Métropolite Job de Pisidie : « Guérison des mémoires et unité chrétienne – 60 ans après la levée des anathèmes (1965-2025) »

Nous vous proposons de lire la conférence prononcée par le métropolite Job de Pisidie. Le métropolite Job de Pisidie (Patriarcat œcuménique), co-président orthodoxe de la Commission mixte internationale pour le dialogue catholique-orthodoxe, lors de la conférence publique à Rome le 21 janvier 2026.

« 1054 dans l’imaginaire chrétien

L’année 1054 reste une année tragique dans l’imaginaire chrétien. Pour beaucoup, elle représente le moment dramatique de la division entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe, souvent identifié comme le « Grand Schisme de 1054 ». C’est ce qu’on peut encore lire, hélas, dans la plupart des encyclopédies et dictionnaires ainsi que dans les catéchismes de nos Églises. Pendant des siècles, malheureusement, nous avons longtemps cherché à nourrir cet imaginaire et à désigner le coupable.

Au XIXe siècle, le père Wladimir, né René-François Guettée, prêtre catholique français converti à l’orthodoxie, dans l’un de ses nombreux ouvrages d’histoire religieuse, sous le titre évocateur : La Papauté schismatique, publié en 1863, peu après sa conversion, décrit les événements tragiques de 1054 :

« Le patriarche Michel refusa de communiquer avec les légats. Il savait sans doute que l’empereur voulait, de parti pris, sacrifier l’Église grecque à la papauté, pour obtenir quelque secours pour son trône ; la lettre qu’il avait reçue du pape l’instruisait assez de ce qu’on entendait à Rome par le mot union. Les légats se rendirent à Sainte Sophie à l’heure où le clergé se préparait pour la messe. Ils se plaignirent à haute voix de l’obstination du patriarche et mirent sur l’autel une sentence d’excommunication lancée contre lui. Ils sortirent de l’église en secouant la poussière de leurs pieds et en prononçant anathème contre ceux qui ne communiqueraient pas avec les Latins. Tout cela fut fait du consentement de l’empereur ; ce qui e x plique pourquoi le patriarche n’avait voulu avoir aucune relation avec les légats. Le peuple, convaincu de la connivence de l’empereur avec ces envoyés, s’était ameuté. Au moment du danger, Constantin fit quelques concessions. Les légats protestèrent que leur sentence d’excommunication n’avait pas été lue telle qu’elle était ; que le patriarche avait eu à leur égard les desseins les plus cruels et les plus perfides. Quoi qu’il en soit, et quand bien même Michel aurait été coupable de ces mauvais desseins, leur manière d’agir n’en aurait été ni plus digne ni plus canonique. On a fait un autre reproche au patriarche Michel : celui d’avoir porté contre l’Église latine des accusations sans fondement. Plusieurs, en effet, étaient exagérées ; mais on n’a pas voulu remarquer que, dans sa lettre, le patriarche ne fut que l’écho des Églises d’Orient. Depuis que la papauté avait voulu imposer son autocratie, une forte réaction s’était opérée dans toutes ces Églises. Sous l’impulsion de ce sentiment, on avait recherché tout ce que l’on pouvait reprocher à cette Église romaine, qui, dans la personne des évêques, se donnait comme la gardienne infaillible de la saine doctrine. Michel Cerularius ne fut que l’interprète de ces reproches; il n’aurait jamais eu assez d’influence pour imposer ses griefs vrais ou prétendus à l’Orient chrétien, et ceux qui ont voulu le donner comme le consommateur du schisme commencé sous Photius n’ont apprécié les faits que d’une manière superficielle. »[1]

Malgré le ton polémique, il est remarquable que Guettée reconnaisse dans ce passage que d’une part, beaucoup d’accusations portées contre l’Église latine par le patriarche Michel Cérulaire « en effet, étaient exagérées », et d’autre part, « ceux qui voulurent le présenter comme le consommateur du schisme commencé sous Photius n’apprécièrent les faits que d’une manière superficielle ».

