Réédition : « Journal de la félicité » par Nicolae Steinhardt

« Journal de la félicité » par Nicolae Steinhardt

Préface d’Olivier Clément, Trad. de Marily le Nir, Postface de Michel Simion

Ed. Apostolia, coll. Souffle de vie, Limours 2021, 689 p.

Réédition : « journal de la félicité » par nicolae steinhardt

Lors de son voyage en Roumanie en 1999, premier voyage dans un pays orthodoxe, Jean-Paul II évoqua la figure de Nicolae Steinhardt en ces mots : « Parmi les nombreux témoins du Christ, fleuris sur la terre de Roumanie, je désire rappeler le moine de Rohia, Nicolae Steinhardt, figure exceptionnelle de croyant et d’homme de culture, qui perçut de façon particulière l’immense richesse du trésor commun aux Eglises chrétiennes ». Et avec son humour inimitable il ajoutait « …puisque vous avez eu parmi vous quelqu’un comme Nicolae Steinhardt, je ne vois pas ce que le pape peut vous dire de plus – il vous a tout dit… ».

Jean-Paul II venait de lire, en français, l’œuvre majeure de Nicolae Steinhardt Le journal de la félicité, publiée en 1996 aux éditions Arcantère. Cette édition étant depuis longtemps épuisée, les éditions Apostolia, viennent de re éditer le Journal de la félicité. La traduction excellente de Marily le Nir a été conservée, ainsi que la préface d’Olivier Clément. En revanche les notes de bas de page ont été largement enrichies pour faciliter la compréhension du lecteur français, une postface signée par Michel Simion et résumant le destin exceptionnel de Nicolae Steinhardt a été ajoutée – le tout dans un format et avec un graphisme très soignés.

Nicolae Steinhardt est né en 1912, à Bucarest, dans une famille juive.Dès ses années de lycée, Nicolae Steinhardt se lie d’amitié avec quelques-unes de futures grandes personnalités de la culture roumaine : Mircea Eliade, Constantin Noica, Arşavir Acterian, Haig Acterian, Alexandru Paleologu, Dinu Pillat…

Etudiant en droit, il passe sa licence à l’université de Bucarest et, en 1936, obtient son doctorat avec une thèse de droit constitutionnel. Comme toute l’élite intellectuelle roumaine, il parle un français achevé ; en 1936 il écrit et publie dans cette langue son premier texte : Essai sur la conception catholique du judaïsme.

A partir de 1945, avec l’arrivée de l’Armée Rouge et l’instauration du régime communiste, commence pour Steinhardt une période de privations, de souffrances et d’humiliations. Ayant refusé tout compromis avec un régime qui est à ses yeux une monstruosité illégitime, l’intellectuel raffiné, promis à un brillant avenir, vit d’expédients et de petits boulots. Ses amis, Constantin Noica, Dinu Pillat, Alexandru Paleologu, sont tour à tour arrêtés…Arrive alors le moment décisif de son destin : fin 1959, Nicolae Steinhardt refuse de céder aux pressions de la Securitate et refuse de témoigner contre son ami Constantin Noica.

 Le refus de trahir son ami est en fait le refus d’imiter Judas.Ce refus lui coûte cher : début janvier 1960, Nicolae Steinhardt est condamné à treize ans de travaux forcés « pour complot contre l’ordre social ». Il est incarcéré dans la sinistre prison de Jilava.

 C’est dans la prison de Jilava, le 15 mars 1960, qu’il est baptisé à sa demande par le détenu hiéromoine Mina Dobzeu – le récit de ce baptême clandestin est une des pages les plus émouvantes du Journal de la félicité.

 En août 1964, il est libéré, à la suite d’une amnistie pour les délits politiques. Evidemment, on essaye de le récupérer, mais il refuse toute collaboration avec le régime communiste, préférant une vie à la limite de la famine.

La première version du Journal de la félicité écrite dans les années soixante-dix, est confisquée par la Securitate. Considérant le texte comme définitivement perdu, Steinhardt le réécrit, de mémoire, en une version encore plus ample. C’est cette version, sauvée par des amis et passée à l’Ouest, qui est publiée après sa mort.

Ce livre monumental décrit précisément la conversion de Steinhardt, sa découverte du Christ, qui a transformé son séjour dans l’enfer des prisons communistes en un vrai chemin de félicité.  Le Journal de la félicité, véritable testament littéraire de Steinhardt, est un livre décisif, à ranger à côté des Souvenirs de la maison des morts de Dostoïevski ou du Premier cercle de Soljenitsyne. Au-delà de l’histoire de sa conversion le Journal de la félicité décrit la vie souterraine du goulag roumain, les tortures, les folies sadiques et blasphématoires, mais aussi la bonté, la générosité, l’incroyable esprit de sacrifice chrétien de ces détenus, entre la vie et la mort. Le récit de cet univers dantesque est aussi, à travers l’évocation des discussions entre les détenus, une incursion éblouissante dans la littérature française, dans l’histoire, dans la philosophie…

En 1980, Nicolae Steinhardt fait le pas décisif et dépose ses vœux au Monastère de Rohia, dans les montagnes du Nord de la Roumanie. Pendant les dernières années de sa vie, il y prononcera une série d’homélies splendides qui ont été d’ailleurs publiées, en 2017, aux éditions Apostolia, sous le nom de Donne et tu recevras.

