Homélie du père Placide (Deseille) pour le dimanche des Myrrophores
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Au cours de l’office de l’Orthros, nous avons entendu lire le Kondakion de ce dimanche, qui disait : « En annonçant aux saintes Femmes la joie de la Résurrection, l’Ange resplendissant apparu auprès du tombeau a fait cesser les larmes d’Ève ». Comment ne pas rapprocher, en effet, le jardin où se trouvait le tombeau du Seigneur de cet autre jardin, que nous contemplons au seuil de l’Ancien Testament, ce jardin d’Éden où nos premiers parents, Adam et Ève, avaient été placés par Dieu, mais où, aussi, ils commirent leur désobéissance ?

            Mais le jardin où se trouve le tombeau du Seigneur reprend, récapitule – au sens que saint Irénée donnait à ce mot – le mystère du jardin d’Éden. C’est à dire qu’il en reprend les éléments, il en reprend la signification symbolique, mais en l’inversant, en la retournant. Le jardin d’Éden est le lieu où la mort s’est introduite dans le monde. Le jardin où se trouve le tombeau du Christ est le lieu où la Vie, où la Résurrection ont fait irruption dans le monde. À la place d’Adam et Ève, nous y voyons Nicodème et Joseph d’Arimathie, et surtout les Saintes Femmes, venues apporter leurs parfums et leurs aromates auprès du tombeau du Christ. À la place du chérubin et du glaive flamboyant fermant l’entrée du paradis à Ève et à Adam, nous voyons les Anges de la Résurrection annoncer que le ciel est réouvert, que le paradis véritable est de nouveau accessible aux hommes, grâce à la Résurrection du Christ.

            Le tombeau du Christ n’est plus le lieu de la mort, il est le lieu de la Résurrection. Il accomplit ce que préfiguraient ces autels de l’Ancien Testament, où l’on voyait le feu du ciel descendre pour consumer les victimes. Le corps du Christ, déposé, embaumé, par Joseph d’Arimathie sur le tombeau, est vivifié par l’irruption du feu céleste, par la puissance du Saint-Esprit qui le ressuscite. Et c’est pour cela que les autels de nos églises sont à la fois inséparablement le rappel du tombeau du Christ, et une évocation symbolique de la Résurrection. Et tout à l’heure, quand le célébrant prononcera l’épiclèse et toute l’anaphore de la Divine Liturgie, de nouveau ce feu de l’Esprit-Saint descendra sur les Saints Dons pour les transformer dans le corps du Christ ressuscité.

            Mais pourquoi les Saintes Femmes viennent-elles au tombeau ? Que représentent-elles ? Comme je vous le disais à l’instant, elles sont l’antithèse d’Ève, mais elles sont avant tout, comme Ève devait l’être à coté d’Adam, les signes et la personnification de l’Église-Épouse. De même que dans le livre de la Genèse, quand Dieu a crée l’homme « homme et femme », il a voulu donner une figure et une annonce de ce que serait l’union du Christ et de l’Église. Ce qui était premier, dans le dessein de Dieu quand il créa l’homme et la femme, ce n’était pas la réalité simplement terrestre et humaine de l’union nuptiale entre l’homme et la femme. Celle-ci n’est qu’un reflet de ce qui était le dessein éternel de Dieu : l’union nuptiale entre le Christ et l’Église, entre le Christ et l’humanité sauvée, l’humanité rachetée, l’humanité déifiée, comme le disent les Saints Pères. Et les femmes Myrophores représentent cette Église sur laquelle le Christ ressuscité va répandre toute la puissance de l’Esprit-Saint dont son corps glorieux est rempli.

            Dans ce mystère des Myrophores, c’est cela que nous devons contempler : ce mystère de l’Église, de l’Église épouse du Christ. Oui, les épousailles terrestres, l’union de l’homme et de la femme sur terre ne sont qu’un pâle reflet de cette union que Dieu a voulue de toute éternité entre son Fils unique fait homme et l’humanité.      C’est une union qui n’est pas charnelle, mais où la chair, spiritualisée, transfigurée par l’Esprit, devient l’instrument, le moyen, d’une communion totale. Une communion qui fait que chacun des membres de l’Église s’identifie vraiment à cette Épouse du Christ, devient lui-même Épouse, au sens le plus fort du mot, c’est à dire, transformé en Lui, vivant de sa vie, pénétré de ses énergies divines.

