23/10/2017
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L’archiprêtre Victor Potapov, recteur de la paroisse de Washington de l’Église orthodoxe russe hors-frontières : « Je crois que la réunification de l’Église russe a été le résultat des prières de saint Jean de Changhaï »

L’archiprêtre Victor Potapov, recteur de la paroisse de Washington de l’Église orthodoxe russe hors-frontières : « Je crois que la réunification de l’Église russe a été le résultat des prières de saint Jean de Changhaï »

L’archiprêtre Victor Potapov est né en 1948 dans un camp pour personnes déplacées en Allemagne de l’ouest. En 1951, sa famille s’est installée aux États-Unis. Entre autres activités, il a dirigé pendant trente ans l’émission orthodoxe de la radio « La Voix de l’Amérique » à destination de la Russie. Il est recteur de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Washington (Église orthodoxe russe hors-frontières) et a donné récemment l’interview suivante, que nos publions in extenso :

– « Ce qui est grand est vu à distance » dit-on. Que pouvez-vous dire sur la Russie aujourd’hui ?

– Nous suivons ici de près la vie ecclésiale en Russie, peut-être pas aussi attentivement qu’il le faudrait, mais nous devons nous occuper de nos propres affaires en Amérique. Nous nous occupons non seulement des Russes, mais aussi des Américains qui se convertissent à notre foi. Nous éprouvons de la peine pour la Russie, nous sommes chagrinés par les tendances négatives russophobes en Occident, particulièrement aux États-Unis. Je suis convaincu qu’il est difficile pour les gens de s’y retrouver dans la vie religieuse de la Russie. Les journalistes occidentaux font ressortir surtout les événements négatifs. Les phénomènes négatifs ont toujours été et le seront toujours, les hommes sont les hommes, et l’Église n’est pas constituée seulement de saints, mais aussi de pécheurs. On attire l’attention pour le mal et on ne remarque pas ce qui est positif dans la vie ecclésiale de la Russie. Ce qui se passe en Russie me réjouit, je ne parle pas seulement de l’extérieur : la construction de nouvelles églises etc., mais avant tout de l’aspiration des gens à la vie liturgique. Maintenant, plus d’un million de personnes [chiffre du jour de l’interview, ndt] ont vénéré les reliques de saint Nicolas. Les gens ont fait la queue pendant sept ou huit heures pour vénérer pendant une ou deux secondes les saintes reliques, prier. Cela est parlant quant à la faim spirituelle du peuple, les gens aspirent à recevoir de la nourriture spirituelle.

– Il est triste que cela soit plus d’une fois l’objet de moqueries.

– Par Facebook, des connaissances m’ont envoyé une vidéo où les correspondants du Washington Post font des commentaires ironiques et profèrent des railleries. Par exemple : les Moscovites sont prêts à attendre des heures pour vénérer les reliques de saint Nicolas, connu en Occident comme « Santa Claus ». On demande ironiquement, pourquoi ? Et eux de répondre : ils le font afin d’être en bonne santé, de passer avec succès les examens. Cela vient d’une approche superficielle, d’où l’incompréhension de ce qui se passe dans la vie ecclésiale en Russie.

– De votre avis, pourquoi certains médias russes parlement également de façon sceptique de la vie orthodoxe ?

– La nature est pécheresse chez l’homme : il est bien plus facile de discuter des choses scandaleuses, de mentionner quelque chose de mauvais, que d’avoir une discussion spirituelle, d’éprouver de la componction pour ses chutes. Comme il est dit dans l’Évangile : «Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » Il n’y a là rien de nouveau.

– Sur les sites orthodoxes, on demande aux fidèles : quelle attitude avoir envers la critique de l’Église ? Les supporter sans y prêter attention ?

– Certains prêtres en Russie ont le courage de dire : allons, renonçons au confort, aux automobiles de luxe, attirons les gens à la vie religieuse par l’exemple personnel, et non pas seulement par les paroles. Parfois, il vaut la peine de réfléchir : dans les critiques, les condamnations, y-a-t-il là des vérités ? Quant à nous, membres du clergé, il nous faut donner moins d’occasions à la critique et être effectivement à la hauteur.

