L’autocéphalie ukrainienne: notes d’une audioconférence
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Le samedi 26 janvier, pendant environ 90 minutes, une audioconférence a eu lieu sur le thème de l’autocéphalie ukrainienne. Cet événement était le premier du genre organisé par the Order of Saint Andrew the Apostle, Archons of the Ecumenical Patriarchate in America.

Les intervenants étaient Son Éminence le métropolite Emmanuel de France, représentant du Patriarcat oecuménique; le docteur Nicholas E. Denysenko, université de Valparaiso (professeur et titulaire de la chaire Emil and Elfriede Jochum); le docteur Vera Shevzov, professeur de religion, de russe, et d’études sur l’Europe orientale et eurasienne au Smith College.

Le débat était animé par l’archonte le docteur George E. Demacopoulos, codirecteur de l’Université Fordham, Centre d’études chrétiennes orthodoxes.

Veuillez trouver ici quelques notes de cette conférence.

Le but de l’événement était «d’avoir un échange spirituel et de partager la sagesse sacrée».

Le modérateur a identifié trois problèmes principaux :

  • La réconciliation des orthodoxes en Ukraine, avec 3 groupes séparés, et la guérison de cette division
  • La possibilité d’autocéphalie en Ukraine. Avant cela, il y avait 14 autres églises autocéphales dans le monde orthodoxe. L’Ukraine la demandait depuis de nombreuses années. Comment ce processus d’octroi de l’autocéphalie a-t-il fonctionné ?
  • La réaction du Patriarcat de Moscou.

D’autres aspects mentionnés étaient les répercussions politiques les répercussions de la situation actuelle sur l’avenir de l’orthodoxie.

*

Les trois panélistes eurent d’abord cinq minutes pour faire une déclaration générale sur la question.

Le métropolite Emmanuel a été invité du fait qu’il connaît très bien tous les aspects de la question. De plus, il avait été nommé par le Patriarcat œcuménique pour finaliser tous les détails menant à l’octroi de l’autocéphalie ukrainienne.

Le métropolite Emmanuel a souligné le fait que le Patriarcat œcuménique ne pouvait rester silencieux après les nombreux appels reçus de Philarète et de nombreuses personnes souhaitant l’autocéphalie.
Il espère que davantage d’évêques et de fidèles rejoindront l’Église orthodoxe en Ukraine et que celle-ci sera reconnue par les orthodoxes du monde entier.

Le révérend Nicholas E. Denysenko a mis en exergue des éléments historiques, montrant entre autres que le mouvement autocéphale a commencé en 1917. À l’époque, l’élément central était la question de la langue utilisée dans les services religieux, l’ukrainien ou le slavon.
Maintenant, il s’agit principalement d’un différend entre Ukrainiens. Il a également noté que les partisans de l’autocéphalie sont devenus plus nombreux après la révolution de Maïdan.

Vera Shevzov a insisté sur la complexité de la question, du fait de la grande diversité des régions ukrainiennes. En fonction de leur emplacement, les Ukrainiens ont des souvenirs historiques très différents. Ces différences géographiques sont reflétées dans les sondages sur le sujet qui nous intéresse ici.
Grâce à son expertise académique, elle a souligné l’importance de considérer «l’impact de l’expérience soviétique» sur le peuple ukrainien. La politique de Staline consistant à séparer identité nationale et identité religieuse faisait également partie du problème.

Elle a cité un passage de Svetlana Aleksievitch, lauréate du prix Nobel de littérature en 2015, tiré des premières pages de La fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement. Ces lignes illustrent bien le contexte à garder à l’esprit ici:

Le communisme avait un projet insensé : transformer l’homme  » ancien », le vieil Adam. Et cela a marché… C’est peut-être la seule chose qui ait marché. En soixante-dix ans et quelques, on a créé dans le laboratoire du marxisme-léninisme un type d’homme particulier, l’Homo sovieticus. Les uns le considèrent comme une figure tragique, d’autres le traitent de sovok, de pauvre soviet ringard. Il me semble que je connais cet homme, je le connais même très bien, nous avons vécu côte à côte pendant de nombreuses années. Lui – c’est moi. Ce sont les gens que je fréquente, mes amis, mes parents. J’ai voyagé à travers l’ex-Union soviétique pendant plusieurs années, parce que les Homo sovieticus, ce ne sont pas seulement les Russes, mais aussi les Biélorusses, les Turkmènes, les Ukrainiens, les Kazakhs… Maintenant, nous vivons dans des pays différents, nous parlons des langues différentes, mais on ne peut nous confondre avec personne. On nous reconnaît tout de suite! Nous, les gens du socialisme, nous sommes pareils à tous les autres, et nous ne sommes pas pareils, nous avons notre lexique à nous, nos propres conceptions du bien et du mal, des héros et des martyrs. Nous avons un rapport particulier à la mort.

*

Les panélistes ont ensuite pu se poser mutuellement des questions.

Vera Shevzov a demandé pourquoi cet octroi de l’autocéphalie maintenant.
Et comment l’anathématisation de Philarète a-t-elle pu soudainement être annulée ? Sur quelle base ?
Le métropolite Emmanuel a répondu: « Je ne pense pas que ce soit une décision juste ». Selon lui, l’anathématisation de Philarète n’était pas juste, car elle n’était pas fondée sur des raisons dogmatiques.

