Ce texte propose une lecture théologique et anthropologique des récits de
prostituées converties, en y introduisant la figure de Thaïs. Il montre que ces récits ne sont pas seulement moraux, mais qu’ils révèlent une compréhension profonde du désir humain. Thaïs, après une vie de séduction destructrice, se convertit par la parole d’un moine et accomplit un geste radical de rupture en brûlant ses richesses, avant de vivre une pénitence intérieure centrée sur l’humilité. L’ensemble des figures (Marie, Pélagie, Thaïs) constitue un archétype spirituel fondé sur l’Évangile de la femme pécheresse pardonnée « parce qu’elle a beaucoup aimé ». Le texte développe l’idée que l’éros n’est pas supprimé mais transformé : il devient un désir orienté vers Dieu. La mémoire du corps et des passions persiste après la conversion, ce qui confirme l’anthropologie réaliste des Pères du désert. Le christianisme apparaît ainsi non comme une négation du désir, mais comme sa transfiguration. L’éros devient agapè, c’est-à-dire amour divinisé. Enfin, ces récits révèlent une ambivalence : ils valorisent la liberté féminine tout en la réinscrivant dans une forme de retrait ou d’effacement. Ils montrent surtout que la sainteté naît d’un désir intense capable d’être réorienté vers Dieu.
RCF Aix-Marseille : Eros et conversion : De la débauche à la divinisation du désir