Lettre de l’Assemblée des évêques orthodoxes d’Allemagne aux jeunes concernant l’amour, la sexualité et le mariage
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L’Assemblée des évêques orthodoxes d’Allemagne a adopté le 12 décembre 2017 un document adressé aux jeunes concernant l’amour, la sexualité et le mariage que nous publions en français.

Lorsque Dieu créa l’homme, il le fit à la ressemblance de Dieu. Il créa l’homme et la femme, il les bénit, et il les appela du nom d’homme. (Genèse 5:1-2)
Chers jeunes chrétiens orthodoxes d’Allemagne,
En tant qu’évêques de votre Église en Allemagne, nous souhaitons aborder quelques sujets d’actualité dans cette lettre qui a été écrite tout spécialement pour vous. Le monde nous rapproche de plus en plus les uns des autres. Et les questions brûlantes de notre temps prennent de plus en plus d’importance. Elles sont une préoccupation profonde pour l’humanité toute entière : Dieu place le présent et l’avenir entre vos mains.

1. Nous vivons dans un pays où l’individu a la possibilité de se développer en toute liberté et dignité. Ce ne fut pas toujours le cas au cours de l’histoire de l’humanité. Dans de nombreux pays ce n’est encore pas le cas aujourd’hui. Le fait que nous vivions en Allemagne, où la paix, la liberté, la démocratie et les droits de l’homme sont considérés comme allant de soi, peut être considéré comme une bénédiction de Dieu.
Nous vivons aussi dans un contexte où l’extrémisme religieux, qui, dans de nombreux endroits, menace de porter atteinte aux droits de l’homme. En tant que chrétiens, nous sommes appelés à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre ces valeurs qui
sont en accord avec la vision de l’homme qui est exprimée dans les Saintes Écritures et dans la Tradition de notre Église : l’homme a été créé à l’image de Dieu (Gn 1,27). Dans la capacité des êtres humains à décider pour eux-mêmes, nous voyons l’une des caractéristiques de cette image divine.

2. Cette liberté est un don d’une immense valeur qui implique nécessairement une totale responsabilité. La responsabilité est inséparablement liée à la liberté. Cela s’applique à tous les domaines de la vie, y compris à la question de savoir si l’on veut mener sa propre vie seul ou au sein d’une communauté familiale, et bien sûr à la recherche d’un partenaire. Un certain nombre de questions y sont liées, par exemple sur la sexualité, le mariage, la différence entre le mariage civil et le mariage religieux, etc. Ces questions concernent chacun d’entre nous profondément et personnellement, étant donné que chacun a la liberté de décider du chemin que doit prendre sa vie.
Les considérations suivantes ont pour but de fournir un soutien, puisque chaque personne doit être libre de décider de sa propre voie dans la vie. Ils encouragent une approche responsable de ces questions et encouragent le dialogue au sein de notre Église.

3. L’un des passages les plus connus et les plus aimés de la Bible est le chapitre 13 de la première épître du saint apôtre Paul aux Corinthiens. Dans ce texte, le saint apôtre décrit l’amour comme une force qui conduit à surmonter son propre égoïsme. Voici ce qui est écrit :  » L’amour est patient, il est plein de bonté, il n’est pas envieux, il ne cherche pas à se faire valoir, il ne s’enfle pas d’orgueil. Il ne fait rien d’inconvenant. Il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’aigrit pas contre les autres, il ne trame pas le mal. L’injustice l’attriste, la vérité le réjouit. En toute occasion, il pardonne, il fait confiance, il espère, il persévère. L’amour n’aura pas de fin « . (1 Cor 13, 4-8). L’amour conduit ainsi à la perfection de notre propre humanité et à la réalisation de la vérité. Il est donc plus précieux que toute autre vertu : « En somme, trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour, mais la plus grande d’entre elles, c’est l’amour.  » (1 Cor 13,13). Compris de cette manière, l’amour envers une autre personne est un don inconditionnel. Quand j’aime, je ne me mets plus au centre de mon existence. L’amour est entier, dynamique et signifie bien plus que d’avoir des « papillons dans le ventre ». Il présuppose et réalise les paroles du Christ : « C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront plus qu’un ». (Mt 19, 5-6).