Le 19 mars 1989, Nicolae Steinhardt s’éteint : aussitôt la Securitate met à sac le monastère pour saisir ses écrits. Les textes les plus importants, ainsi que les manuscrits de ses homélies, sont sauvés, in extremis, grâce à l’intervention des amis et des frères moines. Nicolae Steinhardt aura ainsi gagné son dernier combat contre le mal.

Pour commander le livre en ligne cliquez ICI !

Michel Simion

À propos de l'auteur

Photo of author

Jivko Panev

Jivko Panev, cofondateur et journaliste sur Orthodoxie.com. Producteur de l'émission 'Orthodoxie' sur France 2 et journaliste.
Lire tous les articles par Jivko Panev

Articles populaires

Recension: Hiéromoine Grégoire du Mont-Athos, «La foi, la liturgie et la vie de l’Église orthodoxe. Une esquisse de catéchisme orthodoxe»

Ce catéchisme est particulièrement bienvenu pour les parents en attente, pour leurs enfants d’un catéchisme orthodoxe fiable, mais aussi pour ...

Jean-Claude Larchet, « « En suivant les Pères… ». La vie et l’œuvre du père Georges Florovsky »

Vient de paraître: Jean-Claude Larchet, « “En suivant les Pères… ”. La vie et l’œuvre du Père Georges Florovsky », ...

7 février (ancien calendrier) / 20 février (nouveau)

Jour aliturgique Saint Parthène, évêque de Lampsaque (IVème s.) ; saint Luc d’Hellade, ascète (953) ; les 1003 Martyrs de ...

20 février

Jour aliturgique Saint Léon, évêque de Catane (vers 780) ; saint hiéromartyr Sadok, évêque de Perse et ses 128 compagnons, ...

L’émission « Orthodoxie » de France 2

Soixante ans de présence à l’antenne, une question d’équité et de transparence Par P. Jivko Panev, producteur-journaliste de l’émission « ...

L’Église russe relève un recteur de ses fonctions après une vidéo scandaleuse montrant une démonstration militaire dans une église

L’Église orthodoxe russe a suspendu le recteur de l’église des saints Pierre-et-Paul à Obukhovo, localité de la région de Moscou, ...

Le chancelier de l’Église orthodoxe en Amérique visite l’Église de Pologne

Avec la bénédiction de Sa Béatitude le métropolite Tikhon, et à l’invitation et avec la bénédiction de Sa Béatitude le ...

6 février (ancien calendrier) / 19 février (nouveau)

Clôture de la fête de la sainte Rencontre. Saint Bucole, évêque de Smyrne (vers 100) ; saint Antolien, martyr en ...

19 février

Saint Archippe et ses parents, saint Philémon et sainte Apphia, apôtres et martyrs (Ier siècle) ; saint Gabin, prêtre, martyr ...

Recension : « La foi orthodoxe face aux défis du monde actuel » de Jean-Claude Larchet (éd. Apostolia)

Jean-Claude Larchet, La foi orthodoxe face aux défis du monde actuel. Entretiens avec Nicolas Rédine, éd. Apostolia, 2025, 221 pages, ...

Aide à mourir en France : les évêques orthodoxes ont mis en garde contre « un visa pour faire mourir »

L’assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) , réunie à Paris appelle les parlementaires à un vote de conscience et ...

Patriarche Bartholomée : homélie catéchétique pour l’ouverture du saint et Grand Carême (2026)

† BARTHOLOMÉE Par la grâce de Dieu archevêque de Constantinople-Nouvelle Rome et patriarche œcuméniqueÀ la plénitude de l’ÉgliseQue la grâce ...

Le primat de l’Église orthodoxe en Amérique s’adresse aux fidèles à l’occasion du début du Grand Carême

Le primat de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA), le métropolite Tikhon, a adressé un message au clergé et aux fidèles ...

5 février (ancien calendrier) / 18 février (nouveau)

Jour aliturgique Après-fête de la sainte rencontre de notre Seigneur. Sainte Agathe, martyre à Catane (251) ; sainte martyre Théodulie ...

18 février

Jour aliturgique Saint Léon, pape de Rome ; saints Maxime, Claude, Prépédigne, Alexandre et Cutias, martyrs à Rome (295) ; saint ...

Un appel des évêques orthodoxes de France aux députés concernant le projet de loi sur la fin de vie

Le 17 février à Paris s’est tenu la première réunion périodique de l’année 2026 de l’Assemblée des évêques orthodoxes de ...

Le soutien des archontes du Patriarcat œcuménique entre 2002 et 2025 atteint le montant impressionnant de 73,969 millions de dollars

Le soutien direct et indirect des archontes du Patriarcat œcuménique[1] (APE) au Patriarcat œcuménique entre 2002 et 2025 a atteint ...

Arvo Pärt, à 90 ans, à nouveau désigné compositeur vivant le plus joué au monde

Le compositeur orthodoxe estonien Arvo Pärt a une nouvelle fois été désigné compositeur vivant le plus joué au monde, selon ...