Le 29 juin, l’Église fait mémoire des saints apôtres Pierre et Paul, qu’elle vénère comme les coryphées des apôtres. Leur culte compte parmi les plus anciens que la tradition chrétienne ait attestés : né dès l’époque de l’Église primitive, il s’est répandu partout et a reçu une reconnaissance ecclésiale universelle.
Deux colonnes, deux ministères
L’Église honore Pierre et Paul comme les « coryphées » des apôtres et comme des « colonnes », selon l’épithète que saint Paul lui-même applique à Pierre, à Jacques et à Jean (Ga 2, 9). En eux, la tradition contemple deux figures complémentaires : Pierre offre l’image du ministère pastoral, Paul celle de la prédication missionnaire portée jusqu’aux extrémités de la terre. Leur fin commune dans le martyre est tenue pour le modèle même de la fidélité au Christ.
C’est pourquoi l’iconographie les représente souvent l’un près de l’autre, parfois s’embrassant : non point deux rivaux, mais deux témoins dont les chemins, d’abord distincts, convergent dans une même confession et un même sang versé pour l’Évangile. Les lieux liés à leur vie, et surtout à leur martyre, sont devenus très tôt parmi les plus importants centres de pèlerinage de la chrétienté.
Saint Pierre dans le Nouveau Testament
Aucun autre disciple n’occupe dans les Évangiles une place comparable à celle de Pierre : il y est nommé plus souvent que tout autre. Cité le premier dans les listes des apôtres (Mt 10, 2 ; Mc 3, 16 ; Lc 6, 14 ; Ac 1, 13), il parle volontiers au nom des Douze, confesse le premier Jésus comme le Christ et le Fils du Dieu vivant (Mt 16, 16 ; Mc 8, 29 ; Lc 9, 20), et reçoit ce nom nouveau, Céphas, le roc, que le Seigneur lui donne à la place de son nom premier, Simon.
À Pierre, après sa confession de foi, le Christ déclare : il est le roc sur lequel sera bâtie l’Église, et il reçoit les clefs du Royaume des cieux, avec le pouvoir de lier et de délier (Mt 16, 17-19). La tradition orthodoxe lit volontiers ces paroles à la lumière de l’ensemble de l’Écriture : le même pouvoir de lier et de délier est ensuite conféré à tous les apôtres (Mt 18, 18), et le roc sur lequel repose l’Église s’entend de la foi confessée par Pierre autant que de sa personne. Pierre se distingue ainsi parmi les disciples, prend la parole en leur nom et multiplie les initiatives, mais il demeure l’un des apôtres, accomplissant avec eux un ministère commun.
Le Nouveau Testament ne dissimule pourtant pas les faiblesses de l’apôtre : son sommeil au jardin de Gethsémani, son reniement après l’arrestation du Seigneur, ses élans suivis de chutes. Loin de noircir sa mémoire, ces récits donnent à sa figure une portée pour ainsi dire exemplaire : Pierre devient l’image du disciple qui aime, qui faillit, qui se repent et qui, relevé, reçoit mission d’affermir ses frères (Lc 22, 32) et de paître les brebis du Christ (Jn 21, 15-17). Les Actes des apôtres le montrent alors à la tête de la première communauté, prédicateur au jour de la Pentecôte, thaumaturge et confesseur de la foi.
Pierre et Paul : une communion par-delà les tensions
La tradition n’a jamais caché que les rapports entre les deux apôtres furent parfois difficiles. Saint Paul rapporte lui-même l’incident d’Antioche, où il reprit Pierre en face (Ga 2, 11-14). Mais, la même tradition souligne que ce différend n’a pas rompu leur communion : il s’est achevé dans la réconciliation. Loin de se combattre, les deux apôtres sont reçus très tôt comme ceux qui, ensemble, ont annoncé l’Évangile et fondé l’Église de Rome.
Aussi la vénération conjointe de Pierre et de Paul s’est-elle imposée dès les premiers temps. Tandis que d’autres figures faisaient l’objet de lectures contrastées, la mémoire de Pierre fut entourée de respect dans tous les courants du christianisme naissant ; seuls les adversaires de la foi, tels Celse ou Porphyre, en parlaient avec hostilité.
La prédication apostolique et le martyre
Selon les auteurs anciens, Pierre annonça l’Évangile dans les régions d’Asie Mineure que mentionne sa Première épître (1 P 1, 1). Une tradition rapportée par saint Denys de Corinthe veut que Pierre et Paul aient prêché de concert à Corinthe et y aient fondé une communauté. Origène, puis d’autres après lui, voient encore en Pierre le fondateur et le premier évêque de l’Église d’Antioche.
L’Évangile selon saint Jean contient la prophétie du Christ annonçant à Pierre le genre de mort par lequel il glorifierait Dieu (Jn 21, 18-19). Le plus ancien texte chrétien à évoquer la fin des deux apôtres est la Première épître aux Corinthiens de saint Clément de Rome, à la fin du premier siècle : les apôtres y ont enduré de grandes souffrances avant de gagner le « lieu de gloire ». Saint Ignace d’Antioche, à son tour, nomme Pierre et Paul les maîtres des chrétiens de Rome. Des récits plus circonstanciés se lisent ensuite chez Tertullien et Origène, ainsi que dans les Actes de Pierre et les Actes de Paul.
De ces sources se dégage la tradition que l’Église a faite sienne : c’est à Rome, sous l’empereur Néron, que les deux coryphées rendirent témoignage jusqu’au sang. Pierre fut crucifié, Paul, en tant que citoyen romain, eut la tête tranchée. Leurs tombeaux devinrent aussitôt parmi les sanctuaires les plus vénérés de la chrétienté, et les deux apôtres furent honorés comme les protecteurs et les nouveaux fondateurs de la Ville.
La fête
L’Église célèbre la mémoire des saints apôtres Pierre et Paul le 29 juin. Cette fête est précédée du jeûne des saints apôtres, période de préparation qui dispose les fidèles à les honorer dignement. Les jours qui leur sont consacrés appartiennent aux couches les plus anciennes du calendrier liturgique chrétien, signe de l’antiquité et de l’universalité de leur culte.
En célébrant ensemble celui qui confessa le premier la divinité du Christ et celui qui se nomma lui-même le dernier des apôtres, l’Église chante l’unité de la prédication évangélique. Pierre et Paul, si différents par le tempérament et par la voie, sont unis dans la même foi, le même amour du Seigneur et la même couronne du martyre. Leur fête est ainsi une fête de l’Église une, fondée sur le témoignage des apôtres et bâtie sur le Christ, pierre angulaire.

Apôtres parmi les premiers par le rang et docteurs de l’univers, intercédez auprès du Maître de toutes choses pour qu’il accorde la paix au monde et à nos âmes la grande miséricorde.