Un siècle plus tard, nous avons une autre lecture des faits par l’illustre assomptionniste et byzantiniste catholique français Martin Jugie. Dans son ouvrage non moins polémique publié à Paris en 1941 et intitulé Le schisme byzantin, qu’il juge être le « schisme de Cérulaire » et dont il tente de retracer les causes lointaines, parmi lesquelles il mentionne « l’ambition des patriarches de Constantinople, qui les poussa à vouloir s’égaler à tout prix aux évêques de Rome », l’auteur énumère finalement parmi les causes directes du schisme « les antipathies de race, l’orgueil national et les rivalités politiques » entre Grecs et Latins et reconnaît comme causes indirectes de ce « schisme » la diversité et l’ignorance mutuelle des langues grecque et latine, ainsi que l’évolution autonome des deux Églises dans le domaine théologique, canonique et liturgique, où le point le plus important selon lui fut l’addition du Filioque au Credo de Nicée, introduite à Rome au début du XIe siècle, et jamais reconnue par l’Orient.

Au-delà du ton polémique de l’époque, le mérite de Jugie est d’avoir remis en question, en montrant son inexactitude, le point de vue perpétué au fil des siècles selon lequel « le schisme de Michel Cérulaire » de 1054 aurait été le schisme définitif entre l’Orient et l’Occident. Jugie écrit :

« Dans le recul de l’histoire, les excommunications réciproques de juillet 1054 ont été considérées comme le terme fatal des schismes qui, pendant de longs siècles, séparèrent périodiquement l’Église byzantine de l’Église d’Occident, et l’on a vu en Michel Cérulaire l’auteur du schisme définitif. En fait, quand on examine les documents de près, on s’aperçoit que ces anathèmes n’avaient pas la portée générale qu’on a voulu leur attribuer. Les légats romains n’ont pas lancé les leurs contre l’Église byzantine, mais contre un de ses patriarches et certains de ses clercs. Leur sentence elle-même paraît, du point de vue canonique, dénuée de toute valeur et n’a jamais été approuvée par le Saint-Siège. Quant à l’excommunication des légats par Michel Cérulaire et son synode permanent, elle n’atteint ni le pape, ni l’ensemble de l’Église d’Occident ; c’est une simple mesure de représailles contre des étrangers insolents, qui ont osé élever contre Cérulaire et son clergé les accusations les plus fantaisistes, et en qui on n’a voulu voir que les émissaires du duc d’Italie, Argyros. Au lieu de parler de schisme définitif, il serait sans doute plus exact de dire que nous sommes en présence de la première tentative de réunion avortée. »[2]

Indépendamment de son parti pris, le mérite de l’étude de Jugie est d’avoir souligné que les anathèmes de 1054 ne visaient pas les Églises locales, mais des personnes concrètes ; que la bulle d’excommunication déposée sur l’autel de Sainte-Sophie par le cardinal bénédictin français Humbert de Silva Candida n’avait aucune validité canonique puisque le pape Léon IX était mort trois mois plus tôt, et surtout, que les événements de 1054 devaient être considérés non pas comme l’accomplissement d’un schisme, mais plutôt comme une tentative infructueuse de restaurer la communion entre les Églises.

Ces remarques judicieuses permirent dans les années qui suivirent au XXe siècle de « démythifier » le prétendu « schisme » de 1054. C’est ce que fit le dominicain français Yves Congar dans son ouvrage intitulé Neuf cents ans après, Notes sur le « Schisme oriental », où il considère l’excommunication déposée sur l’autel de Sainte-Sophie le 16 juillet 1054 comme un « monument d’inimaginable incompréhension » et un geste entaché d’invalidité, soulignant qu’il ne s’agissait que d’un épisode d’importance secondaire dans une longue évolution, commencée bien avant et se poursuivant bien après, qu’il qualifia d’« estrangement » progressif[3] (il forgea ce terme à partir de l’anglais, faute d’avoir trouvé un mot français adéquat).

Ainsi, « le grand schisme de 1054 » ressemble davantage à une construction grossière d’historiographes et de polémistes dans l’imaginaire chrétien qu’à un fait historique.

Livrer ces excommunications à l’oubli

La suite des travaux des théologiens contribua non seulement à « démythifier » le « schisme de 1054 » mais alla même plus loin : effacer ces anathèmes de la mémoire de l’Église. De même que la cause de ces excommunications avait été l’incompréhension de personnes concrètes, la levée de ces anathèmes fut rendue possible par la rencontre, la sincérité et l’engagement de deux personnes qui croyaient profondément en l’unité de l’Église : le pape Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras.