4. De nos jours, de nombreux jeunes hommes et femmes ont des relations sexuelles avant le mariage. Dans ce contexte, beaucoup se demandent quelle est la position de
l’ Eglise orthodoxe à ce sujet. Il est du devoir de notre Église d’accompagner ses fidèles de conseils spirituels et de ne pas formuler mécaniquement des règles. Ce n’est pas une charte de permissivité sexuelle. Nous insistons sur le fait qu’il est très important d’agir d’une manière responsable. Responsabilité vis-à-vis de sa propre sexualité, de la sexualité de son ou sa partenaire et concernant les conséquences de sa vie sexuelle, responsabilité aussi envers la société et devant Dieu. Dans cet esprit, le saint apôtre Paul écrit aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ?  » (1 Cor 6,19).
Ce chapitre de l’épître aux Corinthiens est consacré à la liberté qui vient de la communion avec le Christ et qui peut être vécue dans un mariage béni de Dieu. Par conséquent, nous ne pouvons qu’espérer que votre amour soit couronné par un mariage dans l’Église. Ce qui amènera à la création d’une famille chrétienne, et à ce que vous apprendrez à honorer, protéger et promouvoir la vie, y compris la nouvelle vie qui émergera de cette union. Dans ce contexte, nous vous rappelons que l’embryon est un être humain dès sa conception.
Nous vous lançons un appel : ne cachez pas vos questions. Parlez-en. Discutez-en avec des gens compétents et expérimentés. Des discussions ouvertes peuvent nous aider à mieux nous connaître et à arriver à prendre la bonne décision. Parler est bénéfique pour l’âme. Nous vous demandons en particulier de rechercher un
dialogue avec un conseiller spirituel expérimenté. Notre Église orthodoxe a une longue tradition de dialogue pastoral et thérapeutique. Même aujourd’hui, à l’ère des médias électroniques, cela peut aussi être encore d’une grande aide.

5. Nous vivons dans un pays où le mariage dans l’Église orthodoxe n’a lieu en règle générale que si le couple est déjà marié civilement. Le mariage civil a pour but de donner aux époux la protection accordée par le droit civil.
Pour nous, chrétiens, le mariage est lié à l’amour de Dieu manifesté par Jésus-Chris à travers son incarnation, sa crucifixion et sa résurrection. C’est pourquoi, pour une personne qui croit en Jésus-Christ comme Fils de Dieu, le mariage est plus qu’une affaire mondaine, et de toute évidence beaucoup plus que les festivités liées au mariage. Cela suppose une promesse de fidélité à vie, et que la communion entre les époux soit vécue en union avec le Christ. Les couples mariés sont appelés à accepter leur communion fraternelle comme un don de Dieu, et à la percevoir comme une expression de l’amour entre le Christ et son Eglise. La grandeur de cet événement est également mise en évidence dans le service du mariage par le fait que les mariés sont couronnés ensemble et l’un pour l’autre. Pour exprimer cette compréhension des choses, l’apôtre Paul s’appuie sur l’image du lien entre le Christ et son Église et la qualifie de mystère : »Ce mystère est grand, mais je le dis en référence au Christ et à l’Église » (Éphésiens 5,32).
Dans une célébration du mariage, il y a aussi à plusieurs reprises des prières pour que Dieu accorde la fertilité au couple marié. Notre Église orthodoxe bénit le désir d’avoir des enfants et considère l’enfant comme un don de Dieu. Mais même sans enfant, un mariage est saint et sacré. Nous croyons qu’il convient d’avoir une vision responsable concernant la taille de sa famille. Il faut garder à l’esprit que pour les
chrétiens orthodoxes, l’avortement, c’est-à-dire le meurtre d’un organisme vivant, ne peut et ne doit pas être envisagé, que ce soit dans le cadre de la planification familiale ou pour d’autres raisons.
La préparation au mariage avec le prêtre devra aussi porter sur tous ces aspects. Ces conversations sont plus qu’une simple formalité avant le mariage et doivent avoir lieu avant que l’on commence à faire des préparatifs pratiques pour les célébrations du mariage.

6. Dans une société pluraliste comme celle de l’Allemagne, les mariages entre orthodoxes et d’autres chrétiens ne sont pas rares. Ils sont le plus souvent appelés « interconfessionnels ». Ces mariages ont, au cours des dernières décennies, contribué aux rencontres et à une meilleure connaissance mutuelle. Ils ont également montré qu’il est possible d’élever les enfants dans le respect de traditions différentes. Les questions pratiques relatives aux mariages interconfessionnels ont été abordées
dans les documents que nous avons approuvés avec l’Église catholique romaine,
et les communautés protestantes en Allemagne. Cependant, ils nécessitent également des entretiens et des explications avant le mariage.
Ces mariages comportent aussi leurs difficultés. Ainsi, la question de la réception conjointe de la sainte communion n’est toujours pas résolue dans les documents mentionnés ci-dessus. La position de notre Église demeure la même : cet accueil n’est possible que s’il existe une unité complète de foi. Une telle unité n’est pas présente dans les mariages interconfessionnels. Ici, nous sommes tous confrontés à une situation douloureuse qui se présente comme un défi théologique. Nous devons l’admettre en toute honnêteté. C’est pourquoi nous demandons à Dieu de nous aider à surmonter la séparation et à trouver notre chemin vers l’unité de tous.

