27/03/2017
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Interview de l’archidiacre Jean Chrysavghis, directeur du bureau de presse du Patriarcat œcuménique pour le saint et grand Concile, au sujet de l’absence de l’Église orthodoxe russe et de ses conséquences

Interview de l’archidiacre Jean Chrysavghis, directeur du bureau de presse du Patriarcat œcuménique pour le saint et grand Concile, au sujet de l’absence de l’Église orthodoxe russe et de ses conséquences

Le père Jean Chysavghis, archidiacre du Trône œcuménique et clerc de l’archevêché grec d’Amérique, a donné l’interview suivante à l’agence grecque Romfea.gr au sujet de l’absence de l’Église orthodoxe russe au grand et saint Concile.

– Père Jean, comment commentez-vous la récente décision de l’Église russe de ne pas participer au saint Concile ?

– Je respecte la décision de l’Église de Russie de ne pas venir. Mais je sais aussi, cependant, que beaucoup d’Églises qui participent ont exprimé le sentiment de douleur, non pas seulement pour l’absence de l’Église de Russie, mais aussi pour les autres Églises qui ont changé d’avis. Ce n’est pas moins regrettable lorsqu’une petite Église, comme celle de Bulgarie ou de Géorgie ne participe pas au Concile, que lorsqu’il s’agit d’une Église plus grande comme celles d’Antioche ou de Russie. La différence en nombre, grandeur et puissance n’a jamais eu d’importance pour l’Église orthodoxe. En même temps, cependant, les Églises qui ont déjà envoyé leurs représentants en Crète (qui travaillent durement pour le Concile imminent), et se préparent pour envoyer demain leurs délégations officielles, se sentent confuses au sujet de toute cette situation. Je ne suis pas en mesure de juger les questions internes et les problèmes des Églises individuelles, ni la raison pour laquelle certaines Églises ont choisi de changer d’opinion – alors qu’elles avaient donné leur parole – qu’elles participeraient au Concile. Je suis certain que les Églises de Russie, de Bulgarie et de Géorgie ont probablement eu du mal à prendre cette décision. Cela aurait été bien sûr une bonne chose qu’elles aient respecté le travail difficile, les ressources et les dépenses des autres Églises qui ont majoritairement tenu parole et se trouvent déjà en Crète. Malgré cela, nous ne devons pas perdre le contact avec le but lointain du Concile, c’est-à-dire l’unité, qui est un processus lent et difficile. Et il faut nous rappeler que l’unité est toujours un but et non un point de départ. L’unité est la fin et non le commencement. L’unité est toujours emplie et complétée par le Saint Esprit qui « supplie aux déficiences ». Aucun Concile ne siège jamais pour fêter l’unité. Au contraire, chaque Concile qui s’est réuni dans le passé, a été précisément convoqué pour aboutir à une plus grande unité, alors qu’il existait quelque problème (soit théologique, soit canonico-administratif). C’est un fait, la plupart des conciles, à travers les temps, ont réellement été convoqués pour résoudre des problèmes administratifs, et non des problèmes dogmatiques.
– Maintenant, alors que toutes les Églises ne participent pas, les décisions seront-elles valides ? Puisque, conformément à la logique du règlement (du présent Concile), l’absence d’accord d’une seule Église seulement constitue un empêchement absolu à la convocation du Concile.
– Il n’est dit nulle part dans le règlement que l’absence d’une Église empêche la convocation du Concile. Il est très important de mentionner avec précision les documents officiels. Le règlement dit que le saint et grand Concile peut être convoqué par Sa Toute-Sainteté [le patriarche de Constantinople, ndt] avec le consentement de toutes les Églises orthodoxes, ce qui est exactement ce qui s’est passé à Genève au mois de janvier de cette année, lorsque toutes les Églises orthodoxes étaient présentes à la synaxe des primats et ont répété, réaffirmé et décidé conjointement la convocation du Concile lors de prochaine fête de la Pentecôte. Je me pose également des questions au sujet de la façon dont les gens se réfèrent à la notion d’unanimité. Dans les règlements conciliaires, Il n’y a aucune référence à l’invalidité d’un Concile et de ses décisions, dans le cas où une Église quelconque ne peut y assister. En réalité, lorsqu’une Église quelconque s’est efforcée au cours de la même synaxe d’inclure ce genre de langage dans les règlements, elle a fait face au rejet massif de toutes les Églises, y compris celle de Russie. Le saint et grand Concile peut encore ne pas avoir de quorum, mais je considère qu’il est très difficile de ne pas l’appeler « panorthodoxe », car dans ce cas concret, il a été précédé par une décision panorthodoxe de convocation du Concile et le consentement des Églises pour y participer. Malheureusement, pour certaines raisons, certaines Églises ont décidé au dernier moment qu’elles ne pouvaient pas être présentes. Quoi qu’il en soit, cela ne change pas la validité du Concile et de ses décisions. En outre, le Concile est assurément un « grand Concile », car il est indubitablement plus officiel que n’importe quel concile local individuel. Sincèrement, je ne puis comprendre que certains se paniquent lorsqu’ils entendent que ce Concile est contraignant ainsi que ses décisions. Où est la confiance dans les dirigeants de notre Église ? En même temps, il nous faut comprendre qu’il existe toujours dans l’Église un processus de réception des décisions d’un Concile, comme c’était exactement le cas pour chaque Concile dans l’histoire, y compris les Conciles œcuméniques. Toutefois, le point de vue selon lequel les décisions d’un Concile sont invalides parce que certaines Églises n’étaient pas présentes, est privé de toutes bases ecclésiologiques, théologiques et encore logiques. Il y a eu beaucoup de Conciles au cours des derniers siècles, auxquels ont participé très peu d’Églises, sans que toutefois quelqu’un ait mis en doute leur validité. Par exemple, l’Église de Russie n’a pas assisté au célèbre Concile de 1872, qui a condamné l’ethnophylétisme, mais je voudrais espérer que ses décisions sont considérées contraignantes pour Moscou aujourd’hui, au même titre que pour les Églises qui participaient.

