Déclaration commune du pape François, du patriarche Bartholomée et de l’archevêque de Canterbury sur la protection de l’environnement

Le patriarche œcuménique Bartholomée de Constantinople, le pape François et Justin Welby, archevêque de Canterbury, ont publié un message commun pour la protection de la création, le 1er septembre 2021, Journée mondiale de prière pour la protection de la création. A la veille de la conférence de Glasgow – COP26 de novembre prochain – sur les changements climatiques, ils font appel à la « responsabilité individuelle et collective » de tous : « Nous appelons chacun, quelle que soit sa croyance ou sa vision du monde, à s’efforcer d’écouter le cri de la terre et des pauvres, à examiner son comportement et à s’engager à faire des sacrifices significatifs pour le bien de la terre que Dieu nous a donnée ». Nous vous proposons ci-dessous le texte complet de ce message dans sa version français publiée sur le site catholique Zenit.

Pendant plus d’un an, nous avons tous subi les effets dévastateurs d’une pandémie mondiale – tous, pauvres ou riches, faibles ou forts. Certains étaient plus protégés ou plus vulnérables que d’autres, mais la propagation rapide de l’infection a fait que nous avons dépendu les uns des autres dans nos efforts pour rester en sécurité. Nous avons réalisé que, face à cette calamité mondiale, personne n’est en sécurité tant que tout le monde ne l’est pas, que nos actions ont réellement une incidence les unes sur les autres et que ce que nous faisons aujourd’hui a une incidence sur ce qui se passera demain.

Ces leçons ne sont pas nouvelles, mais nous avons dû les affronter à nouveau. Puissions-nous ne pas gâcher ce moment. Nous devons décider du genre de monde que nous voulons laisser aux générations futures. Dieu nous le demande : « Choisis la vie, pour que toi et tes enfants viviez » (Dt 30,19). Nous devons choisir de vivre différemment ; nous devons choisir la vie.

Le mois de septembre est célébré par de nombreux chrétiens comme la saison de la création, une occasion de prier et de prendre soin de la création de Dieu. Alors que les dirigeants mondiaux se préparent à se réunir en novembre à Glasgow pour délibérer sur l’avenir de notre planète, nous prions pour eux et réfléchissons aux choix que nous devons tous faire. En conséquence, en tant que responsables de nos Eglises, nous appelons chacun, quelle que soit sa croyance ou sa vision du monde, à s’efforcer d’écouter le cri de la terre et des pauvres, à examiner son comportement et à s’engager à faire des sacrifices significatifs pour le bien de la terre que Dieu nous a donnée.

L’importance de la durabilité

Dans notre tradition chrétienne commune, les Écritures et les saints offrent des perspectives éclairantes pour comprendre à la fois les réalités du présent et la promesse de quelque chose de plus grand que ce que nous voyons dans le moment présent. Le concept d’intendance, c’est-à-dire de responsabilité individuelle et collective à l’égard de ce que Dieu nous a donné, constitue un point de départ essentiel pour la durabilité sociale, économique et environnementale. Dans le Nouveau Testament, nous lisons l’histoire de l’homme riche et insensé qui emmagasine de grandes quantités de grains tout en oubliant sa finitude (Lc 12, 13-21). Nous apprenons l’histoire du fils prodigue qui prend son héritage plus tôt que prévu, pour le dilapider et finir par avoir faim (Lc 15, 11-32). Nous sommes mis en garde contre l’adoption d’options à court terme et apparemment peu coûteuses, consistant à construire sur le sable, au lieu de bâtir sur le roc pour que notre maison commune résiste aux tempêtes (Mt 7, 24-27). Ces histoires nous invitent à adopter une vision plus large et à reconnaître notre place dans l’histoire de l’humanité.

Demain pourrait être pire. Les enfants et les adolescents d’aujourd’hui seront confrontés à des conséquences catastrophiques si nous n’assumons pas dès maintenant notre responsabilité, en tant que « compagnons de travail de Dieu » (Gn 2.4-7), de soutenir notre monde. Nous entendons souvent des jeunes qui comprennent que leur avenir est menacé. Pour leur bien, nous devons choisir de manger, de voyager, de dépenser, d’investir et de vivre différemment, en pensant non seulement aux intérêts et aux gains immédiats, mais aussi aux bénéfices futurs. Nous nous repentons des péchés de notre génération. Nous nous tenons aux côtés de nos jeunes sœurs et frères du monde entier dans une prière et une action engagées pour un avenir qui corresponde toujours plus aux promesses de Dieu.

L’impératif de coopération

Au cours de la pandémie, nous avons appris à quel point nous sommes vulnérables. Nos systèmes sociaux se sont effilochés et nous avons constaté que nous ne pouvions pas tout contrôler. Nous devons reconnaître que la façon dont nous utilisons l’argent et organisons nos sociétés n’a pas profité à tous. Nous nous retrouvons faibles et anxieux, submergés par une série de crises : sanitaires, environnementales, alimentaires, économiques et sociales, qui sont toutes profondément interconnectées.

