Les funérailles du père Placide Deseille au monastère Saint-Antoine-le-Grand

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Le 11 janvier ont eu lieu les funérailles de l’archimandrite Placide (Deseille) au monastère Saint-Antoine-le-Grand à Saint-Laurent-en-Royan, qui est le métochion du monastère athonite de Simonos Petras. Environ 300 personnes, clercs, moines, moniales et laïcs, ont participé à l’office des funérailles, présidées par le métropolite de France Emmanuel (Patriarcat œcuménique), assisté de l’archevêque de Telmessos Job (Patriarcat œcuménique), du métropolite Joseph d’Europe occidentale et méridionale (Patriarcat de Roumanie) et de l’évêque-vicaire Marc de Neamț (Patriarcat de Roumanie), ainsi que d’une trentaine de prêtres et diacres de différentes Églises locales orthodoxes. Avant l’office des funérailles a eu lieu la liturgie célébrée par Mgr Job. L’office même des funérailles a duré environ trois heures. Le message de condoléances du patriarche œcuménique Bartholomée a été lu par le métropolite de France Emmanuel, lequel a prononcé ensuite une allocution dans laquelle il a évoqué les étapes importantes du défunt et sa contribution à la renaissance de l’orthodoxie et du monachisme contemporains. À son tour, l’archimandrite Élie, higoumène du monastère de la Transfiguration à Terrasson, a prononcé l’éloge funèbre du père Placide au nom de la communauté monastique de Simonos Petras. Pendant le repas, l’évêque Marc a lu le message de condoléances du patriarche de Roumanie Daniel, dans lequel le primat a mentionné que le père Placide « était très proche de notre pays et de notre Église. Il a témoigné que c’est d’abord en Roumanie qu’il avait découvert ‘un peuple orthodoxe et une Église qui, malgré les persécutions les plus brutales, n’avaient pas cessé de garder vivante la foi en Christ par le sang des martyrs et le sacrifice de nombreux confesseurs, et où malgré les difficultés, la vie spirituelle était florissante autour de certains pères spirituels portant le feu du Saint-Esprit ».

L’archimandrite Placide (Deseille) est né à Issy-les-Moulineaux en 1926, au sein d’une famille très diverse : d’un côté très catholique, proche des milieux monastiques, d’un autre côté, anticléricale. Son premier « contact » avec l’orthodoxie eut lieu alors qu’il était âgé de douze ans, après avoir lu un reportage sur les monastères des Météores en Grèce. En 1942, à l’âge de seize ans, il entra au monastère cistercien de Bellefontaine. Dès cette époque, il étudia les Pères de l’Église, dont particulièrement saint Jean Cassien et saint Benoît. Cet attachement aux Pères, et la vie selon leurs préceptes, ne le quittèrent pas jusqu’à son trépas. Il reçut ensuite sa formation théologique supérieure à Rome. Dans les années cinquante, il fit la connaissance, à l’Institut Saint-Serge de Paris, de l’éminent patrologue qu’était l’archimandrite Cyprien Kern et qui l’initia à saint Grégoire de Nysse, saint Maxime le Confesseur et saint Grégoire Palamas. Il a rencontré également Vladimir Lossky, dont le livre « La théologie mystique de l’Église d’Orient » le marqua profondément, au point de le qualifier de « livre explosif ». Continuant son cheminement dans le monachisme catholique, il attendait, comme beaucoup, du concile Vatican II que celui-ci marque un véritable retour à la théologie et à la liturgie des Pères. Déçu, il pensait qu’en rejoignant le rite byzantin au sein de l’Église catholique-romaine, il trouverait une réponse à sa quête d’une vie fidèle aux préceptes des Pères. C’est ainsi qu’il fonda, avec un autre moine qui partageait ses préoccupations, un ermitage à Aubazine, en Corrèze, vivant dans une ascèse très stricte et célébrant les offices selon le rite byzantin. À cette époque, il fit de nombreux voyages dans le monde orthodoxe, en Roumanie, en Serbie, en Grèce, et particulièrement au Mont Athos. Il eut de nombreuses rencontres avec les grands spirituels de cette époque, notamment le père Cléopas (Ilie, +1998) en Roumanie, le père Justin (Popović +1979), en Serbie, les pères Païssios (+1994) et Éphrem de Katounakia (1988) sur le Mont Athos. Parvenu à la conclusion que l’Église orthodoxe était l’Église des Pères, il y fut reçu par l’archimandrite Aimilianos de Simonos Petras le 19 juin 1977. En février de l’année suivante, il devint moine de cette communauté et, sur le conseil du père Aimilianos, il revint en France, où il fonda d’abord le monastère Saint-Antoine-le-Grand à Saint-Laurent-en-Royans et plus tard le monastère de la Protection-de-la-Mère de Dieu à Solan. Outre son activité de père spirituel de ces monastères, le père Placide enseigna la patristique à l’Institut Saint-Serge de Paris et continua à développer son travail de publication et de traduction. Ancien membre du secrétariat de direction de la prestigieuse collection « Sources chrétiennes », il fut également le fondateur de la collection « Spiritualité orientale » de l’abbaye de Bellefontaine en 1966. En outre, il fut l’auteur de nombreux ouvrages et traductions (voir la liste ici).

Ses traductions les plus importantes dans le domaine patristique sont l’Échelle de saint Jean Climaque, les Œuvres spirituelles de saint Macaire d’Égypte, et les Discours ascétiques de saint Isaac le Syrien. Dans le domaine liturgique, il faut citer son Psautier, traduit d’après la version grecque des Septante, qui est utilisé dans la plupart des paroisses orthodoxes francophones. Il fit également un grand nombre de conférences portant sur tous les domaines de la vie spirituelle.

Profondément attaché à la France, à ses saints anciens, sa langue qu’il maniait admirablement, et sa culture, il n’en était pas moins en communion profonde avec l’ensemble du monde orthodoxe, particulièrement les Grecs, les Roumains et les Serbes, mais aussi la Russie. S’il n’avait pu connaître celle-ci en raison du régime soviétique, il avait une profonde admiration pour son renouveau spirituel actuel, allant jusqu’à dire que ceux qui le niaient « péchaient contre le Saint-Esprit ».

À la veille de son trépas sont parues ses homélies en deux volumes intitulées La couronne de l’année chrétienne (éditions du monastère de Saint-Antoine-le-Grand), ainsi que De l’Orient à l’Occident. Orthodoxie et catholicisme (Éditions des Syrtes). Ce dernier ouvrage  contient son autobiographie complète et un certain nombre d’articles sur les différences, parfois certaines convergences, entre l’orthodoxie et le catholicisme. On peut dire que l’on y trouve le cheminement de ce grand spirituel de notre époque. Le père Placide est décédé le lendemain du jour de la Théophanie, fête qu’il aimait particulièrement, comme le révèlent les homélies qui viennent d’être publiées. Le monastère de Simonos Petras célèbre, le jour de la Nativité, ses bienheureux fondateurs. Prévenu peu avant l’office du trépas du père Placide, les moines de Simonos Petras l’ont donc commémoré avec les fondateurs. Que sa mémoire soit éternelle !

Source (dont photographie) : Afonit (complété par la rédaction).

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