il m’est difficile de regarder tout cela. Je me glisserais volontiers dans un trou pour ne rien voir, si ce n’est Dieu. Mais que faire, le temps est tel que l’on ne peut se dissimuler de personne.

– La Kiev officielle et les medias affirment que la réalisation du concile au cours duquel sera créée l’Église autocéphale qui recevra le tomos de Constantinople, est une question de jours ou de semaines. Vous rendrez-vous à ce concile ?

– Ma position est la suivante : j’irai au concile, mais pas pour crier : « Hourra, tout est décidé ! », mais pour observer. J’irai là-bas en tant qu’observateur pour décider comment agir au mieux, afin que ce soit pour le bien de notre peuple. Rendez-vous compte : chez nous (Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou), il y a des monastères, des paroisses – 12.000. Et voici que de ces 12.000 paroisses certaines passeront (à la nouvelle Église), d’autres resteront, et ces « passages » se passeront très péniblement, il est possible que ce ne soit pas sans effusion de sang. On aurait pu régler tout cela simplement, sans schismes. C’est mon opinion personnelle : si tous nos évêques décidaient de passer (à la nouvelle Église), il n’y aurait aucun schisme. Tous nos fidèles nous suivraient. Il y aurait des mécontents, mais c’est naturel ; la majorité resterait dans notre Église. Il n’y aurait rien à faire avec les paroisses, les monastères, ils seraient tous nôtres, parce qu’ils appartiendraient à l’Église à laquelle nous serions d’accord de passer ! C’est tout !

– Donc, à votre avis, tout l’épiscopat de l’Église orthodoxe d’Ukraine devrait aller à ce Concile?

– Oui, je le voudrais.

– En avez-vous parlé à l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe d’Ukraine le 13 novembre, alors que celle-ci a déclaré qu’elle considérait la création par Constantinople d’une Église autocéphale, d’illégitime ?

– Bien sûr, je me suis prononcé contre cette décision. Des 12 points [de la décision ndt], j’étais contre 8. Ils ont considéré la situation comme suit : tous sont pour, le seul Sophrone est contre. Oui, c’est un « original » (rires). On m’a demandé : pourquoi es-tu contre ? J’ai expliqué. Par exemple, dans la décision de l’Assemblée, il est dit qu’en raison des actes erronés de Constantinople, l’Église orthodoxe d’Ukraine rompt la communion eucharistique avec elle. Excusez-moi, mais il ne nous faut pas répéter ce que dit Moscou. J’ai dit ce que je vous dis : si nous reconnaissons que nous sommes une Église indépendante, nous devons avoir notre opinion indépendante.

– Vous rompez personnellement la communion eucharistique avec Constantinople ?

– Je ne la romps pas, parce que je ne vais nulle part (rires). Mais si j’allais sur l’Athos, j’y communierais. Lorsque j’étais sur l’Athos, je n’ai pas montré que c’était le nombril de la terre qui y venait, mais un simple évêque d’Ukraine. Je suis allé comme simple moine, je restais dans le sanctuaire, je lisais, on m’a permis de communier. Je ferais la même chose maintenant. Bien que ce soit une décision de notre Assemblée, je considère qu’elle n’est pas valable.

– Le soir, après la fin de l’Assemblée, près de la « Maison d’Ukraine », nous avons vu trois évêques (après l’Assemblée, certains de ses participants sont allés rencontrer le président ukrainien. Le nombre de ces participants n’a pas été communiquée officiellement, et leurs noms non plus). Vous n’étiez pas parmi eux. On ne vous a pas invité ?

– On ne m’a pas invité. Je ne savais rien. Dès que l’Assemblée s’est terminée, nous sommes tous sortis, je me suis assis dans la voiture et je suis parti, personne ne m’a même approché. On m’a téléphoné ensuite, mais ma condition physique… Une telle tension toute la journée, c’est difficile pour moi. Aussi, je ne suis pas revenu, non pas parce que je ne voulais pas. Si je l’avais su, je serais allé là-bas immédiatement après la fin de l’Assemblée. Mais personne ne m’avait rien dit.