Ces crises nous placent devant un choix. Nous sommes dans une position unique : soit nous les abordons avec myopie et en cherchant à faire du profit, soit nous les saisissons comme une opportunité de conversion et de transformation. Si nous considérons l’humanité comme une famille et travaillons ensemble à un avenir fondé sur le bien commun, nous pourrions nous retrouver à vivre dans un monde très différent. Ensemble, nous pouvons partager une vision de la vie où chacun s’épanouit. Ensemble, nous pouvons choisir d’agir avec amour, justice et miséricorde. Ensemble, nous pouvons marcher vers une société plus juste et épanouissante, en plaçant les plus vulnérables au centre.

Mais nous avons pris la direction opposée. Nous avons maximisé notre propre intérêt au détriment des générations futures. En nous concentrant sur notre richesse, nous constatons que les actifs à long terme, y compris la générosité de la nature, sont épuisés pour des avantages à court terme. La technologie a ouvert de nouvelles possibilités de progrès, mais aussi d’accumulation de richesses sans limite, et nombre d’entre nous se comportent d’une manière qui témoigne d’un manque d’intérêt pour les autres ou pour les limites de la planète. La nature est résiliente, mais délicate. Nous sommes déjà témoins des conséquences de notre refus de la protéger et de la préserver (Gn 2.15). Maintenant, en cet instant, nous avons l’occasion de nous repentir, de faire demi-tour avec détermination, de prendre la direction opposée. Nous devons rechercher la générosité et l’équité dans notre façon de vivre, de travailler et d’utiliser l’argent, au lieu de rechercher égoïstement le gain.

L’impact sur les personnes vivant dans la pauvreté

La crise climatique actuelle en dit long sur qui nous sommes et sur la façon dont nous considérons et traitons la création de Dieu. Nous sommes confrontés à une justice sévère : la perte de biodiversité, la dégradation de l’environnement et le changement climatique sont les conséquences inévitables de nos actions, puisque nous avons consommé avec avidité plus de ressources que ce que la planète peut supporter. Mais nous sommes également confrontés à une profonde injustice : les personnes qui subissent les conséquences les plus catastrophiques de ces abus sont les plus pauvres de la planète et celles qui ont le moins contribué à les provoquer. Nous servons un Dieu de justice, qui se réjouit de la création et crée chaque personne à l’image de Dieu, mais qui entend aussi le cri des personnes pauvres. En conséquence, il y a en nous un appel inné à répondre avec angoisse lorsque nous sommes témoins d’une injustice aussi dévastatrice.

Aujourd’hui, nous en payons le prix. Les conditions météorologiques extrêmes et les catastrophes naturelles de ces derniers mois nous révèlent à nouveau avec force et à un coût humain élevé que le changement climatique n’est pas seulement un défi futur, mais une question immédiate et urgente de survie. Des inondations, des incendies et des sécheresses généralisés menacent des continents entiers. Le niveau des mers monte, obligeant des communautés entières à se déplacer ; les cyclones dévastent des régions entières, ruinant vies et moyens de subsistance. L’eau s’est raréfiée et l’approvisionnement alimentaire est devenu précaire, ce qui a provoqué des conflits et le déplacement de millions de personnes. Nous l’avons déjà constaté dans des endroits où les populations dépendent de petites exploitations agricoles. Aujourd’hui, nous le constatons dans les pays plus industrialisés, où même des infrastructures sophistiquées ne peuvent empêcher complètement une destruction extraordinaire.

Mais cela implique des changements. Chacun d’entre nous, individuellement, doit assumer la responsabilité de la manière dont il utilise ses ressources. Cette voie exige une collaboration toujours plus étroite entre toutes les Eglises dans leur engagement à prendre soin de la création. Ensemble, en tant que communautés, églises, villes et nations, nous devons changer de voie et découvrir de nouvelles façons de travailler ensemble pour faire tomber les barrières traditionnelles entre les peuples, pour cesser de nous disputer les ressources et commencer à collaborer.

A ceux qui ont des responsabilités plus importantes – diriger des administrations, des entreprises, employer des personnes ou investir des fonds – nous disons : choisissez des profits centrés sur les personnes ; faites des sacrifices à court terme pour sauvegarder notre avenir à tous ; devenez des leaders dans la transition vers des économies justes et durables. « A qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ». (Lc 12, 48)

C’est la première fois que nous nous sentons tous trois obligés d’aborder ensemble la question de l’urgence de la durabilité environnementale, son impact sur la pauvreté persistante et l’importance de la coopération mondiale. Ensemble, au nom de nos communautés, nous en appelons au cœur et à l’esprit de chaque chrétien, de chaque croyant et de chaque personne de bonne volonté. Nous prions pour nos dirigeants qui se réuniront à Glasgow pour décider de l’avenir de notre planète et de ses habitants. Une fois encore, nous rappelons l’Écriture : « Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance » (Dt 30, 19). Choisir la vie signifie faire des sacrifices et faire preuve de retenue.

Chacun d’entre nous – qui que nous soyons et où que nous soyons – peut jouer un rôle dans le changement de notre réponse collective à la menace sans précédent du changement climatique et de la dégradation de l’environnement.

Prendre soin de la création de Dieu est une mission spirituelle qui exige une réponse engagée. Nous vivons un moment critique. L’avenir de nos enfants et l’avenir de notre maison commune en dépendent.

À propos de l'auteur

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Yannick Provost

Recteur des paroisses saint Jacques, frère du Seigneur à Quimper et saint Jean de Cronstadt et saint Nectaire d'Egine à Rennes, en Bretagne
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