Lire : « L’Eglise orthodoxe serbe. Histoire, spiritualité, modernité » un livre de Boško Bojović
  • Facebook
  • Twitter
  • Email
  • Vkontakte
  • Messanger
  • Telegram
  • WhatsApp
  • Twitter
  • Pinterest

Nous vous proposons de lire ci-dessous une présentation du livre du professeur Bosko I. BojovicL’Église orthodoxe serbe – Histoire, spiritualité, modernité (384 pages, 34 euros) écrite par Jean Besse :

L’orthodoxie étant loin de se restreindre au binôme gréco-russe, à la fois complémentaire et conflictuel, il est capital de faire mieux connaître d’autres Eglises à l’héritage non moins riche. A l’ouest des Balkans, c’est le cas de l’Eglise orthodoxe serbe, à la fois héritière de Byzance, pleinement slave et voisine de l’Occident latin. Sa nombreuse diaspora est liée intrinsèquement à ce patrimoine spirituel, comme le révèle la somme de Boško Bojović, parue aux éditions du Cerf en 2018 : L’Eglise orthodoxe serbe. Histoire, spiritualité, modernité. Auteur de monographies érudites sur les biographies dynastiques du Moyen Age serbe, les rapports entre Raguse et l’empire ottoman, le monastère athonite de Chilandar et le contexte géopolitique du Kossovo, M. Bojović est directeur de recherches aux universités de Paris et de Belgrade et enseigne à l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales.

Son ouvrage, remarquablement documenté est également illustré de façon originale puisqu’il publie (p. 45) une reproduction rarissime d’une tapisserie de la Renaissance représentant la bataille de Kossovo (1389), visible au château de Chenonceau. C’est un reflet de la première partie du livre, « Eglise et Etat. XIIe – XXe siècle », allant de S. Sabbas (Sava) (+1234), le premier archevêque – primat, à la chute du régime titiste et de ses succédanés. La « sainte souche » des Némanides structura, jusqu’en 1941, la base et l’évolution du royaume serbe, tantôt effacé de la carte, tantôt à vocation impériale, comme sous le tsar Douchan ou le grand royaume des slaves du Sud avec les Karageorgévitch. Les aléas mouvementés des patriarchies successives, les relations avec les maîtres étrangers, catholiques comme les Habsbourg, longtemps protecteurs accueillants, et les musulmans de la Porte ottomane, les différends avec les confessions étrangères puis la nuit communiste, moins obscure cependant que dans les Etats voisins, forment la trame initiale.

L’originalité très prononcée de l’Eglise serbe est soulignée dans la seconde partie, citant les textes « hagiographiques, liturgiques, législatifs » émaillant la longue durée (XIIe – XVIIe siècles). On y découvre l’âme et la vie intérieure intense des souverains fondateurs et des hiérarques des époques suivantes. Les auteurs successifs, épiscopaux, monastiques et poétiques, notamment à travers les cycles épiques et musicaux, réalisèrent une œuvre inégalée par sa puissance et sa diversité. A l’âge romantique, Michelet et Mickiewicz y furent profondément sensibles. A juste titre, Boško Bojović développe l’étude d’un prince remarquable méconnu en Occident, le despote Stéphane Lazarević (1389-1427), fondateur de Belgrade. Chevalier hors pair brillant dans les tournois, chef d’Etat avisé, économiste étonnant, il fut aussi un protecteur des arts, qu’atteste encore le monastère de Résava (Manassia), et le poète lumineux du Dit d’amour, intrinsèquement orthodoxe (pp. 178-185). En le canonisant en 1927, l’Eglise patriarcale serbe sanctifia à la fois son règne, sa personne et sa lignée (il était fils du prince Lazare, tué à la bataille de Kossovo).

La troisième partie de l’ouvrage ouvre sur notre époque à travers l’étude comparée des deux saints serbes les plus populaires du XXe siècle, Nicolas (Vélimirović), évêque d’Ochrid puis de Jitcha mort en exil durant « les années de plomb » (1945-1979), et l’archimandrite, orant et théologien, Justin (Popović), qui choisit une semi-réclusion monacale pour échapper à la prison et aux compromis avec le pouvoir. Si le second fut le disciple puis l’héritier du premier, ils symbolisèrent à eux deux la plénitude catholique de l’Orthodoxie serbe, exprimée avec une force et un sens poétique peu communs. Saint Nicolas (+ 1956), d’abord libéral sous l’influence des anglicans et des vieux-catholiques, se révéla un confesseur intraitable et un hagiographe digne de ses prédécesseurs médiévaux. Le Prologue d’Ochrid dont vient de paraître en français, grâce à Zorica Terzić et Lioubomir Mihaïlović, le second tome (mai à août) (1), rassemble pour chaque jour une courte vie de saint, une Réflexion couronnée d’une Contemplation puis une homélie, aux accents scripturaires et patristiques émouvants. Ce chef-d’œuvre, loin d’être un simple sanctoral, est un chemin de conversion.