– Les représentants du pouvoir ukrainien disent qu’à l’Assemblée pourraient venir bien plus que les trois hiérarques de l’Église orthodoxe d’Ukraine qui étaient à la « Maison d’Ukraine ».

– Les (partisans de l’autocéphalie) sont deux : moi-même et Alexandre (Drabinko, métropolite de Pereyaslav). Ensuite est venu Syméon (métropolite de Vinnitsia et Bar, qui à ce que l’on sache, n’a pas non plus soutenu la décision de l’Assemblée). Il y en a peut-être encore, six ou vingt, mais qui ils sont, cela est inconnu. C’est comme au parlement ukrainien : deux, quatre, cinq personnes se manifestent, mais tous votent (rires). C’est la même chose : il se peut que seules quelques personnes soient connues, mais ensuite les autres peuvent changer leur attitude et leurs actes.

– C’est-à-dire qu’il peut arriver que certains de vos collègues aient voté la résolution de l’Assemblée, mais malgré cela, viennent au Concile de réunification ?

– Cela est possible.

– Vous ne craignez pas que pour être venu au Concile, même si ce n’est qu’en qualité d’observateur, on peut vous appliquer des sanctions canoniques ?

– Pour quelle raison ? Pour imposer une sanction canonique quelconque, il doit y avoir un motif canonique. Ici (dans la décison de l’Assemblée) on ne dit rien sur le fait que la participation au Concile est une transgression canonique.

– Septième point (de la décision de l’Assemblée) : nous considérons impossible la participation de l’épiscopat du clergé et des laïcs de l’Église orthodoxe d’Ukraine au processus « d’octroi du soi-disant tomos d’autocéphalie »

– Pour certains, c’est impossible, mais moi je le veux. Même plus : je l’ai voulu toute ma vie. Alors que j’étais encore à l’académie à Moscou (dans les années 1962-1970), on m’appelait « nationaliste ».

– Revenons à l’Assemblée du 13 novembre : vous étiez pour aller à la rencontre du président Porochenko ?

– J’ai été le premier à me prononcer pour y aller. Et l’état d’esprit chez tous les évêques était d’y aller. Mais après, vous savez, en revenant sur tout cela, on a décidé de rester. L’un disait une chose, l’autre autre chose, c’était devenu confus. Quelqu’un, derrière, a dit que le métropolite (Onuphre) téléphone au président pour lui demander s’il veut venir chez nous. Comme d’habitude on a commencé à discuter. Le président a téléphoné, Mgr Onuphre a parlé avec lui. Je n’ai pas entendu ce qu’ils disaient mais, de toute évidence, le président a refusé de venir ici. Et les nôtres ne sont pas allés chez lui.

– Reconnaissez-vous la décision du Synode du Patriarcat œcuménique du 11 octobre portant révocation de la lettre synodale de 1686 (Constantinople a révoqué l’acte par lequel il cédait la direction de la métropole de Kiev à l’Église russe) ?

– J’y étais préparé, j’ai étudié tout le matériel. Nous avons été réunis illégitimement à Moscou, et si cette décision illégitime a été révoquée, en fin de compte, cela sera considéré comme légitime (rires). Tout cela, c’est de la politique. Comment nous sommes-nous retrouvés sous Moscou ? Nous avons mené pendant un demi-siècle un combat contre l’uniatisme, et quand tout a été décidé, sous le roi Vladislav, la confession de l’orthodoxie a été permise, tandis que les pauvres orthodoxes à Constantinople étaient oppressés par les musulmans. Et alors Moscou commençait à se soulever contre les mongolo-tatars. Et qui gagne ? Le plus fort. Pourquoi ne condamne-t-on pas l’insensé Bogdan (Khmelnitsky – pour sa décision de réunir l’Ukraine à la Russie en 1654) alors que l’on condamne l’Église ? C’est lui qui a poussé à tout cela. Toute l’Église a combattu plus de vingt ans pour ne pas aller là (en Russie). Ils (l’Église russe) ont simplement tout ramassé, parce qu’ils avaient la force, tandis que l’Ukraine était fatiguée de se battre.

