L’Église orthodoxe serbe à ses enfants spirituels, à Pâques 2026. Porphyre, archevêque orthodoxe de Peć, métropolite de Belgrade-Karlovci et patriarche de Serbie, avec tous les hiérarques de l’Église orthodoxe serbe – au clergé, aux moines et moniales et à tous les fils et filles de notre sainte Église : grâce, miséricorde et paix de la part de Dieu le Père, et de notre Seigneur Jésus-Christ, et du Saint-Esprit, avec la joyeuse salutation pascale : Le Christ est ressuscité !
La Parole de Dieu, l’Évangile du Christ, trésor spirituel de l’Église de Dieu, d’où la droite du Seigneur sème dans nos cœurs les semences de la vie éternelle, est emplie de vérités cachées en Dieu. Ce ne sont pas des idées abstraites mais des paroles qui s’accomplissent dans nos vies. Parmi elles se trouvent celles par lesquelles le Seigneur nous avertit des temps où la paix sera ôtée de la terre (Ap 6, 3-4), où nous entendrons parler de guerres et de rumeurs de guerres, car nation se dressera contre nation et royaume contre royaume (Mt 24, 6-7 et Lc 21, 9-10).
Ces paroles, qui résonnaient pour de nombreuses générations de nos ancêtres comme un avertissement et une annonce des temps à venir, sont aujourd’hui la réalité dans laquelle nous vivons. Nous voyons des troubles parmi les nations, nous entendons des rumeurs de guerres et nous sommes témoins de guerres, de souffrances et d’incertitude dans le monde. Tandis que le ciel est sillonné par les traînées de missiles de mort et que dans les oreilles d’une humanité inquiète retentissent les sirènes annonçant destructions et souffrances, des profondeurs du Tombeau vide du Christ s’élève la voix de l’ange, témoin de la Résurrection, qui dit aux femmes myrophores, et à travers elles à nous tous, comme à tout être humain : « N’ayez pas peur ! » (Mt 28, 5). Ce n’est pas seulement l’ange qui chasse la peur loin de nous, mais avant lui et plus que lui, Celui qui a aboli la peur de la mort — laquelle est la raison fondamentale de toute peur. Ayant vaincu la mort par la mort, le Dieu-Homme ressuscité, le Christ, s’adresse à nous lui aussi par ces mots : « N’ayez pas peur ! » (Mt 28, 10). Ainsi encouragés, nous savons que les événements effrayants de nos jours ne sont pas le dernier mot de l’histoire, mais un appel à la vigilance et à l’affermissement en Dieu.
Que nous disent les signes des temps actuels ? Bien que le Tombeau vide du Christ ait vaincu la puissance de tout tombeau et montré qu’aucun tombeau n’a le dernier mot, dans l’histoire et dans notre réalité subsistent des tombeaux vivants emplis de haine, d’égoïsme, de passions et d’amour-propre. Nous les reconnaissons dans les cœurs humains obscurcis, dans l’égoïsme sans limites, dans les médias qui répandent le mensonge, dans les guerres, dans toutes nos passions et nos péchés contre l’amour de Dieu. Ces tombeaux, en dépit de la Résurrection du Christ, ne cessent de dénaturer et d’enlaidir la vie elle-même, don inestimable de l’amour de Dieu.
L’un des exemples les plus poignants de cette réalité est le fait que les conséquences de la crise mondiale actuelle se mesurent, hélas, à de froids indicateurs économiques, aux mesures des marchands de la terre (cf. Ap 18, 3) — pertes financières, perturbations et chutes des bourses et des marchés —, tandis que dans l’ombre profonde de ces calculs demeurent les tragédies humaines : la mort d’innocents, la souffrance des enfants et le malheur de millions de personnes. C’est précisément cette perspective, qui place le profit matériel au-dessus de la vie humaine, qui non seulement a conduit aux guerres et aux injustices, mais qui s’en nourrit et s’y renforce. C’est là une grande défaite de nous, les hommes.