Saint Justin (Popović) (+ 1979), admirateur des grands théologiens russes, tel Mgr Antoine de Kiev, rencontré dans la Yougoslavie de l’entre-deux-guerres, fut un ascète exceptionnel, un liturge bouleversant et un père spirituel chaleureux et vénéré. Reclus par le régime communiste au monastère de Tchélié, il y gagna de pouvoir se consacrer à la création monumentale d’une Dogmatique, significativement intitulée « Philosophie orthodoxe de la vérité » (2) et des douze tomes de ses érudites Vies de saints, dépassant celles de saint Dimitri de Rostov. Ses lettres au Saint-Synode de l’Eglise serbe, d’une étonnante pertinence, aux fidèles et aux moines athonites, d’une rare profondeur, firent de leur auteur la vigie inlassable des jours enténébrés. Son connaisseur français le plus régulier et le plus proche, Bernard Le Caro, vient de lui consacrer une biographie précise de grande qualité, Saint Justin de Tchélié (3), assortie de lettres, de messages et de prières peu connus en France ; ce remarquable travail, sensible et bien renseigné, poursuit et élargit les chapitres de la somme de B. Bojović.

Ce dernier achève son maître livre par un parallèle « entre ethnicité et confessionnalité » nourri de démographie historique, révélant la lente renaissance de l’Orthodoxie serbe, sous les patriarches Germain et Paul, grâce notamment au monachisme féminin puis aux évêques disciples de Saint Justin.

Le cas du Monténégro, entièrement revivifié par l’actuel métropolite et théologien Amphiloque (Radović) après qu’il eût été, avec « Titograd » pour étendard, un bastion du communisme, est singulièrement symptomatique de ce retour, pour citer Saint Justin, au « Dieu-homme Christ », à l’opposé d’« une communauté humaniste phtisique » (4).

(1) Aux éditions L’Age d’Homme (Lausanne), dont la diffusion s’avère désormais quasiment impossible en France.

(2) Trad. fr. du regretté J.-L Palierne, L’Age d’Homme, Lausanne 1992-1997.

(3) L’Age d’Homme, Lausanne 2018.

(4) S. Justin in « L’enseignement orthodoxe sur l’Eglise » in B. LE CARO, op. cit., p. 210.

Lettre d’informations

Ne manquez pas les mises à jour importantes. S'inscrire à notre lettre d'informations gratuite.

Divider

Articles populaires

Rencontre du métropolite Emmanuel de France avec le roi d’Arabie saoudite À la Une 169060

Le 18 février dernier, Mgr Emmanuel, métropolite de France (Patriarcat oecuménique), a été reçu par Sa Majesté le Roi d’Arabie saoudite Salman bin ...

10 février (ancien calendrier) / 23 février (nouveau) Vivre avec l'Église 96623

10 février (ancien calendrier) / 23 février (nouveau) Dimanche du Jugement dernier / de l’abstinence de viande Saint Charalampe le thaumaturge, hié...

Déclaration du Patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient au sujet de la réunion d’Amman À la Une 169055

Le Centre des medias du Patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient a procédé à la déclaration suivante, en date du 22 février 2020

A Statement by the Patriarchate of Antioch and All the East Middle East 169051

Balamand, February 22, 2020 Following the generous invitation of His Beatitude Patriarch Theophilos III of Jerusalem to His Beatitude Patriarch Joh...

Mgr Hilarion de Volokolamsk : C’est Jésus Christ qui est le fondateur de l’Église, un président n... À la Une 169043

Le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, a donné une int...

L’archevêque de Chypre Chrysostome se rendra à Constantinople pour le Dimanche de l’orthodoxie Actualités 169036

D’après le site Internet Romfea le primat de l’Église orthodoxe de Chypre, l’archevêque Chrysostome aurait accepté l’invitation du patriarche...

9 février (ancien calendrier) / 22 février (nouveau) Vivre avec l'Église 96564

9 février (ancien calendrier) / 22 février (nouveau) Commémoration des défunts.  Clôture de la sainte Rencontre. Saint Nicéphore d’Antioche, ...

22 février Vivre avec l'Église 96560

22 février Invention des reliques des saints apôtres et martyrs au quartier d’Eugène à Constantinople (VIIème s.) ; saint martyr Maurice d’Apamée e...

Le différend entre les patriarcats de Jérusalem et d’Antioche serait en voie de règlement et le p... À la Une 169028

Le Saint-Synode du Patriarcat de Jérusalem s’est réuni le 21 février sous la présidence du patriarche Théophile. Au cours de la session, les membre...

Communiqué from the office of the Holy Synod of the Bulgarian Orthodox Church regarding the invit... 169016

« In connection with the letters received from His Beatitude Patriarch Theophilos III of Jerusalem, in which he sent an invitation to participate i...

Communiqué du bureau du Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare à propos de l’invitation du pa... À la Une 169012

« En réponse aux lettres reçues de Sa Béatitude, le patriarche Théophile III de Jérusalem, invitant les présidents des Églises orthodoxes locales e...

8 février (ancien calendrier) / 21 février (nouveau)  Vivre avec l'Église 96509

8 février (ancien calendrier) / 21 février (nouveau)  Saint et grand martyr Théodore le Stratilate (319) ; saint prophète Zacharie (vers 520 avant ...