– À Constantinople, on dit que, après la révocation de la lettre synodale de 1686, tous les hiérarques orthodoxes d’Ukraine, dont les représentants de l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou, se trouvent sous la dépendance du Patriarcat de Constantinople. Qui êtes-vous maintenant [i.e. un hiérarque de Constantinople, ndt] ?

– Je ne sais pas maintenant qui je suis. Je le déciderai lorsque se produira le concile. Parce que la décision de Constantinople a été prise, mais elle n’a pas été confirmée en Ukraine.

– Reconnaissez-vous les hiérarques et les prêtres non reconnus du Patriarcat de Kiev et de l’Église autocéphale, ici dans la région de Tcherkassy ?

– Je ne sais pas. Je dois encore y penser.

– Dans vos interviews précédentes, vous avez dit que vous avez chassé certains prêtres de ces structures [patriarcat de Kiev et Église autocéphale, ndt] pour des actes immoraux.

– Et je vous le demande : considéreriez-vous comme une personne acceptable pour vous un homme que vous avez à juste titre condamné, que vous avez chassé, et que l’on vous amène maintenant devant vous, en vous disant : « C’est ton ami ? » Le malheur c’est que là il y aura un grand problème…

– Comment pensez-vous, combien de vos collègues de l’Église orthodoxe d’Ukraine vous verrez au Concile de réunification lorsque vous vous y rendrez ?

– Je voudrais en voir plus. Je vous dirai la raison : à mon avis, si le primat de la nouvelle Église est élu, il faut – si nous voulons que cette Église soit légitime dans le plein sens du mot, il faut que son primat soit issu de l’Église canonique. Et pour que son primat soit issu d’elle, il faut que (ses représentants) soient majoritaires. Je doute beaucoup que mon bras se lèvera pour voter pour quelqu’un qui était dans le schisme, peu importe qui il soit.

– Vos collègues de l’Église orthodoxe d’Ukraine qui ont rencontré Petro Porochenko, aux dires du conseiller du président Rostislav Pavlenko, se sont plaints de la « pression exorbitante » exercée sur les partisans de l’autocéphalie par votre Église.

– Je ne peux m’exprimer pour les autres, je parle pour moi-même : je ne ressens aucune pression. Par l’expérience de ma vie, je sais que celui qui a peur peut ressentir une pression exorbitante. Aucune pression ne peut être exercée sur celui qui n’a pas de crainte, sauf celle de Dieu, car il considérera cela comme l’attitude naturelle de l’une ou l’autre partie envers lui.

– Dans la question de l’autocéphalie, ce n’est pas la première fois que vous allez à l’encontre de la majorité dans l’Église orthodoxe d’Ukraine. Par exemple, il y a eu la décision de l’Église de ne pas rencontrer les exarques du patriarche Bartholomée, que celui-ci a envoyé en Ukraine. Or, vous les avez rencontrés.

– Oui, je les ai rencontrés, et je ne le cache pas. Ils étaient assis, tout comme vous maintenant, aussi c’est une chose de rencontrer officiellement, et une autre officieusement. Ils sont venus et ont exprimé le souhait de me rencontrer. Qui peut m’interdire, me dire que je n’en ai pas le droit ? En outre, j’ai encore manifesté mon initiative. J’étais intéressé par leur mission en Ukraine, pourquoi ils sont apparus ici. Et encore, je voulais qu’ils fasse remonter jusqu’au (patriarche œcuménique) Bartholomée la situation de l’Église et des gens en Ukraine, parce que là-bas, il ne sait pas tout, on ne lui dit pas tout. S’ils rencontrent une partie, tandis que l’autre est laissée de côté, alors, bien sûr, ils lui rapportent ce qu’ils ont entendu. Je leur ai tout raconté, et sur l’une des parties, et sur l’autre. Je leur ai dit qu’il nous fallait maintenant l’autocéphalie, ou travailler encore dessus. Ils m’ont écouté, n’ont rien objecté. Et que peuvent-ils objecter alors que l’un d’eux – Hilarion – est mon élève ? Je le connais depuis le séminaire de Kiev (Hilarion Rudnik, évêque d’Edmonton, a étudié au séminaire de Kiev de 1989 à 1992), j’y enseignais. Ils savent que l’on ne peut contredire Sophrone « l’original », aussi ils n’ont fait qu’écouter. Je leur ai demandé pourquoi ils étaient venus. Ils ont répondu que leur but est de regarder, enquêter, apprendre et rapporter. Je leur ai dépeint toute la situation. Je leur ai dit qu’il faut encore bien l’analyser. J’ai dit : « Ne vous hâtez pas, pensez bien ». Je leur ai transmis : « Dites à votre Sainteté (le patriarche œcuménique Bartholomée) qu’il ne fasse pas de gaffe en Ukraine en se hâtant ».

