Le vrai sens de la fête de Pâques – entretien avec le P. André Lossky
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Nous vous proposons ci-dessous la traduction française d’un entretien du P. André Lossky de l’Institut Saint-Serge au journal orthodoxe roumain Ziarul Lumina (dont la photographie ci-dessus) pour son édition de Pâques. Les propos ont été recueillis par Raluca Prelipceanu qui a publié récemment dans le même journal un article sur le monastère Saint-Silouane.

  1. Quel est le vrai sens de la fête de Pâques ?

Le sens du mot Pâques est d’abord : passage, ou transfert, transformation. La Pâque juive, avant la venue du Christ, commémorait et célébrait la sortie du peuple d’Israël hors d’Égypte, une délivrance historique, une libération par rapport à l’esclavage d’un pharaon persécuteur. Le peuple est ainsi passé depuis un esclavage vers une situation de liberté. Par l’action du Christ, sa mort et sa Résurrection, cette célébration pascale se trouve transformée et approfondie : la fête chrétienne de Pâques rend présente la délivrance de l’assemblée des chrétiens non plus d’un tyran historique, mais de l’emprise de Satan, l’adversaire de Dieu qui s’oppose au salut de l’être humain, voulant l’empêcher de réaliser sa vocation d’être uni à Dieu. Pâques est le passage à la véritable liberté, c’est-à-dire « de la mort à la vie et de la terre au ciel », comme le chantent les hymnes de la fête, passage sous la conduite non plus de Moïse, mais du Christ, unique vainqueur sur toute sorte de morts par la Résurrection.
 
2. Comment est-ce qu’on peut vivre la Résurrection au sens concret du terme ? Comment est-ce qu’on peut ressusciter avec le Christ ?

Les Pères anciens insistent sur cette dimension de passage à la Vie, événement célébré liturgiquement une fois par an, et aussi d’une manière extérieurement différente chaque dimanche, mais à partir de là, c’est chaque jour, voire chaque instant de la vie du chrétien qui est constitué de nombreux passages, parfois infimes, de la mort vers la Résurrection. Les célébrations liturgiques aident le chrétien à prendre conscience de ces multiples passages spécifiques à chaque personne, comme autant d’expressions d’une Pâque personnelle. C’est ce que l’on trouve notamment chez Origène :
« Si l’on est un chrétien parfait, quand on ne cesse de s’appliquer aux paroles, aux actions, aux pensées du Logos de Dieu qui par nature est le Seigneur, on vit sans cesse dans les jours du Seigneur, on célèbre sans cesse les dimanches. De plus, quand on se prépare sans cesse à la vie véritable (…), on ne cesse de célébrer la Parascève (=vendredi). En outre, quand on a compris que le Christ, notre Pâque, a été immolé (I Cor 5,4) et qu’on doit célébrer la fête en mangeant la chair du Logos, il n’est pas d’instant où on n’accomplisse la Pâque… » (Contre Celse 8,22)
Dans cet extrait, l’auteur termine son propos par une allusion à la participation eucharistique, véritable résurrection personnelle, et en même temps communautaire, car le chrétien qui a participé aux saints mystères est en communion, de près ou de loin, avec tous les autres participants.
Chacune de nos victoires quotidiennes contre nos mauvais penchants nécessite notre propre effort, mais celui-ci est aussitôt accompagné par la grâce du Ressuscité que nous invoquons dans le secret de notre cœur. Ressusciter avec le Christ, en attendant la Résurrection finale, annoncée avec le retour du Christ (Mt 25,31 s.), est un processus qui dure tout au long de la vie du chrétien. La résurrection nous est donnée au départ, en puissance, lors de notre baptême, mais il nous reste à en prendre conscience, à l’actualiser, moins en luttant nous-mêmes contre ce qui subsiste en nous de mal, qu’en demandant au Sauveur de lutter en nous. La véritable lutte est la prière.

3.  On constate aujourd’hui que beaucoup veulent atteindre la Résurrection sans passer par la Croix. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire a ce sujet ? 

La Croix est étroitement liée à la Résurrection : « passer par la Croix » fait peur aussi longtemps que la personne se croit seule, mais le Christ est passé par les souffrances, c’est-à-dire Gethsemanie, puis la Croix, la mort, l’ensevelissement, pour enfin ressusciter : par ce chemin, le Christ a pris sur Lui et a assumé les souffrances de tous les êtres humains, pour les faire aboutir à la Résurrection, une action divine grâce à laquelle l’être humain participe à cette victoire sur la mort. Il est normal de voir le résultat positif, la victoire, mais si quelqu’un est tenté d’éluder la Croix, Dieu va peu à peu l’aider à assumer aussi ce qui en lui s’oppose encore à Dieu, en lui montrant que son « joug est léger », parce qu’assumé par Dieu qui soulage (Mt 11, 28). C’est aussi l’humilité qui permet de dépasser ce dilemme, car tout mouvement de l’être humain vers plus d’humilité le rapproche du Christ.


