17/10/2017
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Recension : Goiko Subotic, "L’art médiéval du Kosovo"

KosovoGoiko Subotic, L’art médiéval du Kosovo. Dessins de Nikola Dudic et Dragomir Todorovic, photographies de Jovan Dudic et Branimir Strugar, Éditions Desclée de
Brouwer, Paris, 1997, 256 p.

Les éditions Desclée de Brouwer qui, depuis plusieurs années, font un effort remarquable pour publier à un rythme régulier des ouvrages consacrés à l’art orthodoxe, nous offrent ici un magnifique volume sur l’art médiéval du Kosovo.

Une courte introduction présente l’histoire de la province du Kosovo et de la Métochie, qui occupe dans le cœur du peuple serbe une place privilégiée, puisqu’elle fut à partir de la fin du xiie siècle, sous l’impulsion du prince Étienne Nemanja (le futur saint Syméon le Myroblite) et de son fils cadet (le futur saint Sava), le centre politique, culturel et religieux de la Serbie et la source de son essor dans les deux siècles ultérieurs (en particulier dans la première moitié du xive siècle, où l’art religieux connut un développement remarquable). Après l’invasion des Turcs en 1389, le patriarcal de Pec demeura l’unique institution représentative du peuple serbe, tant sur le plan religieux que sur le plan temporel.

L’auteur étudie ensuite les principaux sites religieux présentant un intérêt artistique : Saint-Pierre de Korisa, la Studenica de Hvosno, la Mère-de-Dieu de Ljevisa, les Saints-Apôtres et le patriarcat de Pec, Banjka, Gracanica, Decani, les Saints-Archanges de Prizren… Les commentaires historiques et esthétiques sont illustrés par de nombreux plans et schémas ainsi que par de riches photographies représentant les églises et des exemples caractéristiques des fresques, des icônes, des statues et des objets précieux qu’elles contiennent.

Si certains monuments (comme ceux de Pec), tout en ayant leur originalité propre, se montrent nettement influencés par l’art byzantin, d’autres (comme le temple funéraire de Decani) conjuguent avec ce style des influences occidentales et témoignent des nombreux échanges que le Kosovo entretenait alors, de par sa position privilégiée, mais aussi de par ses alliances politiques, avec les deux mondes.

Le mélange des genres, souvent visible en architecture, est cependant banni des représentations iconographiques : l’art du Kosovo, comme celui de la Serbie médiévale, s’inspire de la meilleure tradition byzantine pour présenter une iconographie très pure dans sa structure et dans ses lignes, mais aussi particulièrement expressive et chaleureuse.

La carte (p. 12) et l’inventaire (p. 241-251) des monastères et des églises conservés et disparus font immédiatement apparaître (par la nette prédominance des seconds, dont la liste s’est considérablement allongée depuis la publication de ce livre) le sort tragique de cette province qui non seulement a progressivement perdu de son importance et son rayonnement, mais a vu sa population orthodoxe se réduire peu à peu (sous la pression des occupations successives et en raison de l’essor démographique des populations islamisées) pour devenir aujourd’hui fortement minoritaire, avec toutes les difficultés et les tragédies qui en ont résulté au cours de ces dernières décennies.

On comprend mieux, à la lecture de cet ouvrage, l’attachement du peuple serbe au riche patrimoine politique, culturel, artistique et surtout religieux que représente le Kosovo, et le sentiment tragique qu’il éprouve en voyant progressivement détruits par les extrémistes albanais (qui réalisent, sous le regard passif et parfois complaisant des puissances occidentales, un programme systématique de déchristianisation et d’effacement de la mémoire collective serbe dans cette province), ces monuments qui appartiennent pourtant au patrimoine culturel de toute l’humanité et qui sont pour le peuple serbe des lieux de mémoire, mais aussi et avant tout de vie spirituelle.

Jean-Claude Larchet

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Jovan Nikoloski