– On insinue dans l’administration présidentielle que la décision de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou du 13 novembre a été écrite à Moscou. Le croyez-vous ?

– Non. Quelle Moscou, alors que le secrétaire est venu, Mgr Antoine (métropolite de Borispol et Brovary) et l’a imprimée sur place !

– Beaucoup disent que l’histoire de l’autocéphalie aurait été impossible sans les événements de 2014 en Crimée et au Donbass. Vous aviez alors, selon les medias de Tcherkassy, rédigé un appel aux politiciens russes qui sont originaires de la région – le président du Conseil de la Fédération de Russie Valentina Matvienko et le ministre de la culture Vladimir Medinsky – vous avez traité Vladimir Poutine de quelque chose du genre « bandit »…

– Immédiatement, lorsque cela commença en 2014, il n’y eu aucune réaction du patriarche (de Moscou Cyrille), j’ai téléphoné à Mgr Antoine et j’ai dit : dès aujourd’hui je cesserai de commémorer dans la prière le patriarche Cyrille. Je considérais que le patriarche (Cyrille) devait faire une déclaration, condamner Poutine. Qu’il le fasse comme Hermogène. Le patriarche Hermogène n’a pas accepté les Polonais, a souffert des Polonais et est devenu un saint (le patriarche de Moscou Hermogène, en 1611, a refusé de soutenir les Polonais qui s’étaient emparés de Moscou, et a appelé le peuple à la révolte. Il est décédé en prison). Pourquoi le patriarche Cyrille n’aurait-il pas fait la même chose ? La guerre se déroule sur son territoire canonique, on tue ses fidèles. On ne les libère pas, on ne les défend pas, mais on les tue. Dès lors, j’ai cessé de commémorer le patriarche. Mais il y a de la démocratie dans mon diocèse : si tu veux, tu commémores, si tu ne veux pas, tu ne commémores pas. J’ai donné une sorte d’interview, elle est parue immédiatement sur internet : que je condamnais Poutine, l’appelais bandit, que je condamnais le patriarche en le qualfiant de complice. Ensuite (avec l’appui de Moscou), Matvienko et le ministre de la culture de Smela (ville située près de Tcherkassy) Medinsky. Mais j’ai parlé d’eux comme il se devait. J’ai embrassé Matvienko lorsqu’elle était ici, à Tcherkassy. Sa sœur, sa mère et sa nièce vivaient ici. Lorsqu’elle est arrivée sur l’aéroport, je suis allé à sa rencontre avec le gouverneur. Avec un espoir : on m’avait conseillé de ne pas refuser l’invitation, car je construisais un clocher (derrière la cathédrale à Tcherkassy), peut-être, elle pourrait aider.

– A-t-elle donné ?

– Rien !

– En 2017, le primat de l’Église non canonique du Patriarcat de Kiev, le patriarche Philarète, a envoyé une lettre à l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe russe, demandant la réconciliation. Tout s’est terminé par un scandale, mais y avait-il alors une chance de réconciliation ?