D’une part, cela fut rendu possible grâce à l’ouverture de l’Église catholique romaine envers les autres Églises, et particulièrement envers l’Orient chrétien, durant le concile Vatican II qui déclara dans son décret sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio, promulgué en novembre 1964 : « C’est pourquoi le Concile exhorte tout le monde, mais surtout ceux qui se proposent de travailler à l’instauration de la pleine communion souhaitée entre les Églises orientales et l’Église catholique, à bien considérer cette condition particulière des Églises d’Orient, à leur naissance et dans leur croissance », rappelant que « les Églises d’Orient possèdent depuis leur origine un trésor auquel l’Église d’Occident a puisé beaucoup d’éléments de la liturgie, de la tradition spirituelle et du droit », avant de conclure : « Tout le monde doit savoir qu’il est très important de connaître, vénérer, conserver, développer, le si riche patrimoine liturgique et spirituel de l’Orient pour conserver fidèlement la plénitude de la tradition chrétienne et pour réaliser la réconciliation des chrétiens orientaux et occidentaux. »[4]

D’autre part, cela fut également rendu possible par l’intérêt de l’Église orthodoxe pour les Églises chrétiennes d’Occident durant les conférences panorthodoxes convoquées à Rhodes par le patriarche œcuménique Athénagoras dans les années 1960, qui donnèrent le feu vert à l’établissement de dialogues avec ces Églises et à l’envoi d’observateurs orthodoxes au concile Vatican II.

Un événement historique significatif eut lieu il y a soixante ans précisément à la fin du concile Vatican II : la levée des regrettables anathèmes de l’année 1054. Durant une cérémonie célébrée simultanément à Rome dans la basilique Saint-Pierre et dans l’église patriarcale Saint-Georges au Phanar le 7 décembre 1965. Dans leur déclaration commune, le pape Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras observèrent que :

« Parmi les obstacles qui se trouvent sur le chemin du développement de ces rapports fraternels de confiance et d’estime, figure le souvenir des décisions, actes et incidents pénibles, qui ont abouti en 1054 à la sentence d’excommunication portée contre le patriarche Michel Cérulaire et deux autres personnalités par les légats du siège romain, conduits par le cardinal Humbert, légats qui furent eux-mêmes ensuite l’objet d’une sentence analogue de la part du patriarche et du synode constantinopolitain. »[5]

En outre, ils reconnurent à juste titre le caractère personnel et exagéré de ces anathèmes qui au fil des siècles aboutirent à l’« estrangement » des Églises :

« On ne peut faire que ces événements n’aient pas été ce qu’ils ont été dans cette période particulièrement troublée de l’histoire. Mais aujourd’hui qu’un jugement plus serein et plus équitable a été porté sur eux, il importe de reconnaître les excès dont ils ont été entachés et qui ont amené ultérieurement des conséquences dépassant, autant que nous pouvons en juger, les intentions et les prévisions de leurs auteurs dont les censures portaient sur les personnes visées et non sur les Églises et n’entendaient pas rompre la communion ecclésiastique entre les sièges de Rome et de Constantinople. »[6]

Par conséquent, les deux primats non seulement affirmèrent « regretter les paroles offensantes, les reproches sans fondement, et les gestes condamnables qui, de part et d’autre, ont marqué ou accompagné les tristes événements de cette époque », mais décidèrent même prophétiquement « enlever de la mémoire et du milieu de l’Église les sentences d’excommunication qui les ont suivis, et dont le souvenir opère jusqu’à nos jours comme un obstacle au rapprochement dans la charité », et même, de « les vouer à l’oubli ».[7]

Cela constitue une déclaration forte et courageuse. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement en termes pratiques ? Cela signifie qu’il n’y a pas de schisme consommé entre les deux Églises, comme on le croit encore malheureusement largement dans l’imaginaire chrétien. Cela signifie que les regrettables événements de 1054 sont oubliés et effacés de la mémoire des deux Églises sœurs.

Le début d’un nouveau chapitre de l’histoire chrétienne

Après la levée des anathèmes mutuels de 1054, l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe se trouvent dans un état similaire de communion rompue que les Églises de Rome et de Constantinople connurent au début du XIe siècle. Pour corriger ce problème, le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras avaient auparavant initié, lors de leur rencontre historique et prophétique à Jérusalem en janvier 1964, un dialogue de la charité. Ce dialogue de la charité devait conduire à un dialogue de la vérité par la création, en 1979, de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe, sur un pied d’égalité, d’un commun accord entre le pape Jean-Paul II et le patriarche œcuménique Dimitrios.

Le but de cette commission, dès le début, était très clair : la restauration de la pleine communion entre les deux Églises, fondée sur l’unité de la foi selon l’expérience et la tradition communes de l’Église primitive, la tradition commune du premier millénaire, comme on peut le lire dans le plan de la commission établi à Rhodes en 1980.