            C’est pourquoi cette fête des Myrophores doit inciter chacun d’entre nous à réfléchir pour mieux comprendre ce mystère de notre union au Christ, à y entrer plus pleinement. En vertu de cette union, ce n’est plus nous qui vivons, mais le Christ qui vit en nous. Il vit en nous par une présence personnelle, ineffable, qui fait que tout dans notre vie devrait procéder de l’énergie, de la force vivifiante qui jaillit de son corps ressuscité. Tout dans notre vie doit devenir l’expression d’une union profonde, d’une union d’amour, avec le Christ. Cet amour personnel, qui nous lie étroitement au Christ, n’est pas un amour en quelque sorte « extérieur », qui unirait deux personnes demeurées malgré tout extérieures l’une à l’autre. C’est quelque chose de beaucoup plus intime, de beaucoup plus profond. C’est un amour qui doit se traduire dans toute notre activité, dans toutes nos pensées, dans toutes nos actions, dans toutes nos intentions, par une union très profonde au Christ, union qui fait que tout cela procède en nous non plus de notre « moi », de notre ego, mais du Christ, de l’inspiration de son Esprit qui nous pénètre, de sa lumière et de sa force.            Cette inspiration de l’Esprit-Saint répandu dans nos cœurs n’empêche pas, il est vrai, durant notre vie terrestre, que d’autres inspirations, d’autres pulsions se manifestent aussi en nous ; mais il faut que, par notre liberté, par notre consentement à l’inspiration de la grâce divine, nous parvenions à étouffer ces inspirations mauvaises, ces impulsions de notre ego, grâce à cette vie du Christ qui est en nous, grâce à tout ce qui, au dedans de nous, nous incite à vivre selon l’Évangile, selon la Parole du Christ, en communion profonde avec son Esprit. C’est cela, être épouse. Et c’est cela qu’ont été les Saintes Myrophores. Les parfums qu’elles apportent sur le tombeau du Christ sont les signes de ce parfum de l’Esprit-Saint, de cette vie divine qui doit nous pénétrer. Nous devons, nous aussi, porter, non plus sur le tombeau mais sur le Corps vivant du Christ dont nous sommes les membres, ce parfum divin des vertus qui doit embaumer toute notre vie de ce que les Saints Pères appelaient le « parfum de l’Esprit Saint ».

            Si, parmi les mystères et les sacrements de l’Église, c’est une huile parfumée, le saint myron, qui est le signe du don de l’Esprit-Saint, c’est bien pour nous montrer que l’Esprit-Saint est ce qui doit embaumer notre vie. Il faut que notre vie soit pénétrée de ce parfum du Christ. Et c’est ainsi que nous réaliserons ce mystère nuptial, ce mystère d’une union profonde, ineffable, entre nous et le Christ.

            Oui, c’est cela le don de Dieu, c’est cela que Dieu a voulu pour nous de toute éternité : que le Christ vive en nous, qu’à travers nous, ce soit le Christ qui aime tous nos frères, qu’à travers nous ce soit le Christ qui aime et loue son Père, que nous entrions vraiment dans ce mouvement profond de l’âme du Christ, qui encore une fois, nous est présente, qui peut inspirer véritablement, si nous le voulons, toute notre vie. Tout ce qui nous est demandé, c’est de consentir à ce mouvement que le Christ éveille en nous, c’est d’essayer de vivre en conformité avec tout ce que le Christ nous dit dans l’Évangile, cet Évangile qui est vraiment la règle du chrétien. La loi nouvelle donnée aux chrétiens, ce n’est pas une loi simplement écrite sur des tables de pierre, ou avec de l’encre sur du papier ; comme l’annonçaient les prophètes, elle est écrite par l’Esprit-Saint sur des tables de chair, qui sont nos cœurs. Toute notre vie doit procéder de cette double source : la lecture de l’Évangile, qui doit être l’aliment principal de notre vie chrétienne, et l’opération intérieure de l’Esprit Saint.

            En lien avec les sacrements de l’Église, la lecture de l’Évangile doit éveiller en nous ces instincts divins, elle doit nous faire prendre conscience de cette présence de l’Esprit-Saint qui se manifeste par tous les bons désirs, par toutes les bonnes inspirations et par la force intérieure qu’il nous donne pour que nous vivions de la vie même du Christ ressuscité. Car cette vie vient en nous de l’humanité glorieuse du Christ. Dans toute notre vie chrétienne, si nous la vivons fi dèlement, nous sommes ainsi vitalement unis à la sainte humanité glorieuse du Christ, à son corps glorieux lui-même, d’où se répand sur nous le don de l’Esprit, le don de cette lumière intérieure, de cette force, de cet élan joyeux, qui doivent devenir l’âme de toute notre vie.

            C’est ainsi qu’en tout ce que nous faisons, nous pouvons être véritablement unis au Christ, nous pouvons obtenir que ce soit vraiment le Christ qui vive en nous, qui agisse en nous. Oui, nous devons tous pouvoir dire avec l’Apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal., 2, 29). C’est ce mystère d’union nuptiale, d’une communion de tout notre être, corps et âme, avec le Christ, qu’évoque la figure des Myrophores qui, encore une fois, représentent l’Église-Épouse auprès du Christ ressuscité. Les Myrophores, au premier rang desquelles se trouve sainte Marie-Madeleine, que nous aimons tant, et puis, au delà de sainte Marie-Madeleine, la Mère de Dieu elle-même, qui, selon la tradition, a été la première à voir le Christ ressuscité, la première à se trouver auprès de son tombeau. Mais les Évangélistes ont couvert ce fait d’un voile de mystère, de silence respectueux, comme tant de choses qui concernent la Mère de Dieu durant sa vie terrestre. Cependant, c’est elle qui est avant tout l’icône de l’Église, l’image de l’Église et comme son incarnation.

            Demandons aux saintes Myrophores de nous faire prendre une conscience toujours plus vive de la grandeur de notre vie chrétienne, de notre condition de membres de

l’Église, Epouse du Christ. C’est ainsi que nous pourrons, dans le Christ, en communion avec tous les mouvements de son âme fi liale, glorifi er le Père, dans la puissance de l’Esprit-Saint, dans les siècles des siècles. Amen.

On lira avec profit l’ensemble des homélies du P. Placide dans les deux volumes intitulés « La couronne bénie de l’année chrétienne« , édités par le monastère Saint-Antoine-le-Grand.

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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