Bertrand Vergely : « Qu’est-ce que la philosophie ? »
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La première conférence, intitulée « Qu’est-ce que la philosophie ? », donnée par Bertrand Vergely dans le cadre des « Lundis de Port-Royal » organisés par Orthodoxie.com a eu lieu le 29 septembre dernier. Nous vous invitons à regarder ci-dessous un extrait de la conférence. Les abonnés d’Orthodoxie.com peuvent voir l’intégralité de la conférence.

Extrait de la conférence :

TRANSCRIPTION:

Je vous salue tous et toutes. Je suis très fier, très honoré, très content d’être parmi vous pour ouvrir un cycle de conférences sur la philosophie, et la relation entre la philosophie la théologie, et ce qu’on peut appeler, et qui est souvent mal défini, la religion.

Donc j’ai prévu une dizaine de conférences, aujourd’hui je vais parler de la philosophie,  puis de la métaphysique,  de la théologie,  de la science, et puis ensuite je vais parler de Dieu.  Et puis après je voudrais revenir sur les preuves de l’existence de Dieu,  c’est-à-dire la preuve ontologique,  qui est la preuve cosmologique, la preuve physico-théologique.  Et puis je  parlerai de la mort de Dieu. Et de la relation qu’il peut y avoir entre le Christ et la philosophie.

Alors aujourd’hui, nous allons nous pencher sur la question de la philosophie. Qu’est-ce que c’est que la philosophie? Pour vous parler de la philosophie, je vais prendre un petit peu de recul, et vous parler d’une expérience qui me paraît fondatrice en philosophie, et qui permet de comprendre ce que penser veut dire.

Nietzsche dit à plusieurs reprises que la philosophie est un style de vie.  Ce style de vie, c’est la vie avec la pensée.  Mais vous me direz,  qu’est-ce que c’est que la pensée?  Je crois que pour comprendre la pensée,  il faut partir du livre 6 de la République de Platon, où celui-ci définit les quatre degrés de la connaissance, quatre degrés permettant de comprendre ce qu’est la pensée.

Le premier degré de la connaissance, nous dit Platon, est de l’ordre des impressions sensibles, des apparences.  Dit tel quel,  cela ne veut pas dire grand-chose,  c’est un peu abstrait.  Mais si nous traduisons Platon,  nous apercevons que les impressions sensibles, les apparences,  ça renvoie aux pensées, c’est-à-dire aux images qui naissent du fait des stimuli extérieurs, qui s’impriment à l’intérieur de nous. Nous fermons les yeux,  et nous sommes plein de pensées.  Nous sommes dans un brouhaha de la pensée.  Nous sommes dans un chaos mental, nous sommes bombardés par des impressions.  Et penser veut dire avoir des images, mais également renvoyer des impressions.  Notre première expérience de la pensée est impressionniste. Les choses font des impressions sur nous et nous répercutons ces impressions. Quand quelqu’un nous dit: qu’est-ce que tu en penses? nous disons : ben voilà, j’aime, j’aime pas, ça me fait tel effet, et nous répercutons des impressions.

Bien évidemment, ça n’est pas grandiose,  mais c’est le début de la pensée. Et toute pensée commence par des impressions. Spinoza appelle ça, dans l’Éthique, la connaissance par ouï-dire. J’en ai entendu parler.  Je vois,  j’en entends parler. Ça correspond assez à ce que nous voyons à la télévision, à ce que nous écoutons à la radio. Nous écoutons la rumeur du monde, qui suscite en nous un certain nombre d’impressions.

Le deuxième état de la pensée est déjà beaucoup plus élaboré,  Platon l’appelle celui de la croyance, pistis.  Qu’est-ce que c’est qu’une croyance? Je pense qu’une croyance est un système mental représentatif, une image que l’on se fait du monde, à partir des intérêts, des expériences, de l’imagination, des désirs, de l’imaginaire qui est le nôtre.  Tout le monde a des croyances, tout le monde s’est forgé un certain système mental. Les sociétés ont des croyances, des représentations, des mythes, des images, qui permettent de structurer leur imaginaire. Elles croient en un certain nombre d’images qu’elle se sont faites du monde,  et cette croyance permet de donner une cohérence à l’existence.  Et à l’être humain de pouvoir fonctionner, sachant qu’un être humain est quelqu’un qui a besoin d’avoir une image du monde pour pouvoir traverser l’existence.

Le troisième niveau de la pensée relève de l’image rigoureuse que l’on peut se faire du monde, en fonction des sciences, et notamment de la méthode scientifique. Qu’est-ce qui caractérise la science? Ce qui caractérise la science, c’est la méthode. C’est le fait que quand un scientifique pense, il n’est pas dans le croire, mais il est dans la méthode, c’est-à-dire qu’il avance des pensées rigoureuses, parce que celles-ci sont soit enchaînées selon un processus déductif, soit vérifiées selon un protocole expérimental.

Le propre de la science,  ce n’est pas d’avoir des impressions,  ce n’est pas de se faire une image subjective du monde en fonction des intérêts qui sont ceux des êtres humains. Le propre de la science, c’est de parler en fonction d’une méthode. Et de dire des choses qu’elle a déduites ou vérifiées.

Pour Platon, nous avons là les stades préliminaires de la réflexion. Mais nous ne sommes pas encore dans la pensée au sens fort du terme. Pourquoi? Parce que pour accéder à la pensée au sens fort du terme, il faut aller au-delà de l’impression, des croyances ou des sciences.

Alors, je vais dire ce que Platon dit dans son langage, et puis je vais le traduire dans ce qui est le mien. La véritable connaissance pour Platon, ne consiste pas à énoncer, produire un discours rigoureux à partir de ce qui existe. La véritable connaissance, c’est ce qui se passe quand on saisit la chose même, pour reprendre un terme de Husserl et de la phénoménologie,  c’est-à-dire qu’on dit ce qui caractérise véritablement une chose. Là, nous sommes dans l’essence, nous sommes dans l’essentialité. Nous disons quelque chose qui fait que ce qui est, est ce qu’il est. Platon l’appelle l’identité. L’identité, ça renvoie à la spécificité d’une chose. À ce qui fait qu’elle est elle-même et pas autre chose. Ça renvoie à son caractère unique. Et nous dirons que lorsqu’on épure la connaissance, à force de partir des impressions, d’aller vers les croyances, d’avoir une connaissance méthodique, eh bien à un moment on arrive, à force de travail, difficile, à saisir l’essence de quelque chose.

Qu’est-ce qui fait l’essence de quelque chose?  Bien évidemment, c’est sa spécificité. Mais derrière la spécificité, il y a quelque chose de tout à fait étonnant, c’est ce qu’on pourrait appeler les constantes. Une chose obéit à des constantes. Pourquoi? Parce qu’il y a dans l’univers des constantes. Il y a une identité fondamentale de l’univers. Qu’est-ce que c’est que cette identité fondamentale de l’univers? Cette identité fondamentale de l’univers est ce qu’on peut appeler le point le plus étonnant de l’expérience de la pensée humaine. Ce point essentiel de l’univers n’est pas de l’ordre de la connaissance intellectuelle, mais il est de l’ordre de l’éthique. Si quelque chose est ce qu’il est et a une identité, c’est parce qu’il y a une identité fondamentale dans l’univers, et cette identité fondamentale dans l’univers, elle est de l’ordre de la justice et de ce que Platon appelle le bien.  Si quelque chose est ce qu’il est, c’est parce qu’il y a dans l’univers quelque chose qui pense qu’il est bon que l’univers existe et que chaque chose soit ce qu’elle est.

La conférence dans son integralité :

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