4. Est-ce que vous pensez qu’aujourd’hui les gens croient encore dans la Résurrection ?

Il est difficile de répondre à la place des gens, mais d’après leur comportement positif, leur lutte, surtout en ces temps d’incertitude, on peut constater que beaucoup croient à la Résurrection. Par exemple, le fait de se marier, d’avoir des enfants, exprime une confiance en Dieu, et ici-bas en un certain avenir, quel qu’il soit, non strictement matériel, même si c’est diversement exprimé selon les cas.

5. Beaucoup d’entre nous faisons un effort pendant le Carême, mais ensuite nous revenons a notre ancienne vie, avec nos péchés et nos activités quotidiennes. On n’arrive a garder la joie de la Résurrection que quelques semaines voir quelques jours. Comment est-ce qu’on peut faire pour garder cette joie plus longtemps ?

Le Carême nous est donné précisément pour intensifier notre lutte contre nos mauvais penchants, contre ce qui en nous résiste et s’oppose à Dieu. Même si nous y retombons après les fêtes, c’est une tentation, mais la patience de Dieu nous accorde des moments successifs de repentir, autant d’occasions de nous relever. Le retour à la vie quotidienne est normal, mais les gestes en sont illuminés par la présence du Ressuscité. La joie de la Résurrection n’exclut pas la tempérance, qui peut être gardée durant toute la vie du chrétien, même hors période pascale, comme le montre en particulier l’exemple de la vie des saints, des personnes à considérer comme glorifiées ou ressuscitées dès leur vie ici-bas. La période pascale nous fait communier aux bienfaits du Royaume à venir, selon les Pères elle est une période de joie. Par exemple, le fait de ne pas s’agenouiller durant ces 50 jours, recommandé par Saint Irénée au 2e siècle, et beaucoup d’autres après lui, nous aide à prendre conscience de cette joie de la Résurrection, mais le fait de ne pas exprimer la contrition par ce geste ne donne pas pour autant libre cours à un débordement ; il en va de même pour les usages alimentaires, dont l’allègement ne doit pas être occasion de gourmandise. Inversement, cette joie de la Résurrection, exprimée d’une manière particulière durant cette période pascale, n’est pas absente le reste du temps, elle peut être gardée aussi le reste de l’année par quiconque le veut.

6. Afin d’atteindre la Résurrection, il faut participer à tous les évènements de la vie de Christ, donc aussi à Sa Cène. Quel est le lien entre la Résurrection et la communion s’il en est un ?

La célébration de l’eucharistie récapitule toute l’œuvre de salut, principalement la Croix et la Résurrection, événements qui donnent accès de toute la nature humaine, à la suite du Christ, au Royaume déjà anticipé dans l’Église. Les Pères anciens appellent l’eucharistie « remède d’immortalité » (St Ignace d’Antioche) ou encore « espérance de la Résurrection pour les siècles » (St Irénée de Lyon). Le chrétien qui reçoit en lui, d’une manière consciente et non machinale, le précieux corps et le précieux sang du Sauveur ressuscité, chérit en lui cette divine présence qui le fait peu à peu ressusciter, déjà au cours de cette vie terrestre. La participation eucharistique est donc une puissance effective de Résurrection, non figurative, mais réelle.

7. Les personnes qui ont vécu au temps du Christ L’ont vu « de leurs propres yeux », elles ont assisté a la Résurrection et pourtant elles n’ont pas cru (la plupart). Pourquoi est-ce qu’on croirait aujourd’hui dans la Résurrection ? 

Après la Résurrection, le Sauveur est apparu d’abord aux femmes, puis aux apôtres en Galilée (Mt 28,16 s.), puis d’autres apparitions ont eu lieu à des groupes restreints de personnes susceptibles de croire peu à peu à cet événement inouï de la Résurrection. Selon saint Jean Chrysostome, ces apparitions expriment une pédagogie divine, adaptée aux capacités de chaque personne à croire au Ressuscité (1ère Hom. sur les Actes). D’autres personnes ont côtoyé le Christ, selon les Évangiles, mais sans Le reconnaître comme l’unique Sauveur, voire se sont opposées à Lui, puisque les scribes sont allés jusqu’à Le faire condamner à mort. Mais notre croyance en la Résurrection, un événement inexplicable et difficile à admettre de manière rationnelle, dépend de notre confiance en ceux qui ont vu le Ressuscité et ont cru, en particulier les Apôtres, par exemple saint Thomas, d’abord incrédule (Jn 20,28-29), mais son exemple montre que l’adhésion à la Résurrection peut se faire progressivement. Dieu use d’une pédagogie différente et spécifique à l’égard de chaque personne, et peu à peu le Ressuscité Se laisse découvrir, selon des cheminements que Lui seul connaît.

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