– Encore une question douloureuse pour tous les orthodoxes, l’Ukraine…

– Nous vivons dans notre chair ce qui se passe en Ukraine, la moitié de nos paroissiens sont ukrainiens, je suis moi-même à moitié ukrainien, ma femme, Matouchka Maria est la petite-fille de Michel Rozdianko. Nous prions à chaque Liturgie pour la paix en Ukraine. Il y a une division ecclésiale artificielle, la haine est semée. Nous éprouvons de la peine pour S.B. le métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Onuphre. Assurément, ce n’est pas facile pour lui, il est un ascète, un spirituel authentique et s’efforce énormément de préserver la paix. Il répète à chaque occasion : le Christ doit être à la première place, et tout le reste, à la seconde. Nous continuons aussi à commémorer le patriarche Cyrille, nous prions pour le renforcement de la foi et pour l’Église en Russie et en Ukraine.

– Le dixième anniversaire de la réunification de nos Églises a été commémoré récemment : que pouvez-vous dire de cet événement ?

– Je me réjouis qu’il y a dix ans, les primats du Patriarcat de Moscou et de l’Église orthodoxe russe hors-frontières ont acquis le discernement spirituel pour surmonter la division entre les deux branches de l’Église, aller vers le rétablissement de l’unité eucharistique. Le patriarche Alexis II et le métropolite Laur d’Amérique orientale et de New York (Chkourla, 1928-2008), maintenant tous deux décédés, ont signé l’Acte de communion canonique, remédiant à la division, pendant presque quatre-vingt-dix ans, de l’Église orthodoxe russe. Il est remarquable que les deux hiérarques soient nés hors des frontières de la Russie. La patrie du patriarche, comme on le sait, était l’Estonie, tandis que le métropolite est né dans les Carpates. Malgré cela, c’est précisément eux que le Seigneur a choisis, car le patriarche et le métropolite, probablement, ont mieux compris et ressenti le caractère anormal de la situation et la nécessité d’y remédier.

– Quels points positifs voyez-vous à cela ?

– Cette mesure bénie a bénéficié à l’Église. Elle donne la possibilité à la célébration commune sans obstacle, nous sommes maintenant une seule Église, nous communions ensemble, nous célébrons ensemble. Des prêtres de Russie viennent chez nous, que nous recevons avec joie et fraternellement. Par exemple, le métropolite Hilarion de Volokolamsk est venu célébrer chez nous. Nous allons en Russie et nous y sommes également reçus avec amour. C’est ainsi que lors de la célébration du dixième anniversaire de la réunification, nous étions à Moscou, au monastère Sretensky. Nous avons commémoré cet événement important par une conférence dans l’auditorium du séminaire Sretensky. Ma conférence était intitulée « Saint Jean de Changaï, l’unificateur ». Le saint de Dieu a toujours aspiré à l’union des deux Églises, et il considérant l’Église orthodoxe russe à l’étranger comme une partie indissociable de l’Église russe.

– Vous étiez l’un des participants à ce Concile au cours duquel a été prise cette décision capitale. Pourriez-vous nous raconter comment tout cela s’est-il passé ?

