Réponse de l’archevêque Job à Georges Papathanasopoulos
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A la suite d’une récente interview sur le site internet du COE où il est question de mon nouveau rôle de recteur de l’Institut des hautes études en théologie orthodoxe de Chambésy, dans le contexte des défis de la Genève internationale et des Églises pour la justice et la paix et où je déclare que « avant toute particularité religieuse ou ethnique nous sommes, d’une certaine façon, citoyens du monde, nous avons une responsabilité importante dans le monde », je suis critiqué dans un quotidien grec par G. Papathanasopoulos comme étant un « Archevêque orthodoxe internationaliste ». 

Cette critique, qui peut paraître vraiment bizarre dans le contexte de la Genève internationale, est en fait symptomatique d’une certaine Grèce nationaliste étriquée. En fait, cela montre une fois de plus que la plus grande maladie de l’orthodoxie contemporaine, depuis le XIXe siècle, est le nationalisme ou ce que nous appelons l’ethno-phylétisme. Condamné comme hérésie ecclésiologique par le Concile pan-orthodoxe de Constantinople de 1872, qui soulignait que « l’Église ne doit pas être confondue avec le destin d’une seule nation ou d’une seule race », l’ethno-phylétisme a été à nouveau rejeté par le Saint et Grand Concile orthodoxe réuni sur Crète, en 2016. Le Saint et Grand Concile essaie de trouver un juste équilibre entre le local et l’universel, en évitant deux extrêmes – le nationalisme et la mondialisation -, comme nous le lisons dans son encyclique : « Face au processus d’homogénéisation réductrice et impersonnelle promu par la globalisation, face aussi aux aberrations de l’ethno-phylétisme, l’Église orthodoxe propose de protéger l’identité des peuples et de renforcer le caractère local. Comme modèle alternatif pour l’unité de l’humanité, elle expose son organisation structurée, basée sur l’égalité de valeur des Églises locales » (Encyclique, 15).

Dans mon interview, je n’ai jamais dit que l’identité ethnique devait être effacée au profit d’une identité mondiale, internationaliste, mais j’ai affirmé ce qui suit : « Avant toutes nos spécificités religieuses ou ethniques, nous sommes avant tout des citoyens du monde ». Une telle vision est fondée sur l’universalité du christianisme. Le christianisme, et donc l’Église du Christ, n’a jamais été identifié à une seule nation. Comme l’apôtre Paul l’a dit dans son épître aux Galates : « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme et femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28). Le but de l’incarnation du Fils de Dieu n’était pas d’effacer la diversité ethnique, mais d’amener le monde entier au salut. Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4), comme le dit saint Paul dans son épître à Timothée. L’universalité du salut est basée sur le fait que le monde entier est la création de Dieu et est appelé à le connaître et à entrer en communion plus profonde avec Lui.

Une affirmation théologique aussi profonde, avec ses dimensions cosmologiques et sotériologiques, a de nombreuses implications sur les questions contemporaines. Tout d’abord, en ce qui concerne les questions environnementales, nous reconnaissons que notre planète est notre « maison commune », qui est la création de Dieu. En ce qui concerne la cohabitation pacifique des religions et des peuples, nous confessons que tout être humain a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26) et que par conséquent personne ne devrait être considéré comme moins important parmi nos frères (Mt 25, 40). Comme l’a déclaré le Saint et Grand Concile : « l’Église orthodoxe considère qu’il est de son devoir d’encourager tout ce qui sert véritablement la cause de la paix (Rm 14, 19) et ouvre la voie à la justice, à la fraternité, à la vraie liberté et à l’amour mutuel entre tous les enfants du seul Père céleste ainsi qu’entre les peuples qui forment l’unique famille humaine » (Mission, C5). Et encore : « l’Église orthodoxe confesse que tout être humain, sans distinction de couleur de peau, de religion, de race, de sexe, d’ethnie et de langue, est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et jouit de droits égaux dans la société. Conformément à cette conviction, l’Église orthodoxe rejette la discrimination pour l’une ou l’autre des raisons susmentionnées, car elle présuppose une différence de dignité entre les personnes » (Mission, E2). Pour ces raisons, l’Église orthodoxe condamne le fondamentalisme et la violence au nom de Dieu et promeut le respect, la paix et la réconciliation des peuples et des religions par le dialogue.

Le Patriarcat œcuménique de Constantinople porte depuis le VIe siècle le qualificatif « œcuménique ». Ce qualificatif montre l’œcuménicité du trône de Constantinople qui n’est pas limité ni identifié à aucune frontière ethnique ou nationale. Bien sûr, la tradition théologique du siège de Constantinople est basée sur l’hellénisme, de sorte que le christianisme lui-même s’est développé sur la base de l’hellénisme comme l’a souligné le théologien orthodoxe Georges Florovsky, mais non pas sur une culture ethnique et un folklore étroit, mais sur une civilisation de génie qui a servi de pont entre différentes nations et peuples vivant ensemble, au début du premier millénaire, au sein d’un empire romain. Le caractère œcuménique de l’Église de Constantinople est à la base de sa mission première qui consiste à favoriser l’unité pan-orthodoxe et à cultiver une vision supranationale et cosmopolite au sein du monde orthodoxe. C’est pourquoi le Patriarcat œcuménique se préoccupe de l’unité de l’Église orthodoxe et de la communion entre les différentes Églises autocéphales locales, rôle qui a été illustré par la convocation du Saint et Grand Concile. C’est pourquoi le Patriarcat œcuménique joue un rôle de premier plan dans la conduite du dialogue interchrétien et interreligieux. Le Patriarcat œcuménique a toujours pris des initiatives concernant la sauvegarde de l’environnement, la protection des enfants et encore d’autres initiatives. Dans un écrit anonyme de la fin du deuxième siècle nous lisons : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par des coutumes extraordinaires, leur genre de vie n’a rien de singulier. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel… » (Épitre à Diognète). C’est la seule manière pour les chrétiens de demeurer aujourd’hui encore « le sel de la terre » (Mat 5, 13).

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