Encyclique patriarcale pour Noël 2025

† Bartholomée, par la miséricorde de Dieu, archevêque de Constantinople-Nouvelle Rome et patriarche œcuménique

À toute la plénitude de l’Église, grâce, miséricorde et paix de la part du Christ Sauveur né à Bethléem.

Très honorables frères hiérarques, enfants bien-aimés dans le Seigneur,

Ayant été une fois encore jugés dignes d’atteindre la grande fête de la Nativité dans la chair du Fils et Verbe de Dieu, nous glorifions « l’indicible et incompréhensible condescendance » du Sauveur du genre humain et Rédempteur de toute la création de la corruption, tout en proclamant avec les anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre, bienveillance envers tous les hommes »[1].

Le Christ s’est révélé comme « Emmanuel »[2], comme « Dieu avec nous » et « pour nous », comme Dieu auprès de chacun de nous et « plus proche de nous que nous-mêmes »[3]. Le Verbe prééternel de Dieu, qui est « consubstantiel au Père », comme l’a formulé dogmatiquement le premier concile œcuménique, dont le 1 700ᵉ anniversaire a été dignement célébré par le monde chrétien cette année, « devient semblable à sa propre créature », s’incarnant du Saint-Esprit et de la Vierge Marie « afin de faire des êtres humains des dieux ».

L’apolytikion (tropaire de renvoi) de Noël déclare que la Nativité du Christ « a fait resplendir au monde la Lumière de la connaissance » et a révélé « le sens transcendant et universel » de la vie et de l’histoire, à savoir la vérité que seule la foi chrétienne peut pleinement satisfaire la quête profonde de l’esprit et la soif du cœur, que « le salut ne se trouve en aucun autre » que le Christ[4]. Dès lors, la « connaissance » qui « enfle »[5] est jugée par les paroles du Seigneur : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres »[6].

L’événement suprarationnel de l’Incarnation est vécu et répété spirituellement dans la vie des fidèles qui aiment l’épiphanie du Christ Sauveur. Comme l’écrit saint Maxime le Confesseur : « Le Verbe de Dieu est né une fois dans la chair, mais il désire toujours naître dans l’esprit par amour pour ceux qui le désirent »[7]. En ce sens, la fête de la Nativité, de l’Incarnation divine et de la déification de l’humanité par la grâce, ne nous oriente pas vers un événement du passé, mais nous guide vers la « cité future »[8], vers le royaume céleste du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Dans un monde où résonnent l’écho de la guerre et le bruit des armes, la « paix dans le monde » angélique retentit et la voix du Seigneur bénit « les artisans de paix » tandis que sa sainte Église prie durant la Divine Liturgie « pour la paix d’en haut » et « pour la paix du monde entier ». La foi authentique au Dieu vivant renforce notre lutte pour la paix et la justice, même lorsque nous sommes confrontés à des obstacles humainement insurmontables. Comme le déclare de manière inspirante le Message du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe — dont nous célébrerons le dixième anniversaire l’année prochaine — : « l’huile de l’expérience religieuse doit être utilisée pour panser les blessures et non pour rallumer le feu des conflits militaires »[9].

L’Évangile de la paix nous concerne particulièrement, nous chrétiens. Nous considérons qu’il est inadmissible de rester indifférents devant la fragmentation de la chrétienté, particulièrement lorsque cette attitude s’accompagne de fondamentalisme et d’un rejet explicite du dialogue interchrétien qui vise en fin de compte à transcender la division et à réaliser l’unité. L’obligation de s’efforcer vers l’unité chrétienne n’est pas négociable. La responsabilité de poursuivre les efforts des pionniers du Mouvement œcuménique ainsi que la justification de leur vision et de leur labeur reposent sur la jeune génération de chrétiens.

Nous appartenons au Christ, qui est « notre paix »[10] et « la plénitude de la joie » dans notre vie, la « bienveillance » qui jaillit de la conviction que « la vérité est arrivée » et que « l’ombre est passée », que l’amour est plus fort que la haine et la vie plus forte que la mort, que le mal n’a pas le dernier mot dans la vie du monde, qui est dirigé par le Christ, qui est « le même hier, aujourd’hui et demain »[11]. Cette foi doit resplendir et se révéler dans la manière dont nous honorons Noël et les autres fêtes de l’Église. La célébration joyeuse des fidèles devrait témoigner de la puissance transformatrice de notre foi dans le Christ. Elle devrait être un temps de bienveillance et de délectation spirituelle, l’expérience de cette ineffable « grande joie »[12] qui est « synonyme de l’Évangile ».

Très honorables frères et enfants bien-aimés,

En 2026, la sainte Grande Église du Christ honorera l’accomplissement des 1 400 ans depuis le 7 août 626, lorsque l’hymne acathiste fut chanté « debout » durant les vigiles en l’église de la Panagía des Blachernes, en expression de gratitude envers la Très Sainte Mère de Dieu, pour la protection de la Ville de Constantinople contre l’attaque de forces ennemies. À l’occasion de ce jalon historique, l’annuaire 2026 du Patriarcat œcuménique sera consacré à la commémoration de cet événement significatif pour notre tradition et notre identité, qui sont inséparablement et profondément associées à l’honneur réservé à notre Mère de Dieu toujours bénie et très pure, défenseure et protectrice de notre peuple.