– Je n’ai pas d’information à ce sujet. Si Philarète s’était adressé à l’Assemblée, s’il avait dit : « J’ai commis une erreur, pardonnez-moi s’il vous plaît », c’est tout, il n’y aurait pas eu de problème.

– Mais il a écrit quelque chose de semblable…

– Non, il n’y a rien eu de pareil. Ensuite, il a renoncé, il a dit : « On m’a mal compris ». En tout état de cause, je connais très bien Philarète et je le respecte beaucoup. Il est le seul qui recevait Sophrone, alors que tous avaient peur de lui et le chassèrent de l’Académie ecclésiastique de Moscou. Philarète et moi étions de bons amis, il m’a proposé plusieurs fois de devenir évêque, et j’ai refusé. Bon, on l’accuse d’avoir été agent du KGB. Et je poserai la question à tous ceux qui l’accusent : et qui n’a pas été guébiste ? C’était une période comme ça. Certains travaillaient pour l’Église, et d’autres pour eux-mêmes et leur confort. Philarète a beaucoup fait pour l’Église en Ukraine, je le sais. S’il n’avait pas fait schisme en 1992, nous aurions déjà l’autocéphalie. Par ses actions, il l’a laissé tomber pendant 26 ans.

– Mais le christianisme enseigne le pardon. Peut-être, vous lui pardonneriez et accepteriez comme primat possible pour la nouvelle Église.

– Non, je ne participerai pas à cette chose.

– Mais vous viendrez au Concile ?

– J’ai un principe. Si on commence quelque chose, il faut le poursuivre sans accroc.

– Y a-t-il un accroc maintenant ?

– Oui, un grand. Mais Dieu jugera Lui-même.

– Que ferez-vous si le Concile élit Philarète ?

– Je me retirerai, comme un reclus.

– Que feront dans un tel cas les prêtres de la région de Tcherkassy ? Passeront-ils à l’Église autocéphale ?

– Disons les choses ainsi : là où je vais, là ira la majorité des prêtres, voire tous.

– C’est-à-dire que si l’on crée une nouvelle Église qui ne sera pas présidée par Philarète, beaucoup plus de membres de l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou la rejoindront ?

– Oui, plus, et assez vite.

– Les adversaires de la création de l’Église autocéphale disent que sa création amènera à l’aggravation de la situation en Ukraine et même à une effusion de sang. Le croyez-vous ?

– Aggravation ou non, cela dépendra de ceux qui parlent de cette façon. Je vous ai déjà dit : si on l’avait fait plus tôt, et nous l’aurions fait, il n’y aurait pas eu d’aggravation. Si les évêques soufflent sur le feu et disent : n’allez pas (dans l’Église autocéphale), alors bien sûr.

– Vos adversaires disent que l’Église orthodoxe d’Ukraine a le statut d’Église auto-administrée et qu’elle n’a pas besoin d’autocéphalie. Que pouvez-vous leur répondre ?

– Je leur réponds simplement : [on en besoin] afin de calmer toute l’intelligentsia en Ukraine, ce sont des gens plus ou moins avertis. Toute l’intelligentsia dit que l’autocéphalie est nécessaire, ils ne comprennent pas ce qu’est l’autonomie ou l’autocéphalie.

– Il y a cinq ans, vous disiez que très probablement, vous ne vivriez pas jusqu’à la création de l’Église autocéphale en Ukraine. Maintenant, il semble qu’il y ait des chances. Comment pensez-vous, quelles Églises existeront en Ukraine, et laquelle sera la plus forte dans cinq ans, en 2023 ?

– Si l’autocéphalie se produit, elle sera la seule Église en Ukraine, à l’instar de notre Église orthodoxe d’Ukraine du soi-disant Patriarcat de Moscou.

– Et qu’adviendra-t-il de l’actuelle Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou ?

– Elle n’existera pas comme Église. Elle sera comme… disons les pentecôtistes, les juifs, les catholiques, les uniates. Mais ce sera l’Église autocéphale qui sera dominante.

Et où serez-vous ?

– Je serai là où sera la majorité (rires).

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