7. La situation est encore plus compliquée avec la question d’un mariage avec un conjoint non chrétien. Ces mariages sont appelés « interreligieux ». Il n’y a pas ici de base chrétienne commune. Dans certains cas, les partenariats ou mariages interreligieux peuvent conduire à des conflits qui peuvent amener à l’exclusion de la personne concernée. Là encore nous devons nous souvenir du trésor de liberté que Dieu a donnée à l’humanité : l’obligation de s’éloigner, pour des raisons religieuses, de la personne aimée, ne correspond pas à la liberté que tout être humain a reçue parce qu’il a été créé à l’image de Dieu (Genèse 1, 27). Dans les partenariats interreligieux, le mariage civil constitue une option viable. Il s’agit dans ce cas d’une sauvegarde juridique et garantit que les conjoints jouissent des mêmes droits. Mais pour les gens qui croient en Dieu et croient que leur mariage devrait être sous la bénédiction de Dieu, le mariage civil est en règle générale insuffisant. Ils aspirent à une cérémonie religieuse au cours de laquelle Dieu va bénir leur union. Une telle cérémonie de la part de notre Église n’est en fait pas possible, parce que le fondement de la célébration du mystère du mariage est la foi en Dieu trinitaire. Mais nous considérons cette aspiration est tout à fait justifiée. C’est pourquoi l’Église orthodoxe en Allemagne accompagnera également les couples interreligieux dans leur cheminement de vie, à condition que cela soit souhaité et accepté. L’Église sera toujours prête à les soutenir par la parole et les actes. Nous encourageons également ces couples à parler ouvertement et de manière constructive, entre eux, avant et après le mariage, à propos des questions qui surgissent au sujet de leurs relations personnelles liées aux différences religieuses, concernant par exemple l’éducation des enfants.

8. La question de l’homosexualité et des partenariats homosexuels est une question brûlante aujourd’hui. Le fait que ce sujet soit discuté ouvertement dans notre société peut en principe être considéré comme une bonne chose. Pendant des siècles les hommes et les femmes homosexuels ont été ignorés, et même opprimés et persécutés, comme par exemple à l’époque du national-socialisme.
Dans les Saintes Écritures, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, il y a
des déclarations contre l’homosexualité. La valeur de ces déclarations fait l’objet de
débats controversés aujourd’hui. Dans la tradition de notre Église aussi, il y a de nombreuses déclarations contre l’homosexualité. Comme toute inclinaison physique, elles sont aussi sujettes à la retenue, à la restriction des passions débridées, à l’ascèse chaste que nous apprenons dans le jeûne. Ce qui est certain, c’est que nous sommes largement dans l’ignorance sur la façon dont l’homosexualité se manifeste et se développe. Il est possible que, par exemple, des facteurs génétiques, psychologiques, et culturels peuvent être impliqués, mais en réalité, il n’ y a pas de clarté quant au rôle que ces facteurs jouent ou quelle relation ils ont entre eux.
Puisque, selon la conception orthodoxe, le mystère du mariage présuppose un lien
entre l’homme et la femme, et va au-delà d’une perspective purement sociale, le mariage des couples homosexuels n’est pas possible dans notre Église. Les questions ouvertes concernant l’homosexualité des hommes et les femmes appartiennent au domaine délicat de l’accompagnement pastoral. Car tous les hommes sont créés à l’image de Dieu. C’est pourquoi nous devons respecter tous ceux qui correspondent à cette image divine dans l’homme. Ceci s’applique aussi à nos paroisses, qui sont appelées à faire preuve d’amour et de respect vis-à-vis de tous.

Conclusion
La société dans laquelle nous vivons est en constante évolution. Nous accueillons ceux en qui nous reconnaissons l’Esprit de l’Evangile de Jésus-Christ. La famille traditionnelle est également confrontée à des défis radicaux. Fidèles à la parole de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens : « Mais examinez toutes choses, retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5,21), nous sommes tous, chers jeunes chrétiens orthodoxes, sans cesse appelés de nouveau à représenter, et surtout à vivre, l’image incarnée de notre foi orthodoxe.
L’image de la famille comme « petite Eglise », cellule primordiale de l’Église dans son ensemble, doit nous indiquer la voie à suivre.
Que Dieu vous bénisse !

Francfort-sur-le-Main, le 12 décembre 2017

Augustin métropolite d’Allemagne,
Exarque d’Europe centrale,
président, et les autres membres de l’Assemblée des évêques orthodoxes d’Allemagne

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