Depuis plus de quarante-cinq ans, la Commission mixte internationale a travaillé sans relâche, sans se laisser troubler ni distraire par des personnes ignorantes, obscurantistes ou fondamentalistes. Et aujourd’hui, nous sommes en mesure de récolter quelques fruits de ce travail.

Ayant commencé par considérer ce que les deux Églises ont en commun – c’est-à-dire une compréhension commune des sacrements de l’Église et de la nature sacramentelle de l’Église – la Commission a ensuite pu aborder la question de la synodalité et de la primauté. Le génie du document de Ravenne de 2007 réside précisément dans son insistance sur le fait que l’épineuse question de la primauté romaine ne pouvait être séparée de la question de la synodalité, parce que primauté et synodalité sont interdépendantes. En effet, d’une part, nul ne peut être le premier en étant tout seul, sans les autres, et d’autre part, il ne peut y avoir d’assemblée, de synode, sans une présidence. Et le document de Ravenne a précisé que cela est vrai à trois niveaux de l’expérience ecclésiale : au niveau local de l’éparchie, au niveau régional du synode épiscopal, et au niveau universel, dans la communion des Églises patriarcales et autocéphales.

Le document de Chieti de 2016 a ensuite approfondi la question en examinant de plus près la tradition partagée du premier millénaire, qui est considérée comme normative pour les deux Églises. Et plus récemment, le document d’Alexandrie de 2023 a étudié les développements de l’administration ecclésiale tant en Orient qu’en Occident durant le second millénaire et a conclu que : « L’Église ne peut être correctement comprise comme une pyramide, avec un primat gouvernant depuis le sommet, mais elle ne peut pas non plus être correctement comprise comme une fédération d’Églises autosuffisantes. »[8]

Personnellement, je suis convaincu que les travaux de la Commission mixte internationale ont inspiré le renouveau de la synodalité au sein de l’Église catholique romaine ces dernières années, durant le pontificat du pape François : un renouveau qui inspire une certaine « décentralisation » de l’Église catholique romaine, remettant ainsi en question la prétendue « juridiction universelle » du pape, et qui, en ce sens, semble prometteur aux yeux des orthodoxes attentifs. Sur ce point, le pape Léon XIV semble vouloir poursuivre l’approche de son prédécesseur.

Ayant progressé dans le dialogue sur la vérité, la commission semble prête à ce stade de l’histoire à affronter et à discuter, dans un climat d’objectivité scientifique et de confiance mutuelle, les questions qui ont longtemps divisé les Églises. Les questions telles que l’infaillibilité ou le Filioque, cette dernière souvent considérée comme la cause majeure de la rupture de communion entre Rome et Constantinople au début du XIe siècle, sont maintenant étudiées par la Commission.

Concernant cette seconde question, il convient de rappeler que le document de 2003 de la Consultation théologique orthodoxe-catholique nord-américaine intitulé : « Le Filioque : une question qui divise l’Église ? Une déclaration commune » recommandait « que l’Église catholique, en conséquence de la valeur dogmatique normative et irrévocable du Credo de 381, utilise le texte grec original seul pour faire les traductions de ce Credo à usage catéchétique et liturgique »[9], c’est-à-dire sans le Filioque.

De fait, la même recommandation a été répétée en 2024 dans la Déclaration commune de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre la Fédération luthérienne mondiale et l’Église orthodoxe sur l’ajout de la clause du Filioque au symbole de foi de Nicée-Constantinople, qui suggérait « que la traduction à partir de l’original grec (sans le Filioque) soit utilisée dans l’espoir que cela contribue à la guérison des divisions séculaires entre nos communautés et nous permettra de confesser ensemble la foi des conciles œcuméniques de Nicée (325) et de Constantinople (381). »

À cet égard, un événement récent nous procure une joie particulière : lors de la commémoration œcuménique des martyrs de la foi du XXIe siècle, présidée par Sa Sainteté le pape Léon XIV, dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome, le 14 septembre 2025, le Credo de Nicée-Constantinople fut récité, en italien, sans le Filioque. Un détail important qui démontre que les choses avancent et que le dialogue théologique porte ses fruits.

Dans le même esprit, plus récemment encore, à la veille de sa visite au Patriarcat œcuménique et de la célébration du 1700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée, le pape Léon XIV cite la phrase du Credo de Nicée-Constantinople sans le Filioque dans sa lettre apostolique (encyclique) In Unitate Fidei, promulguée le 23 novembre 2025. Cette remarque, dans une encyclique papale, est d’une importance capitale car la reconnaissance officielle de cette addition par le pape lui-même met fin à un millénaire de controverse.