Le monde dans lequel nous vivons est de plus en plus instable et l’homme de plus en plus effrayé. Les systèmes de valeurs sont modifiés de manière organisée et coercitive, et ce dans le sens des anti-valeurs. Des promesses et des accords solennellement signés sont brutalement foulés aux pieds. La connaissance de telles trahisons engendre la violence et des divisions toujours plus grandes entre les peuples, tandis que le fossé politique et culturel se creuse. Sur les ruines de civilisations moribondes fleurissent l’incertitude spirituelle et la perte de sens.
Pourquoi, dans ces ténèbres universelles, ne reconnaît-on pas et ne voit-on pas le Seigneur ressuscité ? La réponse à cette question est déjà donnée dans l’Évangile lui-même. Le Dieu-Homme ressuscité, le Christ, n’a pas été immédiatement reconnu, même par ses disciples et ses proches. Marie-Madeleine L’a vu près du Tombeau vide sans savoir que c’était le Seigneur Jésus-Christ (Jn 20, 14). Elle L’a reconnu lorsqu’Il l’a appelée par son nom : « Marie ! » (Jn 20, 16). De même, les apôtres Luc et Cléopas n’ont pas reconnu le Seigneur (Lc 24, 16) sur le chemin d’Emmaüs, mais seulement « à la fraction du pain » (Lc 24, 35), lorsque le Seigneur les a communiés.
Les apôtres n’ont pas non plus reconnu le Seigneur ressuscité tandis qu’Il observait depuis la rive du lac de Tibériade leur pêche infructueuse (Jn 21, 4). Ils ne L’ont reconnu qu’après avoir, obéissant à son commandement, jeté le filet du côté droit de la barque et pris une grande quantité de poissons (Jn 21, 6-7). Ils L’ont reconnu dans le miracle, cet espace spirituel où se rencontrent et s’embrassent la puissance de Dieu et la foi humaine.
Les apôtres ne L’ont pas reconnu non plus lors des rassemblements dominicaux derrière les portes closes : une première fois, effrayés, ils crurent voir un esprit (Lc 24, 37) ; une seconde fois, c’est à la vue des plaies des clous et de la lance qu’ils crurent en la réalité de la Résurrection et en Sa présence (Jn 20, 27). Le Dieu-Homme ressuscité, le Christ, se trouvait parmi eux, mais ils n’étaient pas en mesure de Le reconnaître immédiatement par les moyens humains ordinaires qu’ils connaissaient jusqu’alors. Le mystère de la non-reconnaissance n’est pas resté un simple événement du passé lointain, lié aux premiers jours après la Résurrection du Sauveur ; il est une réalité qui perdure jusqu’à aujourd’hui.
Pour voir et reconnaître le Seigneur ressuscité, la vue humaine ordinaire ne suffit pas. Un regard nouveau, spirituel, est nécessaire — un don d’en haut, une expérience du Saint-Esprit. Autrement dit, il nous faut entrer en relation avec Lui pour qu’Il nous accorde la connaissance de Lui-même. C’est ainsi qu’à ses disciples Luc et Cléopas, le Seigneur a finalement ouvert les yeux et leur a accordé la vision spirituelle pour Le connaître (Lc 24, 31), et qu’aux apôtres rassemblés derrière les portes closes Il a ouvert l’intelligence pour comprendre les prophéties de la Sainte Écriture (Lc 24, 45) et ce qui devait advenir au Seigneur.
Le fait que le Christ ressuscité n’ait pas été immédiatement reconnu ne signifie pas qu’Il se cachait des hommes, mais qu’Il respectait leur liberté. Il montrait et confirmait ainsi de nouveau ce qui a été donné à l’homme depuis le commencement : la liberté de se déterminer pour Dieu, et de Lui croire et de Le servir à partir de cette liberté. Le Christ n’a pas imposé au genre humain la vérité de la Résurrection, mais l’a déposée dans l’espace de la foi. Qu’en aurait-il été si le Ressuscité était apparu devant Pilate, s’était présenté devant le Sanhédrin, ou était apparu sur les marchés de Jérusalem ? Alors l’annonce de la Résurrection serait devenue une démonstration de force et de puissance, et la vérité elle-même aurait été, d’une certaine manière, imposée. Au lieu de cela, le Seigneur se manifeste à ceux qui L’aiment et fonde ainsi de nouvelles manières de reconnaître et d’accueillir la vie véritable.