Ensuite, la question d’un synode panorthodoxe a été soulevée: pourquoi pas un synode panorthodoxe pour étudier la question?
Le métropolite Emmanuel a répondu que l’action du Patriarcat œcuménique faisait également partie de la synodalité. Il se demandait pourquoi on envisageait de convoquer un synode maintenant, alors que la question avait été abandonnée à Genève lors de la préparation du Concile de Crète.
Le Dr Shevzov a réagi en disant qu’elle sentait là trop de précipitation. Et elle voyait beaucoup de confusion sur le terrain. Selon elle, il doit bien y avoir une raison qui empêche tous les évêques d’autres Églises autocéphales de venir féliciter le métropolite Épiphane, tête de la nouvelle Église.

En réponse au métropolite Emmanuel sur la synodalité, le révérend Nicholas a souligné la différence entre le Concile de Crète et la convocation d’un synode sur une question spécifique.
Il a également fait remarquer qu’avant ces très récents événements, le métropolite Volodymyr, l’ancien primat ukrainien (patriarcat de Moscou) avait en fait lancé un appel à une solution synodale.

*

Des auditeurs ont ensuite pu poser des questions.

La première question a porté sur le statut canonique de la nouvelle Église orthodoxe d’Ukraine. Pourquoi est-il précisé dans le tomos qu’elle n’a pas le droit d’avoir des paroisses ailleurs qu’en Ukraine, alors que toutes les autres églises autocéphales ont effectivement des paroisses dans la diaspora?
Le métropolite Emmanuel a mentionné que la situation de l’Église ukrainienne était très différente dans la diaspora, par exemple aux États-Unis et au Canada.

La question suivante était centrée sur d’éventuels éléments politiques en jeu, tels que l’annexion de la Crimée, les combats en cours dans l’est de l’Ukraine et les pressions exercées par les États-Unis. Et comment la décision du patriarcat œcuménique pourrait-elle désormais affecter sa réputation?
Le métropolite Emmanuel a expliqué que l’octroi de l’autocéphalie aurait été plus facile sans l’annexion et les combats dans l’est de l’Ukraine. Il a également déclaré qu’il n’y avait eu aucune pression extérieure. Mais qu’ils devaient vraiment répondre aux maints appels à l’autocéphalie émanant de nombreuses personnes en Ukraine.
Il a également posé la question : pourquoi semble-t-il si étrange que le Patriarcat œcuménique accorde l’autocéphalie à l’Ukraine, alors qu’il l’a déjà accordée à de nombreuses autres Églises, «dans les mêmes circonstances» ?

Ensuite, quelqu’un a posé la question du rôle du président Porochenko dans tout cela, et même lors du concile d’unification. Pourquoi ce rôle de premier plan ?
Nous entrons ici dans la «religion politique», et il est bon de garder à l’esprit que l’opposition a également exercé beaucoup de pression, contre l’autocéphalie cette fois-ci.
S’agit-il d’une ingérence flagrante ou est-ce lié à l’utilisation de la religion à des fins politiques ?

Le docteur Shevzov a ensuite demandé des précisions sur l’expression «Église mère». Elle a fait référence à un sondage 2015 de PEW. Interrogés sur leur chef spirituel, la plupart des Ukrainiens ont mentionné leur propre évêque. Seulement 17% des Ukrainiens ont répondu qu’il s’agissait du Patriarcat de Moscou, et 7% du Patriarcat œcuménique.
Elle était intriguée par le fait que Constantinople se fasse appeler «l’Église mère», alors que dans les textes ukrainiens, ainsi que des textes géorgiens depuis des siècles, «l’Église mère» faisait en réalité référence à l’Église russe.
Le métropolite Emmanuel a exprimé sa grande surprise face à ces propos et a rappelé que les Russes ne s’étaient pas baptisés tout seul.

La question suivante était: pourquoi le patriarcat œcuménique a-t-il poursuivi le processus d’autocéphalie alors que le métropolite Onuphre, le primat canonique, n’en voulait pas?
Le métropolite Emmanuel a déclaré que tout au long du processus, l’Église canonique avait toujours été invitée à participer à la réflexion, mais qu’elle n’avait jamais accepté de rencontrer les représentants de Constantinople.
Il a répété que des millions d’Ukraine réclamaient l’autocéphalie. Il ne s’agissait donc pas d’une ingérence de la part de Constantinople. Il a ajouté que certains évêques du Patriarcat de Moscou avaient souhaité participer au concile d’unification, mais qu’ils en avaient été empêchés par la force.
Un autre panéliste a fourni l’information que quatre évêques du Patriarcat de Moscou s’étaient en fait rendus à Constantinople plus tôt dans le processus pour discuter de cette question.

Le docteur Shevzov a expliqué comment, en tant que laïque et sur la simple base du bon sens, elle pouvait comprendre pourquoi le métropolite Onuphre ne pouvait accepter de parler avec les représentants du Patriarcat de Constantinople. Son propre prédécesseur avait été très prudent en ce qui concerne Philarète. De plus, en tant qu’évêque canonique, on peut facilement comprendre les hésitations d’Onuphre. Et cela n’avait-il pas été une offense de l’inviter à un concile sur son propre territoire ?

Mise à jour du 29 janvier: Vous pouvez maintenant écouter la conférence en ligne (en anglais)

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À propos de l'auteur

Emma Cazabonne

Emma Cazabonne

Emma Cazabonne was born and raised in France. She taught English before entering the Cistercian Order. She translated and published articles relevant to her interest in Cistercian spirituality, the Middle Ages, and Orthodoxy. She moved to the United States in 2001, converted to Orthodoxy in 2008, and married. Her husband is an Orthodox priest. She continued to publish articles, a Cistercian texts anthology, then finally launched her career in literary translation, while teaching French. If you are interested in having your book translated into French, she can be contacted here https://wordsandpeace.com/contact-me/

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