Dans le même esprit, lors de la prière commune du 28 novembre 2025, célébrant l’anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée, sur le lieu même où il s’était tenu, présidée par le pape Léon XIV et le patriarche œcuménique Bartholomée en présence du patriarche d’Alexandrie, des délégués officiels des anciens patriarcats d’Antioche et de Jérusalem, et des représentants de toutes les Églises orthodoxes orientales et des communions chrétiennes protestantes mondiales, le Credo de Nicée-Constantinople fut récité ensemble sans l’addition du Filioque.

Bien sûr, cela ne se produisit pas non plus pour la première fois. Déjà en 1987, lors de la visite officielle du patriarche œcuménique Dimitrios à Rome, le Credo de Nicée-Constantinople fut récité en grec original sans le Filioque tant par le pape Jean-Paul II que par le patriarche œcuménique. La même chose se produisit avec le pape Benoît XVI et le pape François à plusieurs occasions liturgiques officielles similaires. Cela prouve que le Filioque n’est pas un dogme de l’Église catholique romaine : autrement ces trois papes devraient être considérés comme hérétiques par leur propre Église – mais ce n’est heureusement pas le cas !

Comme l’ont indiqué en diverses occasions le pape Léon XIV et le patriarche œcuménique Bartholomée, la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe a le mandat officiel des deux Églises de travailler à la restauration de la pleine communion ecclésiale entre les deux Églises. En affirmant dans son discours au pape Léon le 30 novembre que « nous ne pouvons que prier pour que des questions telles que le Filioque et l’infaillibilité soient résolues de telle sorte que leur compréhension ne serve plus de pierres d’achoppement à la communion de nos Églises », le patriarche œcuménique Bartholomée n’a pas demandé au pape plus qu’il ne peut donner, mais a donné l’espoir que la restauration de la communion entre les deux Églises, interrompue il y a un millénaire, pourrait bientôt être rétablie à condition que les chrétiens divisés accordent leur bonne volonté à cette fin.

Verrons-nous la restauration de la pleine communion entre nos deux Églises avant 2054 ? Le dialogue théologique entrepris entre les deux Églises sœurs a cet objectif concret, non pas en cherchant à parvenir à un compromis ni à trahir l’orthodoxie de la foi, mais, au contraire, à la restaurer sur la base de la tradition commune du premier millénaire. Plusieurs accords théologiques importants ont été conclus dans cette direction ces dernières décennies. À cette fin, les théologiens travaillent d’arrache-pied, avec toute l’objectivité scientifique et la vérité. Mais il est encore nécessaire que les fruits de leur travail soient reçus non seulement par l’épiscopat et le clergé, mais aussi par tout le plérôme de l’Église, afin de purifier l’imaginaire chrétien. D’où l’importance de faire mieux connaître ces déclarations et ces documents. C’est pourquoi nous devons travailler à la réception des accords. C’est la seule façon pour que notre désir d’unité chrétienne devienne une réalité dans un avenir proche.


[1]M. l’abbé Guettée, La Papauté schismatique ou Rome dans ses rapports avec l’Église orientale, Paris, Librairie de l’Union chrétienne, 1863, p. 363-364.

[2]Martin Jugie, Le schisme byzantin, aperçu historique et doctrinal, Paris, P. Lethielleux, 1941, p. 230.

[3]Yves Congar, Neuf cents ans après, Notes sur le « Schisme oriental », Éditions de Chevetogne, 1954, p. 77.

[4]Concile Vatican II, Décret sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio, 14-15.

[5]Déclaration commune catholique-orthodoxe de Sa Sainteté le pape Paul VI et du patriarche œcuménique Athénagoras Ier, 7 décembre 1965, 2.

[6]Ibid., 3.

[7]Ibid., 4.

[8]Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe, « Synodalité et primauté au second millénaire et aujourd’hui », Alexandrie, 2023, paragraphe 5.1.

[9]Consultation théologique orthodoxe-catholique nord-américaine : « Le Filioque : une question qui divise l’Église ? Une déclaration commune », IV. »

À propos de l'auteur

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Jivko Panev

Jivko Panev, cofondateur et journaliste sur Orthodoxie.com. Producteur de l'émission 'Orthodoxie' sur France 2 et journaliste.
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