– En mai 2006, à San Francisco, a eu lieu le IVème Concile de la diaspora de l’Église orthodoxe russe hors-frontières, au cours duquel a été résolu la question de la réunification. Je crois profondément que celle-ci s’est produite par les prières de saint Jean de Changhaï. Les débats au Concile ont été très difficiles, tous les participants ne se sont pas prononcés pour l’union. Les interventions ont été nombreuses, et après quelques heures l’esprit optimiste du début, pour moi comme pour beaucoup d’autres délégués, a cédé la place aux doutes : il semblait qu’il serait impossible de parvenir à une décision unanime. À un certain moment, il a été proposé de rédiger une résolution sur la question de la communion eucharistique avec le Patriarcat de Moscou. L’archiprêtre Alexandre Lebedev, secrétaire du Concile, recteur de l’église de la Transfiguration à Los Angeles, m’a dit que l’élaboration et la rédaction de la résolution se déroulaient péniblement et se trouvaient même dans une sorte d’impasse. Il a alors été décidé d’interrompre le travail, puis de se rendre à la cathédrale auprès des reliques de saint Jean de Changhaï et demander l’aide du saint de Dieu. Sur la châsse contenant les reliques a été posée le brouillon des variantes de la résolution et le nom de tous les délégués du Concile. La prière ardente établit en nous la certitude que tout se terminera comme ce sera agréable à Dieu. Après l’office d’intercession au saint, le travail sur la résolution se passa « comme sur des roulettes ». De façon inattendue, le métropolite Laur proposa de voter non sur le texte entier de la résolution, mais paragraphe par paragraphe. À la majorité des voix, les délégués adoptèrent la décision de la réunification. Je sentais que saint Jean de Changhaï était avec nous ! Et en 2007 s’est produit l’événement historique important, la signature de l’Acte du rétablissement de l’unité eucharistique.

– Parmi vos paroissiens il y a un certain nombre de jeunes, comment parvenez-vous a intéresser les enfants à l’Église, aux Etats-Unis.

– Nos parents, à nous enfants d’émigrés, nous enseignaient constamment l’importance de garder la foi orthodoxe, notre caractère russe, la langue. Malheureusement, on y parvient non sans difficultés. On s’adapte facilement à la culture américaine. Les jeunes parents qui sont arrivés récemment aux États-Unis, alors qu’ils n’étaient pas encore pratiquants en Russie, veulent attirer leurs enfants à la foi orthodoxe, à la langue russe. C’est ainsi qu’à l’ombre du clocher de l’église russe, sur le territoire de la paroisse orthodoxe, les enfants communient à la foi, à l’amour de Dieu, entendent la langue russe, participent aux différentes manifestations. Le plus important est d’inculquer l’amour envers la patrie historique, les racines spirituelles. Aider à apprécier la patrie historique, le rôle de l’Église orthodoxe dans la formation de la Russie elle-même.

– Vous voulez parler, probablement, de la vie paroissiale ?

– Nous nous efforçons de faire tout cela et autre chose, par exemple, par l’organisation des scouts. Notre équipe de scouts se réunit auprès de la paroisse deux fois par mois. Et chaque été, les enfants se reposent dans un camp qui dure deux semaines, dans un endroit pittoresque de Virginie. Les enfants montent eux-mêmes les tentes, construisent une iconostase en branches, installent les icônes. L’un de nos prêtres célèbre là-bas la Liturgie, organise en plein air des homélies avec les enfants. Il y a eu des cas de baptêmes au camp, dans l’étang. Nous, prêtres, vivons aussi dans des tentes à ce moment.

– Chez vous, on enseigne même aux jeunes paroissiens à danser…

– Il y a le groupe de danse « Matriochki ». Ce sont nos paroissiennes qui s’en occupent, elles enseignent les danses populaires russes, ensuite elles organisent des concerts dans de beaux costumes populaires. Ce n’est pas seulement le goût pour les danses qui unit les garçons et les fillettes, mais aussi l’amour envers la culture populaire russe, et le fait qu’ils peuvent faire connaissance, discuter, être des amis.

– Votre paroisse est-elle bilingue ?

– Nous célébrons deux Liturgies le dimanche – en anglais et en slavon. Parmi les paroissiens, il y a des Américains, des Roumains, des Serbes, même des Chinois. Après le premier office, les fidèles anglophones vont au réfectoire pour le petit-déjeuner, après le second, tous au déjeuner. Tous les repas sont organisés par nos paroissiens. Il y a une école du dimanche en russe, l’autre en anglais. Le catéchisme y est enseigné. C’est ainsi que nous nous faisons nos efforts pour garder nos enfants dans la foi et la culture orthodoxes.

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Jovan Nikoloski