Dans ce livre qui vient de paraître aux éditions Salvator, J.-C. Larchet propose sous le nom de « neptothérapie » une méthode précise, jusqu’à présent inédite, pour guérir des différentes formes d’addiction.
Si les addictions à des substances sont fortement liées au corps, et les addictions comportementales (au jeu, au sexe, aux écrans, aux achats compulsifs, etc.) à un degré moindre (par le biais des « circuits de la récompense »), toutes, selon l’auteur, n’ont pas seulement une origine physique, mais ont fondamentalement des causes métaphysiques et spirituelles. Le sentiment d’un mal-être, le ressenti d’une absence du sens de sa vie et d’un vide existentiel, la difficulté d’assumer ses faiblesses naturelles ou des circonstances difficiles de la vie sont toujours présents parmi les motifs, souvent inconscients, de leur consommation.
Si une approche médicale classique est indispensable dans le cas de la consommation de drogues dures (en particulier pour gérer les problèmes de sevrage), et si elle peut libérer la personne dépendante de l’inscription de l’addiction dans son corps, elle ne libère pas entièrement son psychisme de son inclination vers ce dont elle dépendait, ni de ce qui a causé cette inclination. Le suivi psychiatrique « post-cure » est utile, mais souvent trop limité, du fait que les problèmes que l’on peut qualifier de métaphysiques ou spirituels qui sont à la base des addictions ne peuvent être traités dans ce cadre.
L’intérêt d’une approche religieuse a été souligné par diverses études. Une telle approche a été mise en œuvre par les cercles protestants qui ont élaboré la méthode dite des Douze Étapes, appliquée d’abord par les Alcooliques Anonymes, puis à toutes les associations de personnes addictives à diverses substances adoptant ce modèle.
L’auteur note que les éléments principaux de cette méthode (dimension communautaire, confession mutuelle, appel par la prière à une Puissance supérieure qui aide à dépasser les défauts et supplée aux faiblesses) est facilement transposable dans les catégories de la spiritualité orthodoxe. Il rappelle la valorisation par l’Église orthodoxe de la communauté spirituelle et de la solidarité de ses membres, de la pénitence, du jeûne et de l’abstinence, de la prière, et aussi du rôle du père spirituel.
Mais il ne voit là que des remèdes de base, et des présupposés d’une méthode plus précise, dont l’efficacité est prouvée par de nombreuses générations de Pères et de fidèles qui l’ont pratiquée avec succès. Pour définir cette méthode dans sa visée thérapeutique, l’auteur a créé le concept de « neptothérapie », qui sert de titre principal à son essai.
Avant de préciser en quoi cela consiste, l’auteur expose l’intuition fondamentale qui a inspiré sa proposition, à savoir qu’il y a une relation intime entre les addictions et ce que la tradition spirituelle de l’Orient chrétien appelle les passions : d’une part les addictions sont des formes exacerbées de passions ; d’autre part les passions sont des formes d’addiction.
Comme les Pères de l’Église, en particulier ceux dont les textes ont été rassemblées dans la Philocalie ont proposé un traitement très précis et très méthodique des passions, il lui a paru que ce traitement pouvait être étendu à toutes les formes d’addiction.
Ce traitement met en avant la pratique de la nepsis, mot qui signifie en grec à la fois vigilance et sobriété intérieures, mais que l’on peut traduire plus largement par surveillance et contrôle des pensées. C’est sur la base de ce mot qu’il a forgé le concept de « neptothérapie » (thérapie au moyen de la nepsis).
De même que c’est à partir des pensées que les passions naissent et se développent, puis sont constamment entretenues sous forme de tentations auxquelles on cède, c’est sous forme de pensées constituant des sollicitations internes que l’on suit que sont entretenues les addictions à des substances ou à des comportements. Les pensées sont ici entendues au sens large de représentations – venant des sens, de l’imagination, de la mémoire ou de la raison – mais aussi de désirs et même de pulsions (dont la nature est psycho-physique).
Le cœur de ce livre est en conséquence l’exposé, basé sur l’enseignement des Pères Neptiques (c’est le titre qui leur est donné dans la Philocalie qui rassemble leurs textes), de la méthode précise qui permet à l’homme de contrôler ses pensées (au lieu de les subir), de les maîtriser (au lieu d’être dominé par elles) et finalement de retrouver la liberté que les addictions lui avaient enlevée.
L’exposé très pédagogique de l’auteur est utile non seulement aux personnes soumises à des addictions au sens courant du terme, mais aussi à toute personne désirant guérir des passions qui affectent la nature de l’homme déchu et y causent une multitude de troubles. Il aide aussi chacun à trouver la paix intérieure en contrôlant le flux incessant et spontanément chaotique de ses pensées.
On retrouve ici, appliqués à un nouveau cadre, les principes et les pratiques que l’auteur avait définis dans ses précédents livres : Thérapeutique des maladies spirituelles (6e édition, Cerf, 2013), Thérapeutique des maladies mentales (Cerf, 4e édition, 2017), L’inconscient spirituel (Cerf, 2011), et Malades des nouveaux médias (Cerf, 2016). On retrouve aussi son souci d’apporter des solutions à des problématiques apparues ou développées dans le monde contemporain, en prolongeant la réflexion des Pères sur des questions qui ne se posaient pas à leur époque, tout en se basant sur les principes anthropologiques et éthiques qu’ils ont posés et qui assurent la continuité de la tradition orthodoxe.
Jean-Claude Larchet, La neptothérapie. Thérapeutique des addictions dures et douces, Salvator, Paris, 2026, 130 p.
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