– Nombreux sont ceux se demandent quel est le sens de discuter l’unité entre tous les chrétiens (catholiques etc), alors même que l’unité des orthodoxes est brisée.

– Il est facile de jouer avec les mots. Mais comment pourrait être brisée l’unité dans le cadre de la tentative concrète d’une plus grande unité entre les Églises ? L’unité peut être brisée uniquement en l’absence d’une telle tentative. La conciliarité et l’unanimité sont des réalités instables. L’autoritarisme est probablement plus simple. Cependant, ce n’est pas la voie ou la méthode orthodoxe. Si le patriarche œcuménique avait en réalité – ou ambitionnait comme on l’en accuse – l’autorité que certaines Églises lui attribuent, on ne se trouverait pas dans cette situation. Ce n’est pas étonnant que l’Église catholique-romaine paraît plus unie que nous. Au-delà du concept occidental de la loi et de l’ordre, qui est souvent absent dans nos cercles, il y a aussi une perception verticale de l’autorité et de la prise des décisions dans l’Église catholique-romaine. Cela n’a jamais constitué une partie de la tradition et de la pratique orthodoxes. Malgré tout cela, nous avons assurément un ordre et une hiérarchie dans l’Église orthodoxe, même si certains refusent à l’accepter pour une raison ou pour une autre. Et cela est la beauté de l’Orthodoxie : même dans les moments de dispersion et de faiblesse, nous sommes unis. Nous pourrions peut-être voir cela de cette façon. C’est-à-dire que [ce concile] est le premier pas de nos Églises vers la conciliarité après plus de mille ans ! Par conséquent, il est très naturel que tout le processus semble maladroit. Mais pour moi, cela est également la grandeur, la beauté de l’événement ! C’est comme si nous observions quelqu’un en train de faire ses premiers pas : nous pouvons sourire d’embarras, mais nous pouvons aussi admirer le courage et la détermination de l’effort.

– Pensez-vous qu’il existait quelque plan des Églises visant à faire échouer le Concile ?