Quelles sont ces manières et comment l’homme contemporain peut-il vivre cette réalité ? L’homme contemporain vit cette réalité avant tout comme une rencontre personnelle avec Dieu, dans laquelle le Ressuscité l’appelle par son nom, comme Il s’est révélé à Marie-Madeleine. Sans relation personnelle de prière et d’ascèse, il n’est possible ni de connaître ni de reconnaître Dieu. Il la vit ensuite comme communion, comme mise en commun, dans le rassemblement eucharistique, en communiant au corps et au sang du Christ lors de la divine Liturgie. L’homme, à l’instar de Luc et Cléopas, reçoit des mains mêmes du Christ — par les mains des ministres du culte — le Pain qui descend du ciel et donne la vie au monde. Enfin, il la vit comme obéissance à la Parole de Dieu et comme expérience du miracle, à l’image des apôtres qui, sur le lac de Tibériade, ont compris que tout dans le Dieu-Homme ressuscité est miraculeux et salvateur.
Les miracles ne sont pas seulement des événements extraordinaires ni seulement de grandes interventions de Dieu dans l’histoire. La séparation de la mer Rouge fut un miracle. Mais c’est aussi un miracle lorsque nous pardonnons et brisons le cercle de la haine. Ce n’est pas un simple impératif moral ni un principe abstrait. C’est une manifestation de la Résurrection et une participation à sa puissance et à sa gloire. La vengeance est une crucifixion sans résurrection, et le refus de pardonner et la haine sont la mort et un tombeau scellé pour toujours. C’est pourquoi la Résurrection n’est pas seulement un événement appartenant au passé, mais une réalité dans laquelle nous entrons chaque fois que nous pardonnons, chaque fois que nous ne rendons pas coup pour coup et que nous reconnaissons un frère dans l’ennemi. Alors nous choisissons la vie au lieu de la mort. Alors la pierre se déplace aussi de notre tombeau intérieur.
Nous reconnaissons le Seigneur aussi dans toute souffrance humaine — dont il n’y a, hélas, que trop —, ainsi que dans tout pauvre, rejeté et méprisé, en Le rencontrant en eux par l’amour agissant. Car le Seigneur ressuscité Jésus-Christ a dit : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). C’est précisément en cela que se manifeste le fait que la foi en la Résurrection n’est pas seulement une conviction intérieure, mais une force qui façonne notre relation au prochain, à chaque homme en tant qu’icône de Dieu.
Aujourd’hui, avec une attention et une sollicitude particulières, nous prions pour nos frères et sœurs du Kosovo-et-Métochie, source historique séculaire et centre spirituel du peuple serbe, partageant directement avec eux toutes les épreuves et tous les défis auxquels ils sont sans cesse confrontés, et les fortifiant à persévérer dans leur témoignage et à rester fidèles à leur Église, à leur foi et à eux-mêmes. En même temps, nous rappelons à tous et à chacun d’entre nous qu’il ne suffit pas d’aimer le Kosovo-et-Métochie seulement en paroles. Cet amour doit se traduire en actes, en sollicitude concrète envers le prochain, en œuvres de miséricorde fraternelle, en souci des enfants et de tous ceux qui ont besoin d’aide. On ne doit pas permettre que, dans la conscience de notre peuple, les Serbes du Kosovo-et-Métochie soient présentés comme un obstacle ou une gêne pour un avenir prétendument meilleur. Sans eux, sans nos Serbes du Kosovo-et-Métochie, sans les Serbes de la Vieille Serbie, il n’y a de vie meilleure pour aucun d’entre nous. Nous sommes tous un seul peuple et un seul Corps dans le Christ, liés par la même foi et la même souffrance, mais aussi par la même espérance et la même glorification.