Dans cet esprit, tandis que nous nous inclinons devant Marie qui tient l’Enfant Jésus dans ses bras, et que nous adorons le Verbe divin qui a assumé notre forme, nous vous souhaitons à tous une bienheureuse Sainte Douzaine et une nouvelle année de la faveur du Seigneur féconde en bonnes œuvres et remplie de dons divins, à Lui appartiennent toute gloire, honneur et adoration, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Noël 2025

† Bartholomée de Constantinople

Votre fervent suppliant de tous devant Dieu


  1. Lc 2, 14.
  2. Mt 1, 23.
  3. Nicolas Cabasilas, La Vie en Christ, VI, PG 150, 660.
  4. Ac 4, 12.
  5. Cf. 1 Co 8, 1.
  6. Jn 8, 32.
  7. Chapitres divers sur la théologie et l’économie divine X, 8, PG 90, 1181.
  8. Hé 13, 14.
  9. Paragraphe 4.
  10. Ép 2, 14.
  11. Hé 13, 8.
  12. Cf. Lc 2, 10.

À propos de l'auteur

Photo of author

Jivko Panev

Jivko Panev, cofondateur et journaliste sur Orthodoxie.com. Producteur de l'émission 'Orthodoxie' sur France 2 et journaliste.
Lire tous les articles par Jivko Panev

Articles populaires

Recension: Hiéromoine Grégoire du Mont-Athos, «La foi, la liturgie et la vie de l’Église orthodoxe. Une esquisse de catéchisme orthodoxe»

Ce catéchisme est particulièrement bienvenu pour les parents en attente, pour leurs enfants d’un catéchisme orthodoxe fiable, mais aussi pour ...

Jean-Claude Larchet, « « En suivant les Pères… ». La vie et l’œuvre du père Georges Florovsky »

Vient de paraître: Jean-Claude Larchet, « “En suivant les Pères… ”. La vie et l’œuvre du Père Georges Florovsky », ...

23 janvier

Jour de jeûne Saints Clément, évêque d’Ancyre et Agathange, martyrs (312) ; saint Mausime le Syrien, prêtre (IVème s.) ; ...

10 janvier (ancien calendrier)/23 janvier (nouveau)

Après-fête de la Théophanie Jour de jeûne Saint Grégoire de de Nysse (395) ; sainte Floride, vierge, martyre à Dijon ...

Le patriarche Daniel : l’Union des Principautés roumaines, fondement de l’État moderne roumain

À l’occasion du 167ᵉ anniversaire de l’Union des Principautés, qui sera célébré le samedi 24 janvier, Sa Béatitude le patriarche ...

Un nouveau président pour l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Dans un communiqué, l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, établissement d’enseignement supérieur privé, rend compte de l’élection au sein ...

Sa Béatitude le métropolite Tikhon annonce la désignation du « Dimanche de la sainteté de la vie » — dimanche 25 janvier 2026

Sa Béatitude le métropolite Tikhon a désigné le dimanche 25 janvier 2026 comme Dimanche de la sainteté de la vie ...

RCF Bordeaux, «Les chemins de l’orthodoxie» : « Ressusciter ensemble »

Le père Jean-Claude Gurnade pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous propose un livre de dialogue, sous ...

9 janvier (ancien calendrier) / 22 janvier (nouveau)

Après-fête de la Théophanie ; saint martyr Polyeucte (259) ; saint Pierre, évêque de Sébaste en Arménie (IVème s.) ; ...

22 janvier

Saint Timothée, apôtre (96) ; saint Anastase le Perse, moine, martyr (628) ; saint Oulph, martyr à Troyes (IIIème s.) ...

« Génération orthodoxe » (RCF Bordeaux) : « Métropolite Georges Khodr »

Pour ce nouveau numéro de « Génération orthodoxe » sur RCF Bordeaux autour des « Grands témoins de l’orthodoxie en ...

Bertrand Vergely : « La présence »

La 14ᵉ conférence de Bertrand Vergely a été consacrée à « La présence ». ous pouvez (re)voir également en ligne ...

Monodrame « Mère Marie » – 25 janvier à Paris

Le 25 janvier 2026  le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris accueillera la représentation du monodrame « Mère Marie », ...

8 janvier (ancien calendrier) / 21 janvier (nouveau)

Après-fête de la Théophanie Jour de jeûne Saints Georges de Chozéba (VIIème s.) et Émilien le Confesseur (IXème s.) ; ...

21 janvier

Jour de jeûne Saint Maxime le Confesseur (662) ; saints Eugène, Candide, Valérien et Aquilas, martyrs à Trébizonde en Asie ...

Mémoire et héritage : l’archevêque Anastase d’Albanie honoré entre Bruxelles et Tirana

Hommage au Parlement européen Le 14 janvier 2026, le Parlement européen a accueilli une cérémonie solennelle consacrée à « La vie, ...

Le patriarcat de Roumanie : « La participation des enfants et des jeunes aux cours de religion est un droit constitutionnel »

Le patriarcat de Roumanie a publié ce 20 janvier 2026 un communiqué réaffirmant le caractère constitutionnel de l’enseignement religieux dans ...

Le Conseil interreligieux de Bosnie-Herzégovine condamne l’appel à la création d’une « Église orthodoxe bosniaque

Le Conseil interreligieux de Bosnie-Herzégovine, fondé en 1997 et composé des chefs religieux de la Communauté islamique de Bosnie-Herzégovine, de ...