– Ce serait assurément un grand scandale pour tous si cela était la vérité. Je ne voudrais jamais croire à cela. D’autres, peut-être savent mieux les choses. Mais je suis réellement stupéfait de la façon avec laquelle certains parlent des événements concernant le processus de cheminement vers le saint et grand Concile. Par exemple, dans une récente interview avec vous et dans d’autres encore, je me demande si le métropolite Hilarion se réfère aux mêmes séances préconciliaires que celles auxquelles j’ai assisté. Ce qu’il décrit semble être très éloigné de la réalité que j’ai observée. Par exemple, il dénonce que de nombreuses positions de l’Église de Russie n’ont pas été acceptées, ou ont encore été rejetées catégoriquement, et n’ont pas été inclues dans les documents ou les décisions (des séances préconciliaires). Je voudrais déclarer sincèrement que les positions d’aucune autre Église n’ont été acceptées aussi généreusement par les autres Églises (souvent sous une grande pression) que celles de l’Église de Russie. Aucune position d’une autre Église, voire même les mots exacts, ne se reflètent tant dans les décisions que dans les documents, que celles de l’Église de Russie. En particulier, je me rappelle que chaque fois qu’une Église était en désaccord, la réponse de la délégation russe était de menacer de ne pas signer le texte. Une telle conduite ne peut être qualifiée ni d’unanimité ni de logique commune. S’il existe une Église dans le monde qui peut affirmer qu’elle a souvent de façon persistante et certaines fois de façon fastidieuse élaboré les décisions et les textes, c’est bien l’Église de Russie. Aussi, vraiment, c’est une surprise, voire même un choc d’entendre ces protestations. Il est probable qu’aucune autre Église dans le monde ne devrait protester contre les documents. Vous voyez, c’est la vérité – comme l’affirme à nouveau le métropolite Hilarion – que l’unité ne peut être imposée. Néanmoins, l’unité n’est pas le monopole de ceux qui ont changé – soudain et littéralement à l’ultime moment – leur opinion et ne veulent pas maintenant participer au Concile. L’unité, assurément, ne peut jamais être imposée par l’absence et l’isolement. Naturellement, les Églises sont libres et indépendantes dans leurs décisions. Mais l’indépendance ne peut jamais se manifester aux dépens de l’unité. Et la divergence cruciale est ici que chaque Église, sans exception, avait donné son accord à la convocation du saint et grand Concile et à sa participation. Aussi, les affirmations selon lesquelles « une Église s’en va après l’autre » sont injustes et erronées, voire même trompeuses et presque fallacieuses. En réalité, une Église après l’autre a confirmé qu’elle participera, malgré les problèmes et les provocations. Et ce ne seront pas seulement « les Églises grecques » comme cela est avancé dans certains cercles, d’une façon provocante et sensationnelle. Pourquoi les gens ne se souviennent pas et ne soulignent pas la présence, l’engagement et le dévouement des Églises de Pologne, Serbie, Albanie, Roumanie ainsi que de Tchéquie-Slovaquie ? Je ne pense pas qu’il existe une « cabale », comme vous le dites. Mais ma question est la suivante : comment pouvez-vous vous-mêmes ou quelqu’un d’autre expliquer le fait que certaines Églises ont décidé au dernier instant de ne pas participer ? Pour ce qui concerne le cas de l’Église de Russie, cela s’est produit littéralement 48 heures avant la Synaxe des Primats ? Pour dire les choses simplement, comment nos fidèles peuvent comprendre, et qui aurait pu attendre cela de leurs dirigeants ? Comment les gens peuvent ne pas respecter leur parole, exprimée il y a juste quelques mois, leur promesse et leur signature ? Si les gens savaient seulement combien de signatures ont apposées toutes les Églises, sans exception, sous une décision après l’autre, sous un document après l’autre, mais aussi sous une traduction après l’autre, je me réfère littéralement à des centaines de signatures de chaque Église sur des textes concernant les documents et les décisions du Saint et Grand Concile, ils seraient scandalisés, et je trouve très difficile de comprendre comment une quelconque Église peut changer d’avis au dernier moment ! En tout cas, le Saint et Grand Concile sera le rassemblement le plus grand et le plus représentatif de l’Église orthodoxe après plus de mille ans, qui est convoqué après une décision et un consentement panorthodoxes. Je suis heureux de voir que l’Église de Russie en a appelé à la générosité et au discernement du patriarche œcuménique. Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus patient que Sa Toute-Sainteté [le patriarche de Constantinople, ndt] pendant tout ce processus. Je vois avec un sentiment d’humilité tant d’Églises orthodoxes qui se trouvent déjà en Crète, répondant avec amour de l’homme et générosité à l’appel du Saint-Esprit pour l’unité.

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Jovan Nikoloski