Dans cette foi et cette communion, chers enfants spirituels, entrons dans la joie de la Résurrection et disons : « Ayant contemplé la Résurrection du Christ, adorons le saint Seigneur Jésus, le seul Sans-péché », et avec le saint apôtre Paul, exultons : « Où est ton aiguillon, ô mort ? Où est ta victoire, ô enfer ? » (1 Co 15, 55). Consolés par la puissance et la grâce de cette grande et solennelle Fête des fêtes, Pâque nouvelle et sacrée, Pâque grande et immaculée, Pâque mystérieuse, Pâque qui nous a ouvert les portes du Paradis, embrassons-nous les uns les autres et disons même à ceux qui nous haïssent : Frères ! Et pour finir, en ce commencement, chantons d’une seule voix : Le Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, et à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la vie.
Nous vous saluons tous par la salutation de la victoire totale et de la joie universelle :
Le Christ est ressuscité !
Donné au Patriarcat serbe, à Belgrade, à Pâques 2026.
Vos intercesseurs devant le Christ ressuscité :
Porphyre, archevêque de Peć, métropolite de Belgrade-Karlovci et patriarche de Serbie Chrysostome, archevêque de Sarajevo-Srebrenica et métropolite de Dabar-Bosnie Joanice, archevêque de Cetinje et métropolite du Monténégro-et-du-Littoral Basile, archevêque de Sirmium et métropolite de Syrmie Éphrem, archevêque et métropolite de Banja Luka Lucien, archevêque et métropolite de Buda Nicanor, archevêque de Vršac et métropolite du Banat Longin, archevêque de New Gračanica-Chicago et métropolite du Midwest américain Mitrophane, archevêque de Toronto et métropolite du Canada Irénée, archevêque de Novi Sad et métropolite de Bačka Dosithée, archevêque de Stockholm et métropolite de Scandinavie Justin, archevêque et métropolite de Žiča Pachôme, archevêque et métropolite de Vranje Jean, archevêque de Kragujevac et métropolite de Šumadija Ignace, archevêque de Požarevac et métropolite de Braničevo Photius, archevêque et métropolite de Zvornik-Tuzla Athanase, archevêque et métropolite de Mileševa Grégoire, archevêque de Düsseldorf-Berlin et métropolite d’Allemagne Théodose, archevêque et métropolite de Raška-Prizren David, archevêque et métropolite de Kruševac Hilarion, archevêque de Romuliana-Zaječar et métropolite de Timok Arsène, archevêque et métropolite de Niš Silvain, archevêque de Sydney-Wellington et métropolite d’Australie-Nouvelle-Zélande Nicodème, archevêque de Zadar-Šibenik et métropolite de Dalmatie Méthode, archevêque et métropolite de Budimlje-Nikšić Dimitri, archevêque de Mostar-Trebinje et métropolite de Zachloumie-Herzégovine et du Littoral de Ston Maxime, archevêque de Los Angeles et de l’Ouest américain Gérasime, archevêque de Gornji Karlovac Irénée, évêque de Washington-New York et de l’Est américain Jean, évêque de Pakrac et de Slavonie André, évêque de Suisse Serge, évêque de Bihać-Petrovac Cyrille, évêque de Buenos Aires et de l’Amérique du Sud et centrale Chérubin, évêque d’Osečko Polje et de Baranja Hésychius, évêque de Valjevo Hiérothée, évêque de Šabac Justin, évêque de Paris et d’Europe occidentale Nectaire, évêque de Londres et de Grande-Bretagne-Irlande
Basile, évêque émérite de Zvornik-Tuzla Georges, évêque émérite du Canada Constantin, évêque émérite d’Europe centrale Sava, évêque émérite de Slavonie Philarète, évêque émérite de Mileševa Jean, évêque émérite de Niš
Stéphane, évêque vicaire de Remesiana Damascène, évêque vicaire de Mohács Sava, évêque vicaire de Marča Jean, évêque vicaire de Hum Alexis, évêque vicaire de Hvosno Hilarion, évêque vicaire de Novo Brdo Dosithée, évêque vicaire de Lipljan Pierre, évêque vicaire de Toplica Nicon, évêque vicaire de Jénopolis Tikhon, évêque vicaire de Moravica Paisius, évêque vicaire de Dioclée Séraphin, évêque vicaire de Kostajnica