19/10/2017
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Recension: Gregorio Palamas, «Atto e luce divina. Gli scritti filosofici e teologici»

Palamas_1 Gregorio Palamas, «Atto e luce divina. Gli scritti filosofici e teologici», A cura di Ettore Perella, éd. Bompiani, Milan, 2003, CXXIX et 1500 p., collection «Il Pensiero Occidentale»
Un événement d’une grande importance dans le domaine de l’édition de textes patristiques est malheureusement passé totalement inaperçu en France : la publication par l’un des plus importants éditeurs italiens des œuvres complètes de saint Grégoire Palamas dans le texte grec original avec, en regard, une traduction italienne qui constitue la première traduction intégrale des écrits du Docteur hésychaste dans une langue occidentale.  Ce travail gigantesque, représenté par plus de 5000 pages réparties en trois tomes, est l’œuvre d’un seul homme : Ettore Perella, psychanalyste de son état, qui fut à Paris, dans les années soixante du siècle dernier, un auditeur attentif de Lacan, et qu’une recherche personnelle, d’abord intellectuelle, amena à s’intéresser à la pensée palamite au point de vouloir la pénétrer et l’assimiler par le biais de la réalisation d’une traduction. Il est significatif que l’auteur ait commencé à s’attaquer aux « écrits philosophiques et théologiques » contenus dans ce premier volume, publié en 2003 et comportant : les «Discours apodictiques sur la procession du Saint-Esprit», les «Triades pour la défense des saints hésychastes», « Sur l’union et la distinction », l’ «Apologie», «Sur la participation déifiante et la simplicité divine et surnaturelle», «Dialogue entre un orthodoxe et un barlaamite», «Théophanès», «Que Barlaam et Akindynos sont ceux qui […] divisent l’unique Divinité en deux divinités inégales». Ces textes sont suivis de la traduction seule de la «Vie de saint Grégoire Palamas» par son disciple le Patriarche Philothée Kokkinos.

Les textes sont précédés d’une introduction de 129 pages où l’éditeur/traducteur évoque sa découverte du nom de Palamas lors de sa lecture de la «Théologie mystique de l’Église d’Orient» de Vladimir Lossky, l’intérêt qu’il trouva à lire Palamas, dans le cadre, d’abord, de sa réflexion psychanalytique, et les solutions qu’il y trouva à «nombre de problèmes théoriques difficiles qu’il rencontra dans son travail quotidien d’analyste», et souligne plus généralement l’intérêt de la pensée palamite pour l’Occident, où elle reste encore largement méconnue et incomprise. Il donne ensuite une brève biographie du Docteur hésychaste telle que nous la fait connaître le Patriarche Philothée Kokkinos, puis présente les problèmes posés par la langue de Palamas et les critères de sa traduction, avant de résumer la doctrine théologique et spirituelle de Palamas en s’arrêtant sur ses principaux concepts.
En guise de préface, figurent deux lettres de félicitations : l’une du Cardinal Martini, l’autre de S. S. le patriarche Bartholomée.
Ce travail est avant tout l’œuvre d’un amateur passionné qui a travaillé seul. Malgré un résultat globalement bon, on pourra facilement lui reprocher un certain nombre de choix de traduction (comme par exemple celui du mot «atto» – acte – pour traduire «energeia») ou de fautes ponctuelles de traduction, presque inévitables pour quelqu’un qui avait au départ de solides bases philosophiques mais une expérience limitée dans le domaine de la littérature patristique et qui n’a pas pu bénéficier du soutien d’une équipe de linguistes professionnels (comme c’est le cas dans les grandes collections de textes anciens). Mais on ne peut que saluer le courage et la persévérance d’E. Perella, et rendre hommage à ce travail qui a déjà rendu et rendra encore d’énormes services à tous ceux qui s’intéressent à la pensée du grand théologien byzantin et lisent l’italien. Il faut aussi remercier l’éditeur d’avoir entrepris cette publication coûteuse dans un pays où le public n’a pas a priori beaucoup d’affinités avec la théologie et la spiritualité palamites. On souhaite que des français s’attellent à leur tour à la même tâche, en constatant que les travaux de traduction déjà anciens d’E. Ponsoye et de J. Meyendorff pour les deux premières œuvres de ce volume ont été décriées, chacun à son niveau, mais n’ont jusqu’à ce jour jamais été égalés.
Jean-Claude Larchet

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Jovan Nikoloski